Certains candidats défaits du NPD se sont montrés sereins face au résultat de l'élection. Aucun n'a souhaité que leur chef Jagmeet Singh parte.

Députés et candidats défaits du NPD tentent de comprendre ce qui s'est passé

OTTAWA — Alexandre Boulerice a perdu tous ses collègues députés au Québec, mais il croit tout de même que son chef Jagmeet Singh a mené une «excellente campagne» et s'est «ouvert des portes» pour la prochaine campagne fédérale.

Les nouveaux députés néo-démocrates et les candidats défaits se sont réunis à Ottawa, mercredi, pour faire le bilan de leur campagne électorale et voir ce qui n'a pas fonctionné cette fois-ci.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) n'a fait élire que 24 députés au Canada, alors qu'ils étaient 39 au moment de la dissolution du Parlement. Le parti au Québec a été réduit à un seul député.

Questionné à ce sujet lors d'une mêlée de presse, M. Singh s'est montré jovialiste.

«C'est la vie. Parfois, ça ne fonctionne pas comme prévu», a-t-il dit en anglais, avant d'ajouter d'un ton plus grave qu'il n'est «pas satisfait» du résultat final. Il estime cependant avoir réussi à sauver les meubles, alors que plusieurs prédisaient que le NPD ne formerait même pas un parti officiel.

À l'entrée de la rencontre, certains candidats défaits se sont montrés sereins face au résultat de l'élection. Aucun n'a souhaité que leur chef parte.

«On ne va pas changer de chef non plus à chaque fois que le résultat n'est pas celui qu'on souhaite ou quand on n'est pas au gouvernement. Sinon, on changerait de chef tout le temps», a affirmé Pierre-Luc Dusseault, qui a perdu de peu dans Sherbrooke face à sa rivale libérale.

Matthew Dubé, défait dans Beloeil-Chambly par le chef bloquiste Yves-François Blanchet, aimerait lui aussi que M. Singh reste en poste.

Turban et laïcité

Les deux ex-députés admettent que leurs électeurs leur parlaient du turban de leur chef, alors que la loi sur la laïcité a accaparé l'attention en campagne, mais ils estiment que cette attitude avait changé dans les dernières semaines. «On sentait une différence en fin de campagne, quand les gens avaient davantage de familiarité avec lui», soutient M. Dubé.

À Montréal, M. Boulerice dit que le vote stratégique «basé sur la peur» y était pour beaucoup dans leur défaite. «Beaucoup de progressistes ont vu un refuge au sein du Parti libéral pour éviter une majorité conservatrice», soutient le député.

Il est d'avis aussi que la dernière campagne était une «tempête parfaite» pour le Bloc québécois, qui s'est associé au «parti politique le plus populaire en ce moment» au provincial - la Coalition avenir Québec - pour y porter plusieurs dossiers.

«Capital de sympathie»

M. Boulerice admet qu'il se sentira bien seul comme député du Québec, mais il croit que M. Singh s'est attiré un «capital de sympathie» qui ne s'est pas traduit tout de suite en votes, mais qui sera gagnant dans la prochaine campagne électorale.

«Ce n'était pas la troisième période d'une joute de hockey, c'est la première période d'une nouvelle joute de hockey», illustre-t-il.

Deux demandes au gouvernement Trudeau

Le NPD a profité de sa rencontre pour adresser déjà deux demandes bien claires au gouvernement Trudeau en situation minoritaire.

Le parti promet à la première occasion de déposer un projet de loi pour le forcer à aller de l'avant avec l'assurance-médicaments universelle, une promesse phare néo-démocrate pour laquelle les libéraux avaient démontré de l'intérêt.

Le NPD exige aussi du gouvernement de laisser tomber la contestation judiciaire d'Ottawa qui vise à éviter d'indemniser les enfants autochtones séparés de leur famille à la hauteur de 2 milliards $.

M. Singh dit que son caucus va évaluer chaque décision pour voir s'il donne son aval ou non aux décisions du gouvernement libéral, mais qu'il n'a pas l'intention de négocier en public.

Il croit cependant que les libéraux auront besoin de son appui pour mener un programme progressiste et national, ce que le Bloc ne pourra pas faire, à son avis.