C'était un moment historique pour Mme Wynne, jeudi, car c'est la première fois qu'un premier ministre d'une province canadienne est invité à s'adresser aux membres de l'Assemblée nationale du Québec.

Discours d'unité de la première ministre ontarienne au Québec

La province de l'Ontario se dit prête à contribuer à redéfinir la place particulière à réserver au Québec au sein du Canada.
Devant les élus de l'Assemblée nationale, la première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, a dit jeudi accepter avec plaisir l'invitation lancée en juin par le premier ministre Philippe Couillard, qui s'est montré déterminé à relancer le débat à travers le pays autour du statut souhaité pour le Québec dans la confédération canadienne.
C'était un moment historique pour Mme Wynne, car c'est la première fois qu'un premier ministre d'une province canadienne est invité à s'adresser aux membres de l'Assemblée nationale du Québec, dans l'enceinte lambrissée du parlement de Québec.
Elle n'a pas hésité à souligner le «caractère distinct» du Québec.
Son allocution, prononcée pour environ la moitié en français, s'inscrivait dans le cadre du septième conseil des ministres conjoint Québec-Ontario, qui se tient vendredi au Centre des congrès de Québec. L'événement donnera lieu à la signature et au renouvellement d'ententes entre les deux provinces.
Le 1er juin, le premier ministre Couillard rendait public un document étoffé dans lequel il rappelait l'histoire du nationalisme québécois et des relations souvent tendues entre le Québec et le Canada, énumérait les revendications traditionnelles du Québec pour protéger son identité, sa langue et sa culture, et disait souhaiter amorcer des discussions avec le reste du pays sur le statut du Québec, cette politique d'affirmation pouvant mettre la table à de nouvelles négociations constitutionnelles.
«Les pays ont de plus en plus besoin d'institutions et de processus qui protègent les identités distinctes des gens», a soutenu Mme Wynne dans son allocution, se disant disposée à entreprendre des discussions sur «la place unique du Québec au sein du Canada».
«En Ontario, nous serons heureux de continuer à contribuer à cette discussion», a-t-elle dit, rappelant que «notre monde fourmille de diversités nationales».
«Partenaires historiques»
Le Québec et l'Ontario sont «des partenaires historiques» qui forment «une puissance économique et politique» quand elles s'unissent, a dit Mme Wynne, insistant sur le mot «partenariat» qui est revenu à pas moins de 10 reprises dans un texte de neuf pages.
Les chefs des différentes formations politiques étaient invités par la suite à faire quelques commentaires.
Les demandes du Québec, sur le plan constitutionnel, «sont toujours d'actualité», a commenté le premier ministre Couillard, en rappelant l'épisode «toujours inacceptable» du rapatriement unilatéral de la constitution canadienne de 1982 dans ses remarques prononcées à la suite du discours de son homologue.
En mai 2015, M. Couillard avait ouvert la voie, en s'adressant aux membres de l'Assemblée législative ontarienne, à Toronto.
Dans ses remarques, le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, a noté de son côté les efforts entrepris par M. Couillard pour faire en sorte que «la nation québécoise soit reconnue un jour dans la constitution canadienne».
Mais il n'a pas caché qu'à ses yeux le Québec avait franchi «le point de non-retour» et devait, pour s'affranchir, devenir indépendant.
Le premier ministre Couillard a affiché quant à lui ses couleurs fédéralistes. «Nous croyons en un Québec qui s'affirme au Canada, voilà notre conviction», a-t-il dit.
Lors d'un long passage livré en anglais, M. Couillard s'est adressé aux anglophones québécois, présents et passés. Il a dit que certains d'entre eux ne se sentaient pas chez eux au Québec et qu'il était temps que cette situation change. À ceux qui ont déménagé en Ontario, au cours des dernières décennies, il les a invités à revenir.
Un secrétariat sera créé spécifiquement à l'intention des anglophones et le premier ministre Couillard a annoncé qu'un ministre en serait responsable.
La question des changements climatiques fera également partie des enjeux discutés par les deux gouvernements, vendredi.
Dans son allocution, la première ministre ontarienne s'est engagée à créer, aux côtés du Québec et de la Californie, «le plus grand marché du carbone d'Amérique du Nord».
Le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, sera présent vendredi au Centre des congrès et participera à une conférence de presse sur le sujet en matinée.
Mme Wynne en a aussi profité pour rappeler «la longue histoire tenace des francophones de l'Ontario», une province qui compte quelque 600 000 francophones.
Elle a énuméré les efforts accomplis au fil des décennies en Ontario pour reconnaître les droits de cette minorité francophone, dont celui d'avoir accès à un réseau d'éducation en français. L'Ontario compte 425 écoles francophones.
Son gouvernement dit aussi favoriser la création, «dans les prochaines années», d'une université entièrement francophone, ce qui sera une première.
La cérémonie protocolaire tenue au Salon bleu aura duré au total une heure.