Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, les deux co-porte-parole de Québec solidaire, durant le Conseil national du parti qui s’est tenu cette fin de semaine à Montréal

Deux visions de la laïcité s’opposent au sein de Québec solidaire

Comment la laïcité de l’État doit-elle s’exprimer? Cette laïcité doit-elle s’étendre jusqu’à interdire le port de signes religieux aux représentants de l’État ou encore seulement à certaines figures d’autorités? La question divise les Québécois depuis plus de dix ans et Québec solidaire souhaite que ses membres se prononcent.

Le comité de coordination national de Québec solidaire a soumis un document de réflexion à ses membres dimanche matin, mais ceux-ci ont décidé qu’ils préféraient en prendre connaissance à huis clos. À la suite d’un vote, les militants ont choisi d’expulser les journalistes de la salle où se déroulaient les discussions.

«Ce n’était pas la proposition initiale du comité national. On est dans une instance démocratique et on respecte la décision démocratique des délégués qui ont choisi de faire cette discussion-là entre eux», a commenté le co-porte-parole et leader parlementaire Gabriel Nadeau-Dubois.

Il a précisé que le débat à huis clos ne portait pas sur le fond de la question, mais sur la façon dont la réflexion doit être menée d’ici le prochain conseil national.

«Les membres voulaient un espace de discussion en toute discrétion et pouvoir s’exprimer librement sans avoir à craindre que leurs propos soient repris par les médias», ajouté Andrés Fontecilla, député de Laurier-Dorion et porte-parole en matière d’immigration, de diversité et d’inclusion.

Le «Dossier laïcité et signes religieux» contient une rétrospective de l’évolution de la position du parti concernant la laïcité. On explique comment Québec solidaire en est venu à appuyer officiellement le compromis de la Commission Bouchard-Taylor qui interdit le port de signes religieux aux juges, aux procureurs, aux policiers, aux gardiens de prison ainsi qu’au président et aux vice-présidents de l’Assemblée nationale.

Cette orientation politique n’a cependant «pas été débattue ni adoptée par le Conseil national ou par le Congrès du parti, mais seulement proposée par l’aile parlementaire», précise-t-on.

«Le débat qui va se conclure lors du Conseil national de mars 2019 constitue donc la première occasion en presque dix ans de discuter du fond de ces questions dans une instance nationale», poursuit le document officiel du parti.

Québec solidaire invite les associations régionales à débattre de la question avec leurs membres et à poursuivre la discussion jusqu’au prochain congrès au printemps.

Parmi les pistes de réflexion proposée, on demande notamment «La position de compromis contenue dans la «Charte de la laïcité» déposée à l’Assemblée nationale par Françoise David et inspirée directement de la recommandation de la Commission Bouchard-Taylor au sujet du port de signes religieux, est-elle toujours pertinente?»

Puis, «Cette position doit-elle être réaffirmée ou modifiée?»

Concernant le port de signes religieux, on s’interroge si la notion de laïcité doit s’appliquer «à l’apparence des individus ou seulement à leurs actes et paroles».

Bien que ces questions profondes appellent de grandes réflexions, le parti met en garde que «le débat vise non pas à changer le programme du parti, mais bien à en fixer l’interprétation».

Un débat

Jason Phelps milite au sein de Québec solidaire dans la circonscription d’Hochelaga-Maisonneuve détenue depuis octobre par un député de QS, Alexandre Leduc.

Membre du collectif «Solidaires pour un Québec inclusif», M. Phelps a distribué des tracts et fait la promotion d’une autre vision de la laïcité. Il souhaite convaincre ses collègues de modifier la position du parti.

«Depuis environ un an, on s’organise au sein du parti pour demander que le parti tienne une discussion et vote»

«Notre collectif propose de revenir au programme initial, soit que l’État est laïc et pas les individus. L’interdiction de porter des signes religieux devient une forme de discrimination à l’emploi, plaide M. Phelps. On est en train de dire qu’une partie de la population n’aurait pas accès à des emplois hautement significatifs juste à cause de leur apparence.»

Il souhaite que QS se positionne en opposition à la «nouvelle charte 2.0 de la CAQ». «Selon nous, il n’y a pas de place pour cette discrimination à l’emploi qui divise la population et envoie le mauvais message», estime le militant.

