Le dernier signe tangible menant directement à une élection générale s'est matérialisé au cours de la soirée de mardi, alors que les spécialistes de la pose de pancartes électorales des différents partis se sont activés dans les circonscriptions de la région de Québec.

Des slogans pour rallier et séduire les électeurs

Les principaux partis politiques, émoustillés par l'imminence d'une campagne, lancent leurs cris de ralliement: les slogans électoraux. Mais même si on nous les répétera comme des mantras, ces devises ont une importance toute relative... Vous souvenez-vous des slogans de la dernière course? C'était pourtant il n'y a que 18 mois!
«Ce n'est pas l'élément déterminant», note le titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l'Université du Québec à Montréal, Bernard Motulsky. «C'est un des ingrédients de la recette.» Comme le sel rehausse un bon plat, mais n'est pas essentiel à sa réussite. «Il n'y a pas d'impact direct sur le vote.»
«Est-ce qu'on peut gagner une campagne électorale avec un slogan? Je ne pense pas», relativise également le professeur de communication-marketing à l'Université de Sherbrooke Marc D. David. À l'inverse, pourrait-il causer la perte d'un parti politique? Non plus, à moins qu'une gaffe monumentale soit commise.
Le slogan électoral a plutôt pour fonction principale de rassembler. «C'est un cri de ralliement pour les troupes.» Les fidèles s'uniront autour du message publicitaire. Chez les libéraux de Philippe Couillard, par exemple, on comprend qu'il sera cette fois question d'économie, pas de charte des valeurs : «Ensemble, on s'occupe des vraies affaires.» Dans le camp de la Coalition avenir Québec, c'est plutôt autour du chef François Legault qu'on se massera, si on fie au jeu de mots diffusé mardi : «On se donne Legault.»
«La deuxième fonction du slogan, ça va être d'attirer les électeurs», ajoute M. David. Mais il est pratiquement impossible de convaincre les inconditionnels des autres partis. Il s'agit donc de séduire des indécis avec un message simple.
L'impact de cette seule phrase-choc est toutefois limité. Le «Maîtres chez nous» libéral de 1962 a marqué l'histoire parce que la phrase synthétise notre souvenir de la Révolution tranquille, explique Bernard Motulsky. Un peu comme le «Yes we can» a marqué au sud puisqu'il illustre l'élection du premier Noir à la présidence états-unienne. Le slogan peut donc gagner en popularité des années après une campagne.
Voici d'ailleurs quelques slogans de campagnes électorales québécoises. Vous vous en souveniez? Vraiment?
> En un mot
«Oui» - PQ, 1970
«Debout» - QS, 2012
> Le chef devant
«Bourassa construit» - PLQ, 1973
«Non au séparatisme -Bourassa notre garantie» - PLQ, 1976
«Le Québec avec Johnson» - PQ, 1985
«Québec gagnant avec Pauline» - PQ, 2008
> Deuxième niveau
«Soyons lucides, votons solidaire!» - QS, 2007
«Au Québec, on passe à l'action» - ADQ, 2007
«ON peut mieux pour le Québec» - ON, 2012
> Ah, le changement
«C'est le temps que ça change» - PLQ, 1960
«C'est assez, faut que ça change!» - CAQ, 2012
> Le slogan multiple, long
«Pour une souveraineté solidaire, contre l'économie casino»
«Pour un système de santé public, contre...»
«Pour des salaires décents...»
«Pour une économie verte et locale...»
«Pour Éole Québec...»
- QS, 2008
> Le Québec dans tous ses états
«Québec d'abord» - UN, 1966
«J'ai le goût du Québec» - PQ, 1973
«Reconstruisons notre Québec» - PQ, 2007
«POUR le Québec» - PLQ, 2012
> On s'en souvient
«Maîtres chez nous» - PLQ, 1962
«Nous sommes prêts» - PLQ, 2003
> Mon slogan est plus fort que le tien
«Faut rester forts au Québec» - PQ, 1981
«Pour un Québec plus fort» - PLQ, 1998
«Restons forts» - PQ, 2003
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UN : Union nationale
PQ : Parti québécois
QS : Québec solidaire
PLQ : Parti libéral du Québec
ADQ : Action démocratique du Québec
ON : Option nationale