Sans donner de chiffres, le président du Conseil du Trésor, Pierre Arcand, a affirmé que l’entente négociée avec le syndicat des ingénieurs de l'État entrait «dans les paramètres financiers du gouvernement».

Entente avec les ingénieurs de l'État, la loi spéciale évitée

À quelques minutes du dépôt d’une loi spéciale, le gouvernement du Québec et ses ingénieurs ont mis fin à trois ans de négociations infructueuses, jeudi soir.

Après avoir annoncé la veille son intention d’imposer des conditions de travail aux 1400 syndiqués en attendant le dénouement du conflit, le Conseil du Trésor, piloté par Pierre Arcand, a déposé une nouvelle offre à 15h, jeudi. S’est alors entamée une ultime ronde de négociations qui a de toute évidence porté ses fruits.

Tout juste avant que les élus de l’Assemblée nationale ne commencent à débattre de la loi spéciale de l’autre côté de la Grande Allée, vers 19h, M. Arcand a pénétré dans la salle de négociation du Complexe H. Il en est ressorti tout sourire aux côtés du président de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), Marc-André Martin. 

«On a une entente qui a été négociée de façon très intensive. […] Il est clair que, parmi les demandes syndicales, il y avait des choses qui nous apparaissaient légitimes», a déclaré M. Arcand. «C’est une nuit de moins au parlement. Il n’y a pas un parlementaire qui ne sera pas heureux de la chose!» a-t-il claironné.

Les modalités du nouveau contrat de travail n’ont pas été dévoilées. L’entente sera d’abord présentée aux membres de l’APIGQ. M. Martin a bon espoir qu’elle sera entérinée. 

Les ingénieurs de l’État réclamaient des hausses de salaire de 16,5% sur sept ans, alors que la grande majorité des employés de l’État a obtenu des hausses de 9,5% sur cinq ans lors de récentes négociations. Sans donner de chiffres, Pierre Arcand a affirmé que l’entente négociée avec l’APIGQ entrait «dans les paramètres financiers du gouvernement».

Marc-André Martin a rappelé que son syndicat avait fait du «renforcement de l’expertise» au sein de l’État son «fer de lance». Avec la présente entente, «on a donné les outils aux différents ministères [pour] aller chercher les ingénieurs dont ils ont besoin. On a donné les outils pour aller chercher les ingénieurs qu’ils veulent et non pas les ingénieurs qu’ils peuvent», a-t-il affirmé, sans aller plus loin. 


[Avec la présente entente], on a donné les outils aux différents ministères [pour] aller chercher les ingénieurs qu’ils veulent et non pas les ingénieurs qu’ils peuvent
Marc-André Martin, président de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec

Le spectre de la loi spéciale

Bien que la table de négociations soit demeurée active, le spectre de la loi spéciale a mis le feu aux poudres, du moins en début de journée jeudi. En conférence de presse, M. Martin y est allé d’une charge à fond de train contre les libéraux. 

«Le gouvernement a été de mauvaise foi, avait-il lancé. Les ministres Arcand et [André] Fortin [Transports] n’ont même pas cherché à savoir comment progressaient les travaux à la table avant de convoquer la Chambre pour une loi spéciale.» Il avait qualifié le recours à la loi spéciale d’«illégitime», d’autant plus, a-t-il souligné, que son syndicat avait suspendu ses moyens de pression.

À savoir si la loi spéciale avait forcé la main des ingénieurs à régler plus rapidement, M. Martin a assuré jeudi soir qu’il était prêt à y faire face. «Loi spéciale, pas de loi spéciale, on n’aurait pas changé d’optique.»

Pour Pierre Arcand, la priorité est maintenant d’établir «un climat plus positif». «Une loi spéciale, ce n’est jamais une victoire pour un gouvernement», a-t-il admis, heureux de ne pas à y avoir eu recours.

Ironiquement, le conflit a été si long que les ingénieurs et le Conseil du Trésor sont déjà près d’une nouvelle ronde de négociations, en 2019. «On va essayer de faire ça plus vite», s’est amusé Pierre Arcand.