Des milliards à l'aveugle?

DÉCODAGE / Le coup d'envoi sera donné lundi. Pendant deux semaines, jusqu'au 5 mai, les députés de l'Assemblée nationale se livreront à un exercice qui devrait être l'un des plus importants de leurs fonctions. Ils procéderont à l'«étude des crédits budgétaires» de l'État québécois. Mais, il faut le dire, ils passeront en partie à côté de l'essentiel.
Ce n'est pas leur faire injure de le dire, puisqu'ils feront ce que les directions des partis croient qu'il convient de faire.
Pendant 10 jours, durant 200 heures, les députés réunis dans différentes commissions parlementaires auront pour mission de «passer au crible» les budgets des ministères. Et il y a de quoi faire!
Le budget de l'État québécois s'élève à plus de 106 milliards $ cette année. Les «dépenses de programmes», celles qui seront sous la loupe, comptent pour près de 73 milliards $ du total, selon les documents budgétaires. Ce n'est pas rien.
Des dizaines et des dizaines de fonctionnaires et de hauts fonctionnaires sont mobilisés pour ce marathon. Dans les officines gouvernementales, ils s'y préparent depuis des jours.
Dès lundi, ils arriveront avec de grosses mallettes à roulettes et prendront place derrière «leur» ministre au cas où celui-ci aurait besoin d'un renseignement précis.
En caricaturant à peine, on pourrait dire qu'au bout de l'exercice, on en saura plus sur le nombre de téléphones détenus par tel ou tel ministère, ou sur tel ou tel contrat octroyé, que sur l'adéquation des budgets avec les objectifs poursuivis.
Le spectacle ressemblera à celui des périodes de questions. Les partis d'opposition chercheront à «faire mal paraître» les ministres.
Les députés membres du gouvernement utiliseront leurs temps de parole pour permettre aux ministres d'exposer leurs actions sous le meilleur angle possible.
L'ex-député caquiste Christian Dubé, parti travailler à la Caisse de dépôt et placement du Québec après un court passage à l'Assemblée nationale, a déjà jugé que les parlementaires approuvent «à l'aveugle» des dizaines de milliards de dollars de crédits budgétaires lors de ces séances. Son observation était passée inaperçue.
En 2012, un professeur de l'École nationale d'administration publique, Pierre Cliche, avait estimé que les parlementaires ne donnent pas leur consentement aux crédits budgétaires de façon «éclairée».
Ne reprochons pas à nos élus de ne pas connaître leur travail. Ceux sur les lignes de front ont beaucoup de chats à fouetter. Mais signalons que M. Cliche revient notamment sur cette question dans son dernier ouvrage, paru en mars : Le budget du Québec : fondements, contraintes et défis.
Le plus important devrait être de savoir si les budgets accordés servent bel et bien les objectifs poursuivis par tel ou tel programme ou par telle ou telle mesure, pensent aussi tout de même quelques parlementaires. À leurs yeux, il faudrait que les élus de l'Assemblée nationale soient en mesure de connaître, lors de ces séances, les objectifs poursuivis pour pouvoir éventuellement apprécier les résultats obtenus.
Pour cela, il faudrait inscrire dans les documents portant sur les crédits budgétaires les objectifs à atteindre de façon claire et précise, et dire à quel rythme ils seront atteints. Les parlementaires pourraient alors en suivre l'évolution d'année en année. Et analyser systématiquement, et dans tous les domaines d'intervention de l'État, les résultats.
Ils pourraient enfin faire le lien entre des éléments d'information contenus dans des «plans stratégiques» et les budgets alloués. On serait alors au coeur et non plus en périphérie de ce que devrait être cet exercice s'amorçant lundi.
Des adversaires unis
Le ci-devant président des jeunes libéraux, Jonathan Marleau, sera donc le candidat libéral lors de l'élection partielle dans Gouin. Dressant son panégyrique, le premier ministre Philippe Couillard a dit que le jeune homme de 25 ans représente la jeunesse, la fougue, la diversité et la modernité.
Jonathan Marleau a souligné qu'il provient d'une famille à faible revenu et qu'il a fréquenté le réseau public d'éducation. Une façon de tacler son adversaire solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, 26 ans, qui a fréquenté l'école privée étant plus jeune.
Au printemps 2012, M. Marleau a arboré le «carré rouge», mais a manifesté avec respect, a-t-il aussi tenu à dire - encore là pour suggérer que son adversaire n'était pas dans cet état d'esprit. Gabriel Nadeau-Dubois lui répliquera en temps et lieu.
Ce qui est sûr, c'est que Jonathan Marleau a rendu la vie difficile au gouvernement Couillard lors de son passage à la Commission-jeunesse. Il a défendu Uber, l'associant à l'«économie de partage». Et il a en quelque sorte forcé le gouvernement à tenir une commission sur le racisme, ainsi que sur la discrimination systémique.
D'abord réticent, le gouvernement a fini par dire oui, mais il se fait écorcher là-dessus par le Parti québécois, la Coalition avenir Québec, ainsi que par de nombreux commentateurs.
Gabriel Nadeau-Dubois et Jonathan Marleau ne sont pas opposés en tout. Il y a un an, le candidat de Québec solidaire avait aussi réclamé la tenue d'une «commission sur le racisme systémique au Québec».