Lucien Mongrain, 85 ans, a été élu maire pour un 10e mandat consécutif à Trois-Rives.

Dix en dix pour Lucien Mongrain à Trois-Rives

Trois-Rives — La soirée des élections s’est terminée à 3 h, dans la nuit de dimanche à lundi, pour Lucien Mongrain. L’homme de 85 ans apprenait qu’il venait d’être réélu à la mairie de Trois-Rives... pour la dixième fois en 10 élections municipales consécutives.
Lucien Mongrain et la directrice générale de Trois-Rives, Nicole Léveillé, sont tous deux en poste depuis 35 ans.

À 9 h, lorsque Le Nouvelliste l’a contacté, il était déjà à son bureau, à la municipalité, reprenant le collier à son poste pour une 36e année sans interruption, comme si de rien n’était. C’est remarquable pour un homme qui a eu une opération à cœur ouvert en 2014.

Vif d’esprit, la voix claire, ce monument de la vie politique municipale au Québec, par son ancienneté, n’aime pas se faire dire qu’il est un des plus vieux maires, sinon le plus vieux au Québec. «Je suis un ancien jeune homme», insiste-t-il.

Pour Lucien Mongrain, l’équation de sa longévité politique et de sa vigueur est fort simple. Travail égale santé. Cette philosophie lui a donné de l’énergie depuis le jour où il a été élu maire pour la première fois, en 1981, jusqu’à aujourd’hui. En y pensant, il se rend compte qu’il aura été maire, finalement, «d’un Trudeau à l’autre».

C’est en effet Pierre Elliott Trudeau qui était le premier ministre du Canada lorsque Lucien Mongrain a entrepris son premier mandat à la mairie. Il a été réélu sans interruption depuis, jusqu’à aujourd’hui, alors que Justin Trudeau, le fils, dirige à son tour la destinée du pays.

Lucien Mongrain raconte qu’il a consulté son médecin avant de solliciter ce nouveau mandat. Il y a deux ans, avant son opération, il avait forcé en déplaçant un quai, ce qui lui avait occasionné une attaque cardiaque, raconte-t-il. 

Ça faisait déjà un bout de temps que son médecin lui disait qu’il fallait réparer cette valve au cœur. Garagiste de formation, il s’était entêté à ne pas écouter le docteur. «Un moteur peut fonctionner même si une valve coule», faisait-il valoir. La vie l’aura vivement rappelé à l’ordre.

Plus rien n’y paraît aujourd’hui, raconte celui qui carbure au développement de son petit coin de pays d’à peine 467 âmes (une population qui quadruple en saison estivale) réparties sur une vaste superficie forestière de 675 kilomètres carrés.

Les citoyens de Trois-Rives lui ont très clairement fait savoir qu’ils l’apprécient toujours. Lucien Mongrain a obtenu rien de moins que 247 votes alors que ses deux adversaires ont récolté respectivement 77 votes (pour Joël Francoeur) et 73 votes (pour Claude Doucet).

Après tout, l’homme a fait plusieurs bons coups, au fil des décennies, en dotant la municipalité d’une régie des incendies, de ponts et, surtout, de bonnes routes permettant aux nombreux propriétaires de chalets de se rendre où ils veulent sans problème hiver comme été.

Lucien Mongrain aurait bien souhaité être le premier maire de la toute nouvelle municipalité de Trois-Rives, lorsque cette dernière a officiellement vu le jour sous le nom de Boucher, en 1978. Les territoires non organisés de Grande-Anse, Rivière-Mattawin et Saint-Joseph-de-Mékinac avaient alors été réunis sous une seule et même entité municipale. C’est un problème de santé passager, dit-il, qui l’a obligé à se retirer de la course. Il s’est bien repris en devenant maire de l’endroit, en 1981, un titre qu’il n’a jamais perdu depuis.

Le maire de Trois-Rives pourrait, surtout parce qu’il est «un ancien jeune homme», se la couler douce, partir en Floride l’hiver et prendre une retraite bien méritée. Il préfère de loin prendre soin de sa municipalité. «Ça fait 20 ans que je ne suis pas allé à la pêche», raconte celui qui vit pourtant au paradis de la truite. «Je suis trop occupé», dit-il.