Leur fonds de grève épuisé, les juristes de l'État sont à bout de souffle après 17 semaines de conflit de travail, a déclaré lundi le président de leur syndicat, Me Jean Denis (à gauche).

Du renfort pour les juristes de l'État?

Du renfort pour Les avocats et notaires de l'État québécois (LANEQ)? Des pourparlers ont été entrepris avec le SCFP en vue d'une possible alliance dans leur combat contre le gouvernement du Québec.
Le directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Marc Ranger, est admiratif devant la lutte menée par les 1100 membres de LANEQ depuis le 24 octobre. Le plus long conflit de l'histoire de la fonction publique québécoise. 
«Je suis impressionné par leur solidarité, leur détermination, a dit M. Ranger au Soleil, lundi. Pour nous, c'est comme un naturel de demander comment on peut aider, soutenir et collaborer dans cette bataille-là. [...] C'est un combat qui a déjà un côté historique.»
Le SCFP a donc approché des représentants de LANEQ. Une rencontre s'est tenue au cours des derniers jours. M. Ranger vante l'expertise de son organisation syndicale. «On est en mesure de leur donner un bon coup de main à différents niveaux, dit-il. Une collaboration étroite, une alliance, qui peut prendre toutes sortes de formes.» Il refuse de dire pour le moment le type d'alliance qui pourrait voir le jour. 
Le président de LANEQ, Me Jean Denis, indique qu'il s'agit d'une «avenue qu'on regarde sérieusement», mais ajoute que les discussions sont «à titre exploratoire». «Là, dans la situation dans laquelle on est, ce serait intéressant de voir ce qu'ils sont capables de faire pour nous», indique M. Denis. 
Il faut par contre demeurer «prudent», poursuit-il. Devant les «grandes centrales» qui sont bien intéressées par les cotisations, «le danger, c'est de perdre le contrôle». LANEQ est un syndicat indépendant.
D'autre part, jeudi, lors de sa première rencontre avec LANEQ, le nouveau président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, a promis qu'il n'y aurait pas de loi spéciale pour mettre fin à la grève, affirme M. Denis. De toute façon, celle-ci aurait été inconstitutionnelle, dit-il, ce qui explique pourquoi Québec n'a «pas le guts de le faire».
LANEQ a déposé jeudi une «offre finale» au Conseil du trésor. Le syndicat attendait une réponse lundi. Les avocats et notaires demandent une équité de traitement avec les procureurs de la Couronne. Ils veulent qu'un comité de rémunération étudie leurs conditions de travail et fassent des recommandations à l'Assemblée nationale. Il n'a pas été possible lundi soir de savoir si LANEQ a reçu sa réponse du Trésor. 
Le ministre reste muet
Au cabinet du ministre Moreau, on ne formule aucun commentaire et on réitère que la négociation ne se déroulera pas sur la place publique. 
Depuis le début des négociations, dit le président de LANEQ, Québec ne respecte jamais ses propres échéanciers. Le gouvernement a cherché à faire traîner le conflit en longueur pour «appauvrir» les juristes et les forcer à «rentrer à genoux», selon M. Denis. L'obligation de négocier de bonne foi est pourtant inscrite au Code du travail, continue-t-il. 
«La plus mauvaise ministre de la Justice jamais vue [Stéphanie Vallée] a déclaré à nos gens sur le piquet de grève : "De toute façon, votre fonds de grève achève", affirme M. Denis. C'était leur but et ils l'ont fait.»
Ragaillardi par son injonction acceptée vendredi dernier par la Cour supérieure, LANEQ croit pouvoir récupérer les quelque 8 millions $ empruntés pour les prestations de grève de ses 1100 membres. M. Denis soutient que «c'est une question de temps» avant que LANEQ ne dépose une poursuite contre le gouvernement.
«On a mis de l'eau dans notre vin et on a réduit au minimum nos demandes, dit M. Denis. Eux ne font jamais rien et ne bougent jamais. C'est scandaleux. [...] Ça me surprendrait beaucoup qu'on n'entreprenne pas ces procédures compte tenu qu'ils nous ont gardé dehors pendant 14 semaines.»