Fatima Houda-Pepin aurait aimé être consultée par le comité Ouimet, dirigé par son collègue Gilles Ouimet (derrière Philippe Couillard) et chargé de rallier la députée d'origine marocaine en peaufinant la position libérale sur la charte de la laïcité.

Fatima Houda-Pepin refuse d'endosser la position de son parti sur la charte

L'harmonie n'est pas revenue au sein du caucus libéral. Fatima Houda-Pepin se dissocie de la tangente prise par le comité créé par son chef pour donner la réplique au projet de charte de la laïcité du gouvernement Marois.
La députée libérale Fatima Houda-Pepin s'irrite de la tournure des choses. «Je ne peux pas endosser une position dont je n'ai pas discuté. Et je ne veux pas qu'on m'attribue ce que je n'endosse pas», a-t-elle laissé tomber, vendredi, lors d'une entrevue accordée au Soleil.
Le Comité Ouimet, du nom du député qui le copréside, Gilles Ouimet, a été mis sur pied à la mi-novembre. Fatima Houda-Pepin venait de faire une sortie fracassante contre son parti à propos du tchador. Ce comité interne devait ramener la paix chez les libéraux, du moins permettre de rallier la députée de La Pinière. Ce n'est pas chose faite.
Pas d'interdiction
Fatima Houda-Pepin estime qu'il est «anormal» qu'elle n'ait pas été mise au courant de l'évolution des travaux du comité. «La moindre des choses aurait été qu'on me soumette un projet de rapport», croit-elle.
Jeudi, lors d'un impromptu de presse, le député Gilles Ouimet a réitéré que son parti continuera de refuser qu'on interdise à qui que ce soit de porter un signe religieux. Une telle interdiction enfreindrait clairement les chartes québécoise et canadienne des droits et libertés, estime cet ancien bâtonnier du Québec.
La solution trouvée par son comité consisterait à établir des balises, des critères, qui permettraient aux directions concernées de déterminer si des agents coercitifs portant un uniforme, comme les gardiens de prison et les policiers, peuvent arborer ou non un symbole religieux.
«M. Couillard a indiqué que l'approche de l'interdiction n'est pas privilégiée», a rappelé M. Ouimet en précisant que son rapport «n'est pas final». Il doit encore être approuvé par l'aile parlementaire libérale.
«Nous ne marchanderons pas nos libertés», avait lancé le chef libéral Philippe Couillard à la mi-décembre. «Nous ne les échangerons pas contre des votes. Nous les protégerons de toutes nos forces, car nous savons le prix qui fut payé pour les conquérir.
Fatima Houda-Pepin ne sait pas ce qu'il adviendra du projet de loi qu'elle a rédigé en 2010 et en 2011 sur la neutralité religieuse de l'État et la lutte contre l'intégrisme. Il paraît cependant peu probable qu'elle puisse un jour le présenter à l'Assemblée nationale.
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<p>Le ministre Bernard Drainville invite le coprésident de la commission Bouchard-Taylor Gérard Bouchard «à se ressaisir».</p>
Drainville accuse Bouchard «d'excès de langage»
Le ministre Bernard Drainville invite le coprésident de la commission Bouchard-Taylor Gérard Bouchard «à se ressaisir».
Il n'a pas du tout apprécié le ton et les mots employés jeudi par l'universitaire pour fustiger le projet de charte de la laïcité.
«On s'attend à plus de hauteur intellectuelle d'un homme comme Gérard Bouchard. Il n'a pas l'habitude de s'abaisser à de tels excès de langage», a déclaré au Soleil, vendredi, le ministre des Institutions démocratiques du Québec.
Le gouvernement du Parti québécois use de démagogie, a soutenu le sociologue et historien Gérard Bouchard dans nos pages. Il l'a accusé de mentir, d'oeuvrer à la manipulation de l'opinion publique en plus de «pervertir» l'héritage de René Lévesque. «On dresse "les élites" contre "le vrai monde" [...]. On ne jure que par "le peuple", mais on se comporte à son égard d'une façon très irrespectueuse en lui servant des faussetés», a-t-il dit. L'universitaire estime que le gouvernement «laisse s'éveiller dans une partie de la population des sentiments primaires de xénophobie et des peurs irraisonnées». Des propos que Bernard Drainville n'accepte pas. «C'est comme si, aux yeux de M. Bouchard, il ne pouvait y avoir qu'une seule vérité : la sienne.»
Il «a une conception un peu étroite de la capacité de la population à se saisir d'un débat complexe et à se faire une opinion éclairée et intelligente», rétorque encore le ministre Toujours au chapitre des propos étonnants décochés cette semaine, le ministre souligne que l'indépendantiste Yves Michaud «est allé trop loin» en invitant les opposants à la charte à quitter le Québec. «On ne veut perdre personne, assure M. Drainville. On veut au contraire convaincre tout le monde d'adhérer à notre projet.»
Le ministre des Institutions démocratiques tourne par ailleurs en ridicule les précisions apportées par le libéral Gilles Ouimet sur la position à venir des libéraux dans le débat sur les symboles religieux. «Ils essaient de noyer le poisson», juge-t-il.
«On pensait que Fatima Houda-Pepin avait fait avancer les libéraux, qu'elle leur avait permis d'évoluer. Or, on se rend compte que c'est le retour à la case départ. Ils se plient en quatre pour faire croire qu'ils évoluent, mais ce n'est pas le cas.»
Une commission parlementaire entendra à partir de mardi divers groupes et individus sur le projet de loi porté par Bernard Drainville. Il propose d'interdire le port de signes religieux ostentatoires dans toute la fonction publique, dans les services de garde, ainsi que dans les réseaux de la santé et de l'éducation.