Le premier ministre Philippe Couillard entouré de ses ministres lors de l'assermentation, en octobre 2017.

Des départs déjà plus nombreux qu'en 2012 au PLQ

En 2012, huit députés ou ministres libéraux ont décidé de leur plein gré de quitter la vie politique à la fin de leur mandat. À cinq mois des prochaines élections, ils sont déjà 12 dans les rangs libéraux à avoir pris la même décision.

En s’appuyant sur des données d’Élections Québec, Le Soleil a effectué une compilation qui démontre que cette fois-ci, la vague de départs est déjà plus forte qu’à la fin du dernier mandat libéral.

Mardi, plusieurs députés et ministres libéraux ont soutenu qu’il était «normal» qu’un tel phénomène survienne et qu’à chaque élection, les élus se posent des questions sur leur avenir. Reste que les chiffres démontrent une tendance nettement à la hausse cette fois-ci. Comment l’expliquer?

«La politique, c’est un parcours qui est exigeant et difficile […] Il faut s’attendre à ces choses-là de plus en plus», évalue le premier ministre Philippe Couillard. Le ministre sortant Martin Coiteux a quant à lui soutenu qu’il «y a beaucoup de cynisme dans la population» et qu’il est difficile d’encaisser certaines critiques «très exagérées, difficiles à prendre». 

Martin Coiteux a récemment annoncé son départ pour l'automne.

Les recherches montrent que la population comprend mal le temps et l’engagement que les députés doivent consacrer à leur charge publique, indique Éric Montigny, professeur de sciences politiques à l’Université Laval. «On sous-estime ce que ça demande sur le plan humain.»

Selon M. Montigny, cette charge de travail et cette pression intense explique en partie le fait que les gens sont plus nombreux à ne pas se présenter de nouveau aux élections cette année. 

Les sondages pèsent aussi dans la balance, croit-il. «Les politiciens sont rationnels: ils se font une petite liste des pour et des contre et là-dedans, il y a leurs chances de réélection.»

Fin des indemnités de départ

Depuis 2015, les indemnités de départ en cas de démission hâtive des députés ont été abolies. Si bien que les élus doivent y penser à deux fois avant de se présenter et être certains de vouloir s’engager pour un autre mandat de quatre ans. Des cas comme ceux de la ministre Monique Jérôme-Forget, qui a démissionné en 2009, quatre mois seulement après les élections générales, devraient se faire plus rares, évalue M. Montigny. 

Les élections du 1er octobre seront également les premières à avoir lieu à date fixe, ce qui amène les députés à annoncer plus tôt leurs couleurs. «On va vivre pour la première fois les effets d’une réforme électorale et on pourra mieux mesurer après si les effets ont été positifs ou non», soutient M. Montigny. 

Les chiffres compilés par Le Soleil montrent que jusqu’à maintenant, 14% des élus de l’Assemblée nationale ne souhaitent pas se représenter aux prochaines élections. Ces chiffres font abstraction des démissions qui ont lieu en cours de mandat, des élus qui ne peuvent se représenter en raison de changements à la carte électorale ou des décès. Le Soleil a également choisi le dernier mandat de quatre ans pour effectuer la comparaison, et non le mandat minoritaire de 18 mois du gouvernement péquiste qui s’est achevé en 2014. 

Pour l’heure, ce sont les élus du Parti libéral du Québec qui sont les plus nombreux à vouloir quitter le bateau de la politique, même si leur parti est au pouvoir. Neuf députés et trois ministres l’ont annoncé officiellement. Plusieurs autres élus sont en réflexion, dont Jacques Chagnon, le président de l’Assemblée nationale et la députée Rita de Santis. 

Le Parti québécois perd pour le moment moins de joueurs qu’avant l’élection de 2012, alors que cinq députés ont indiqué qu’ils ne se représenteraient pas. 

Le chiffre global pourrait s’alourdir encore, car les six députés qui sont devenus indépendants en cours de mandat sont tous en réflexion sur leur avenir. Il s’agit de Gaétan Lelièvre, Pierre Paradis, Gerry Sklavounos, Martine Ouellet, Yves St-Denis et Claude Surprenant.

+