Déplumer la CAQ

DÉCODAGE / La Coalition avenir Québec se fait déplumer par le gouvernement Couillard. Ce sera encore le cas ce week-end au congrès du Parti libéral du Québec.

Ce n’est pas pour rien que l’appareil gouvernemental de communications a mis l’accent, lors de la Mise à jour économique et financière, sur les quelque 1000$ par année qu’épargnera une famille composée d’au moins deux adultes-contribuables — à partir d’un certain niveau de revenu, faudrait-il toujours préciser. Mille dollars… c’est le clou que martèle le parti de François Legault depuis deux ans. Mais ce n’est pas tout.

Les délégués du Parti libéral du Québec réunis en congrès plancheront sur des résolutions s’inspirant très directement de politiques proposées par la CAQ. Citons-en quelques-unes : augmenter l’âge de l’instruction obligatoire à 18 ans pour les élèves n’ayant pas obtenu de diplôme d’études secondaires ou de formation professionnelle; rendre les gestionnaires de programmes gouvernementaux «responsables de l’atteinte des objectifs de performance et de la qualité des services offerts», et faire en sorte que «les fonctionnaires soient davantage comptables de leurs actes».

Ces résolutions sont caquistes. Elles ont pourtant été produites par la commission politique du Parti libéral du Québec, l’instance suprême de la formation.

Quoi qu’on pense de la CAQ, elle inspire ses adversaires. Mercredi, le Parti québécois a présenté une résolution parlementaire invitant le gouvernement à interdire «la consommation de cannabis dans les lieux publics». Il a chipé la position de la CAQ, qui avait demandé plusieurs jours auparavant d’interdire le cannabis dans les rues et dans les parcs.

Mais soyons justes. Ce sont les libéraux qui pigent allègrement dans la besace caquiste. Pas vraiment le PQ.

Il faut dire que la CAQ n’est pas l’Action démocratique du Québec. Elle est plus près du «centre» que l’était le parti de Mario Dumont.

«Au détriment des citoyens»

Des baisses d’impôt consenties au prix de l’austérité? L’embellie économique a fait entrer de l’argent dans les coffres de l’État, c’est indéniable. Mais il est tout aussi indéniable que les compressions budgétaires ont contribué à l’accumulation d’importants surplus, lesquels permettent aujourd’hui au gouvernement d’alléger le fardeau fiscal des contribuables.

Nul besoin d’émettre d’opinion personnelle pour s’en convaincre. En septembre 2015, la Protectrice du citoyen, Raymonde Saint­-Germain, avait déclaré que l’exercice de resserrement budgétaire engagé par le gouvernement Couillard engendrait de plus en plus de difficultés à de plus en plus de Québécois. «Certains choix se sont faits au détriment des citoyens», avait-elle été jusqu’à dire.

Il est vrai que certaines organisations ont fait de meilleurs choix que d’autres pour faire face à la musique. Mais le portrait global n’était pas reluisant.

Le plus extraordinaire dans toute cette affaire est que l’exercice de restructuration de l’État semble avoir compté pour des prunes dans l’accumulation de surplus. Souvenons-nous : c’était la grande affaire du gouvernement lorsqu’il a pris le pouvoir. (La CAQ réclamait déjà une révision des façons de faire de l’État, une refonte de ses structures — soit dit en passant.)

Or, jamais on n’a entendu un ténor du gouvernement dire que cet exercice de restructuration avait généré des économies. C’est comme s’il n’avait jamais existé. C’est comme s’il n’avait jamais rien produit. Le Soleil réclame d’ailleurs depuis 18 mois un bilan de cette entreprise lancée par le ministre Martin Coiteux, alors qu’il était au Conseil du trésor. Toujours en vain. Comme si cet exercice n’avait été qu’une opération de compressions.

Deux poids, deux mesures

Jamais un gouvernement n’aura collé d’aussi près à la caricature voulant que les «décisions difficiles» soient prises en début de mandat et que les «bonnes nouvelles» soient distribuées à la fin. Cela étant, avec une réserve cumulée de 4,5 milliards $ et des surplus annuels de quelque 2,5 milliards $ —, et ce, après des versements de même hauteur au Fonds des générations, le gouvernement pouvait difficilement ne pas partager une partie du trésor.

Mais comment se fait-il que ce qui valait pour les services de garde ne vaille pas pour les fournitures scolaires? Comme se fait-il qu’il était important de moduler les tarifs des services de garde en fonction du revenu des parents et que le chèque de 100$ par enfant pour les fournitures scolaires sera distribué sans égard au niveau d’aisance de la famille?

Un lauréat: Poëti

S’il y avait un lauréat du dernier remaniement ministériel, ce serait probablement le ministre Robert Poëti, ministre délégué à l’Intégrité des marchés publics. Il a convaincu son gouvernement de faire en sorte que le pdg de la future Autorité des marchés publics soit nommé aux deux tiers des membres de l’Assemblée nationale.

La surprise des partis d’opposition était de taille mercredi. En poussant son gouvernement dans cette direction, M. Poëti l’a amené plus loin que ce qu’a suggéré la commission Charbonneau en cette matière.