La ministre Kathleen Weil dit chercher le bon véhicule pour aborder la question des données personnelles.

Données personnelles: Kathleen Weil fait volte-face

La ministre de l’Accès à l’information, Kathleen Weil, recule sur la question de la protection des données personnelles. Elle devait présenter jeudi une motion demandant à l’Assemblée nationale de rappeler que les partis politiques ne peuvent utiliser les informations personnelles des électeurs sans leur consentement, or, ce ne fut pas le cas.

En lien avec la motion déposée par Québec solidaire la veille, la ministre Weil a plutôt expliqué qu’il ne revenait pas au Directeur général des élections (DGEQ) de se pencher sur la question de la collecte de données personnelles, puisque cela ne relèverait pas de son mandat. 

Mercredi, le DGEQ, Pierre Reid, s’était d’ailleurs opposé publiquement à ce que l’organisme examine dans le détail la problématique entourant la collecte de données par les partis politiques, étant donné qu’aucune loi n’encadre cette pratique. 

Jeudi, à l’Assemblée nationale, Kathleen Weil a justifié ce revirement de situation par le désir du gouvernement de prendre le temps de choisir le bon «véhicule», indépendant et crédible pour se pencher sur la question.

En point de presse, Mme Weil n’était pas capable de préciser sa pensée sur le «véhicule» dont elle parle ni davantage sur le mandat qui serait confié à l’entité qui serait responsable de se pencher sur la problématique.

«Rassurer les gens»

«On cherche le véhicule pour assurer l’indépendance de cette vérification sur la cueillette et l’usage des données personnelles», a dit la ministre.

«L’important, c’est les prochaines élections, de rassurer les gens par rapport à l’usage qu’en font les partis politiques des informations personnelles», a-t-elle ajouté. 

Mme Weil a indiqué vouloir prendre le temps d’examiner les recommandations formulées par le DGEQ en matière de protection des renseignements personnels. Le DGEQ recommande depuis 2012 d’apporter des changements à la loi électorale, qui ne prévoit aucune disposition en matière de collecte de renseignements personnels par les partis politiques. 

Questionnée à savoir pourquoi le gouvernement ne pourrait pas adopter une loi ou voter un règlement sur la question, Mme Weil a répondu que ce processus serait long, et a bon espoir de pouvoir trouver le bon «véhicule» rapidement. 

«Noyer le poisson»

Le co-porte-parole de Québec solidaire, qui avait présenté une motion mercredi voulant que les partis politiques dévoilent les contrats qu’ils auraient signés avec des firmes externes de collecte de données, a décrié ce changement de cap de la part du gouvernement. «J’ai l’impression que le gouvernement veut noyer le poisson», a commenté Gabriel Nadeau-Dubois, déplorant du même souffle le «jeu du chat et de la souris» auquel semble se prêter le gouvernement depuis deux jours. 

«Elle nous dit qu’elle veut prendre le temps, qu’elle veut penser à des processus, des véhicules. Ce n’est pas clair», a-t-il ajouté au sujet de la ministre. 

Contacté pour commenter cette volte-face de la ministre, le DGEQ s’est limité à réaffirmer qu’il milite depuis plusieurs années en faveur d’une réforme de la loi électorale. 

Pour expliquer ce changement de position, le DGEQ affirme par ailleurs ne pas avoir été en contact avec un membre du cabinet de la ministre. Seuls de brefs échanges avec le Secrétariat à l’accès à l’information ont eu lieu mercredi après-midi, confirme-t-on, et ces derniers n’auront servi qu’à exprimer de nouveau la position du DGEQ.