Lise Boivin, coordonnatrice du Collectif Laïcité et militante solidaire dans la circonscription de Bertrand, croit que la laïcité de l’État doit aller beaucoup plus loin et s’appliquer à tous les fonctionnaires.

En plus des représentants de la loi, elle souhaite que tout employé de l’État affiche une neutralité vestimentaire dans l’exercice de ses fonctions.

«On ne peut pas avoir deux catégories d’employés entre ceux qui vont devant le public et ceux qui sont cachés dans des cubicules», soutient-elle.

Selon Mme Boivin, la meilleure manière de protéger la liberté de toutes les religions est de n’en afficher aucune.

De l’autre côté, le Collectif laïcité souhaite étendre l’interdiction du port de signes religieux aux enseignants lorsque ceux-ci exercent leurs fonctions.

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QS VEUT TALONNER LA CAQ SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES JUSQU'EN POLOGNE 

Québec solidaire «ne lâche pas le morceau» dans la lutte aux changements climatiques, comme l’a rappelé sa chef parlementaire Manon Massé. La troisième opposition à l’Assemblée nationale a même prévu envoyer sa porte-parole en matière d’environnement, Ruba Ghazal, talonner le gouvernement jusqu’à la COP24 à Katowice en Pologne.

La députée de Mercier dit se rendre à la 24e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP24) dans le but de s’inspirer des meilleures initiatives de partout sur la planète.

Elle déplore l’absence du premier ministre du Québec François Legault qu’elle compare à une politique de la chaise vide.

Mme Ghazal affirme tout de même avoir prévu une rencontre, jeudi, avec la ministre de l’Environnement MarieChantal Chassé à qui elle prévoit remettre une copie du plan de lutte aux changements climatiques de QS.

Dimanche, dans le cadre de leur conseil national à Montréal, les militants ont adopté une «campagne sur les changements climatiques». Il s’agit principalement d’un plan de transition énergétique et économique jumelé à une stratégie de mobilisation et d’éducation populaire.

Manon Massé a parlé d’un plan «ambitieux et plus que nécessaire».

«Québec solidaire ne va pas parler de changements climatiques comme les autres partis. Pour nous, ce n’est pas juste une question de sacrifices, c’est aussi une façon de développer l’économie», a-t-elle décrit.

Le parti entend mettre à profit sa «machine de mobilisation au service de la nécessaire transition», dit Mme Massé.

Des manifestations, des rencontres publiques, la publication de documents de sensibilisation, toutes sortes d’actions sont à prévoir.

«On va faire tout ce qu’il faut pour être audible, mais aussi pour permettre à la population de s’exprimer», poursuit la chef parlementaire qui souhaite notamment s’allier à d’autres partis de gauche écologistes à travers le monde.

Ruba Ghazal appelle le gouvernement à passer à l’action et à ne plus se contenter de belles paroles et de gestes symboliques.

«C’est bien beau, mais le temps des gestes symboliques est terminé. Ce à quoi les gens s’attendent, c’est un plan d’action sérieux», a-t-elle déclaré en conférence de presse quelques heures avant son départ pour la Pologne.

Le «troisième lien», un enjeu national

Le dossier du fameux troisième lien routier entre la ville de Québec et les municipalités de la rive-sud du St-Laurent s’est invité dans le débat. Les militants solidaires de la circonscription de Taschereau, représentée par la députée Catherine Dorion, ont fait adopter une résolution dans le plan de transition énergétique pour rejeter tout nouveau projet autoroutier.

Une attaque directe au projet de troisième lien dans la Capitale-Nationale.

«En ce moment, ce n’est vraiment pas populaire à Québec. C’est nous, qui vivons au centre-ville, qui voyons débarquer des milliers d’automobiles jour après jour. C’est nos lieux de vie! Nos enfants se promènent dans les ruelles, dans les rues et elles sont remplies d’autos. On n’en veut juste pas plus», a commenté Mme Dorion.

Ruba Ghazal souhaite que le dossier devienne un enjeu national et pas seulement régional.

«C’est un type de développement dont on n’a pas besoin aujourd’hui, dénonce celle qui est porte-parole en matière de Transport. Ce que les gens veulent, ce n’est pas nécessairement de se déplacer dans leur auto. C’est de pouvoir se déplacer d’un point A à un point B.»

Selon elle, on ne peut pas construire des routes et ensuite blâmer les gens de les utiliser. Il faut plutôt éviter de les construire et offrir d’autres moyens de transport collectif.