À l'heure actuelle, la tenue d'une commission parlementaire sur l'élargissement de l'aide médicale à mourir demeure lointaine.

Élargir l'aide médicale à mourir à l'Alzheimer ? Réticences au caucus libéral

L'idée de rouvrir le débat sur l'aide médicale à mourir, pour l'élargir éventuellement à des personnes atteintes d'une démence causée par une maladie dégénérative du cerveau, ne passe pas comme une lettre à la poste au caucus libéral.
À l'heure actuelle, la tenue d'une commission parlementaire sur cette possibilité demeure lointaine. Il n'est pas acquis qu'il y en aura une.
Le mois dernier, dans la foulée d'une demande des caquistes François Paradis et François Bonnardel, la péquiste Véronique Hivon, le solidaire Amir Khadir, ainsi que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, s'étaient montrés favorables à l'ouverture d'un débat sur cet élargissement. M. Bonnardel avait évoqué le cas de sa mère, emprisonnée dans la maladie d'Alzheimer depuis des années.
Le député libéral Richard Merlini rappelle que la question est délicate. «Il faut prendre bien le temps d'en discuter au caucus, dit-il. C'est un sujet délicat [...] et très sensible.» M. Merlini est également président de la Commission de la santé et des services sociaux, l'instance qui serait éventuellement appelée à se pencher sur un éventuel élargissement de l'aide médicale à mourir.
En juin 2014, 22 libéraux avaient voté contre le projet de loi 52, qui a institué l'aide médicale à mourir au Québec. Comme d'autres opposants, certains d'entre eux craignaient que la portée de la loi soit élargie au fil du temps. Aujourd'hui, ils estiment que leurs craintes étaient fondées.
La discussion en cours au sein du caucus libéral ne sera pas précipitée et demeurera «ouverte et franche», ajoute le député, qui «ose espérer» que de vraies discussions de fond sont ou seront aussi menées au sein des autres groupes parlementaires.
La décision de recommander ou non la tenue d'une commission parlementaire viendra en temps et lieu, ajoute le député Merlini.
Des mises en garde
Le député libéral rappelle que la péquiste Véronique Hivon, à l'origine de l'adoption de la loi sur l'aide médicale à mourir, bien que favorable à un élargissement, a émis des mises en garde le mois dernier.
Elle a insisté sur le fait qu'un élargissement ne pourrait passer que par le processus des directives médicales anticipées qu'un citoyen aurait données au moment où il était apte à le faire; que des tiers ne pourraient pas eux-mêmes donner leur accord pour lui.
Comment jugerait-on qu'une personne a atteint le stade correspondant à ce qu'elle avait prévu dans ses directives médicales anticipées? Qui aurait la responsabilité de le déterminer? avait-elle aussi demandé.
Actuellement, un citoyen peut, à travers des directives médicales anticipées, refuser tout éventuel acharnement thérapeutique. Mais il ne peut pas s'en servir pour qu'on l'aide à mourir s'il devait un jour plonger dans un état avancé d'une maladie dégénérative du cerveau.
Selon la Société Alzheimer de Québec, près de 125 000 Québécois vivent avec l'Alzheimer ou une maladie apparentée.
Il n'existe que deux pays où la démence causée par une maladie dégénérative du cerveau peut donner droit à l'aide médicale à mourir. Il s'agit de la Belgique et des Pays-Bas.