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Élections au Québec: cinq enjeux à surveiller

Les partis politiques ont ausculté depuis des mois l'humeur des Québécois et peaufiné leur plate-forme électorale en conséquence. Quatre enjeux attirent leur attention: la charte de la laïcité; l'économie et l'emploi; la santé; et, tiré par les sondages favorables au Parti québécois (PQ), un référendum sur la souveraineté. Un des enjeux de 2012, l'intégrité, ne sera peut-être que faiblement de la partie.
1. La charte de la laïcité
C'est ce projet, lancé par le ministre Bernard Drainville, qui a commencé à faire tourner les choses à l'avantage du PQ de Pauline Marois. Les sondages se sont succédé. Ils démontrent que la charte que défend le PQ gagne en popularité auprès de la principale clientèle que lorgne toute formation aspirant au pouvoir : selon CROP, 68 % des francophones l'endossent. Le PQ «jouera» la charte. Ce serait étonnant que les adversaires le fassent. La Coalition avenir Québec (CAQ) se targue de camper sur une position plus modérée, comme Québec solidaire. Mais la CAQ est consciente que ce n'est pas sur ce terrain qu'elle provoquera un revirement. Le sujet a provoqué une crise au Parti libéral du Québec (PLQ). Les organisateurs conviennent qu'on ne peut éjecter un tel thème. Il faut en imposer un autre, calculent-ils.
2. L'économie et l'emploi
La présentation d'un budget sans connaître les crédits pour huiler la machine gouvernementale a rendu le PQ vulnérable aux attaques des libéraux et des caquistes. Le PLQ de Philippe Couillard entend miser sur un enjeu qu'il met traditionnellement de l'avant. Le leader de la CAQ, François Legault, lui, en fait le pilier central d'une campagne où il promet de mener «la bataille de sa vie». Il martèle qu'il a l'équipe la plus forte en économie.
Au chapitre de l'emploi, les péquistes reviendront à la charge avec des projets qui ont fait l'objet d'annonces, ces dernières semaines. Des annonces souvent contestées par les opposants politiques. L'atteinte du déficit zéro reçoit un écho qui diffère d'un parti à l'autre. Le budget du PQ promet deux années de déficit. Avant d'avancer une date, le PLQ attend de connaître l'état exact des finances publiques. La CAQ, qui se présente comme le défenseur de la classe moyenne - et pourfendeur du gouvernement qui taxe -, s'engage à équilibrer le budget dès la prochaine année. Les maires, dont celui de Québec, Régis Labeaume, «inviteront» un dossier dans la campagne : les régimes de retraite des fonctionnaires. L'énergie sera de la partie. La production d'électricité par le vent a été soutenue successivement par le gouvernement libéral et celui du Parti québécois. La CAQ s'oppose à poursuivre une aventure déficitaire.
Finalement, la centaine de millions de dollars investis par le PQ pour l'exploration de pétrole dans l'île d'Anticosti fait l'affaire de la CAQ, inquiète le PLQ et indispose Québec solidaire (QS) - et les écologistes.
3. La santé
La santé n'occupe certes pas la même place prioritaire que dans les élections précédentes. Par contre, le PLQ aligne deux ex-ministres de la Santé, le chef Philippe Couillard et Yves Bolduc, et un aspirant à ce poste, Gaétan Barrette, candidat de la CAQ en 2012. Une question: la guerre de procédures des libéraux, qui a bloqué l'adoption de la loi Mourir dans la dignité, pilotée par le PQ, influencera-t-elle les électeurs?
4. Le référendum
Le sujet revient invariablement lorsque le Parti québécois est donné vainqueur d'un scrutin. Aucun doute que le PQ en parlera le moins possible, pour ne pas effaroucher les électeurs. Aucun doute que les libéraux le mettront très haut dans leurs interventions. Philippe Couillard l'a ramené en Chambre dès sa première période de questions. Les caquistes seront peu tentés d'embarquer dans un jeu dont ils ne veulent rien savoir. Les solidaires promettent de consulter les Québécois sur leur avenir dès qu'ils prendront le pouvoir...
5. L'intégrité
Avec les droits de scolarité, la question de l'intégrité est celle qui a poursuivi le libéral Jean Charest tout au long de la campagne 2012. La commission Charbonneau a calmé le jeu. Les péquistes, qui se vantent d'avoir adopté des règles sur l'octroi de contrats, ont eu la désagréable surprise d'y être cités. Les libéraux n'ont nulle intention de revenir sur le sujet, d'autant que la commission Charbonneau pourrait s'en charger. Il n'y a que les caquistes qui soulèveront l'enjeu: ces dernières semaines, ils ont tout tenté pour forcer Claude Blanchet, le mari de Pauline Marois, à s'expliquer sur un deal avec le Fonds de solidarité de la FTQ, un accord évoqué par la commission Charbonneau. QS reviendra à la charge pour interdire que des ex-élus «se mettent au service d'intérêts privés».