Au 13e et dernier tour du vote, Andrew Scheer a détrôné Maxime Bernier pour devenir le nouveau chef du Parti conservateur du Canada.

Direction du Parti conservateur: Bernier coulé par la gestion de l'offre

La position «audacieuse» de Maxime Bernier contre la gestion de l'offre lui a coûté le poste du chef du Parti conservateur du Canada (PCC) samedi soir au terme d'une chaude lutte remportée de justesse par le Saskatchewanais de 38 ans, Andrew Scheer.
Au terme d'un 13e tour de scrutin, le député de Regina-Qu'Appelle depuis 2004 est devenu le dirigeant des troupes conservatrices en remportant 51 % des appuis contre 49 % pour le Beauceron. «Mad Max» n'a donc pas réussi à rallier la majorité des membres de son parti, qui ont préféré celui surnommé le «Stephen Harper qui sourit». 
Quelques minutes après l'annonce des résultats, le Beauceron cachait difficilement sa déception. «Les gens ont voté et c'est le résultat. Oui, c'est un moment difficile, mais... c'est ça», a-t-il laissé tomber en cherchant ses mots. M. Bernier, qui a assuré vouloir demeurer au sein du parti, a dit qu'il travaillerait avec le nouveau chef, un ami, afin «d'avoir un gouvernement conservateur dans deux ans». 
Il a réfuté l'idée qu'il avait perdu en raison de sa position contre la gestion de l'offre pour les oeufs, la volaille et le lait, le seul dans les 13 candidats à s'opposer à ce système canadien. «Non, je suis fier de ma campagne, on a fait une belle campagne basée sur des idées audacieuses, et les gens ont quand même accepté ces idées-là avec un certain pourcentage, et maintenant, on a un nouveau leader et je vais être prêt à travailler avec lui», a-t-il indiqué. 
Un référendum
Mais en entrevue avec Le Soleil, son coprésident de campagne, Jacques Gourde a contredit son patron qui avait, selon lui, parlé sous le coup de l'émotion. «C'est la gestion de l'offre qui a fait la différence», a laissé tomber le député de Lévis-Lotbinière sans hésiter. «C'est devenu un référendum sur la gestion de l'offre», a-t-il poursuivi. 
Il calcule que l'enjeu a fait perdre au candidat déchu environ 30 % des votes des membres du parti dans la province où le Beauceron a été choisi par environ la moitié d'entre eux. «C'est 2500 points au Québec que l'on a perdu, et environ 2000 en Ontario», estime-t-il. Or pour prendre la tête du PPC, un candidat avait besoin du Québec qui compte 78 circonscriptions. Chacune d'entre elles valait 100 points pour un total de 7800 points. 
Jacques Gourde croit cependant que si Maxime Bernier a encaissé un dur coup samedi soir, il terminera son mandat comme député de la Beauce. Se représentera-t-il en 2019? «S'il termine son mandat, il va se représenter», juge son coprésident. L'autre député québécois qui appuyait le politicien de 53 ans, Alupa Clarke (Beauport-Limoilou) avait d'abord accepté de parler au Soleil puis s'est décommandé après l'annonce des résultats. 
Réjouissance chez les élus québécois derrière Scheer
Par contre, dans le camp d'Andrew Scheer, l'heure était à la réjouissance. Le député de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, Pierre Paul-Hus, était l'un des quatre élus québécois à avoir appuyé le Saskatchewanais avec Alain Rayes (Richmond-Arthabaska), Luc Berthold (Mégantic-L'Érable) et Sylvie Boucher (Beauport-Côte-de-Beaupré-Île d'Orléans-Charlevoix). 
«C'est certain que la gestion de l'offre et le mouvement des producteurs ont fait la différence», a indiqué M. Paul-Hus. Celui-ci croit que l'heure est maintenant venue de se retrousser les manches alors qu'un des défis qui attend son nouveau chef est de se faire connaître au Québec. Et il n'a aucun doute que ses confrères québécois qui n'avaient pas choisi M. Scheer se rallieront rapidement. «On a toujours continué à travailler ensemble, il n'y a jamais eu de chicane au Québec ou ailleurs au Canada», a-t-il assuré. Une idée partagée par Gérard Deltell, qui appuyait celui qui est arrivé troisième dans la course, l'Ontarien Erin O'Toole. 
«Ça démontre la vitalité de notre parti [...] On avait tous nos préférences, mais nous avons été capables de débattre sans s'arracher la tête», a illustré le député de Louis-Saint-Laurent. Ce dernier a apprécié l'accent qu'a mis son nouveau chef sur la province dans son discours de victoire, qu'il a prononcé en partie en français. 
«Contrairement à Justin Trudeau, nous allons nous occuper du Québec», a lancé Andrew Scheer, soulignant que son parti avait été le premier à reconnaître la nation québécoise. «Nos excellents résultats au Québec en 2015 sont un signe que nous pouvons faire encore mieux en 2019. Pour moi, il est essentiel que nous ayons des députés conservateurs à Montréal», a renchéri M. Scheer, qui est père de cinq enfants, et a été leader parlementaire avant de se lancer dans la course. 
Ils étaient 13 candidats à vouloir diriger les troupes conservatrices. L'ex-dragon, Kevin O'Leary, s'est désisté il y a près d'un mois. Près de 259 000 membres du PCC étaient autorisés à voter.