Jean-Guy Dagenais quitte le caucus conservateur pour siéger avec le Groupe des sénateurs canadiens (GSC), un nouveau groupe au Sénat formé au début du mois.

Dépité, le sénateur Dagenais quitte les conservateurs

OTTAWA — Le chef conservateur Andrew Scheer perd l’un de ses sénateurs québécois, déçu par le résultat des élections dans la province.

Jean-Guy Dagenais quitte le caucus conservateur pour siéger avec le Groupe des sénateurs canadiens (GSC), un nouveau groupe au Sénat formé au début du mois. Il en a fait l’annonce par voie de communiqué, lundi matin.

M. Dagenais était l’un des rares conservateurs à avoir critiqué le leadership de M. Scheer à visage découvert dans les médias dans les dernières semaines.

S’exprimer «plus librement»

En entrevue avec La Presse canadienne, M. Dagenais admet que ses prises de position publiques ont dérangé certains conservateurs, qui auraient mieux aimé qu’il se taise. En quittant le caucus conservateur, il pense qu’il pourra s’exprimer «plus librement».

Sa liberté de parole retrouvée, il ne mâche pas ses mots pour critiquer le choix du bureau de M. Scheer d’avoir nommé l’ancien ministre John Baird pour mener un travail d’analyse à la suite des résultats de l’élection. «Je ne suis pas certain que M. Baird comprend très bien les intérêts des Québécois», dit-il.

Les causes des difficultés au Québec sont claires, renchérit M. Dagenais. «Il me semble que ce n’est pas dur à comprendre, là. C’était le débat (de TVA) en français et les tergiversations sur l’avortement», poursuit-il.

Le sénateur, qui parrainait quatre candidates conservatrices pendant la campagne électorale, soutient que certaines d’entre elles se faisaient «claquer la porte» en plein visage par les électeurs après ce premier débat en français, où M. Scheer a eu du mal à expliquer sa position personnelle sur l’avortement.

Le chef conservateur a finalement admis qu’il était personnellement «pro-vie», mais qu’il voterait contre toute tentative de son parti de rouvrir le débat sur l’avortement.

Le sénateur d'affiliation libérale, Percy Downe, de l'Île-du-Prince-Édouard a adhéré au Groupe des sénateurs canadiens.

Pas d’effet domino

La décision de M. Dagenais de quitter le groupe des sénateurs conservateurs n’aura visiblement pas d’effet domino parmi ses autres collègues québécois.

Ceux consultés par La Presse canadienne disent ne pas avoir l’intention de suivre ses traces.

«Le départ du sénateur Dagenais est malheureux. Je crois que nous pouvons avoir une plus grande influence pour notre région et les Canadiens et être plus efficaces en travaillant au sein du caucus conservateur, plutôt que d’être à l’extérieur», a réagi la sénatrice Judith Seidman.

Le sénateur Claude Carignan dit lui aussi qu’il préfère rester au sein du caucus conservateur et respecter le processus entamé par le parti d’ici au vote de confiance sur le leadership de M. Scheer qui aura lieu au mois d’avril. Son collègue Pierre-Hughes Boisvenu dit qu’il n’a pas «du tout» l’intention de quitter.

M. Dagenais avait pris la décision de siéger comme sénateur non affilié dès le lendemain du premier bilan du parti après l’élection. Le caucus avait alors voté contre une résolution permettant de se donner le pouvoir de démettre M. Scheer de ses fonctions.

Il dit avoir été agréablement surpris de constater qu’un nouveau groupe se constituait au Sénat et a demandé à s’y joindre. «Des fois, je ne crois pas au bon Dieu, mais là, il était bon avec moi», résume-t-il.

M. Dagenais ajoute qu’il est toujours membre du Parti conservateur du Canada et pourra donc prendre part au vote de confiance au congrès national d’avril 2020, où les délégués auront à se prononcer sur le sort de leur chef.

Brassage de cartes au Sénat

Le GSC s’est réjoui, dans un bref communiqué de presse, de l’adhésion de deux nouveaux membres à son nouveau groupe : M. Dagenais et le sénateur d’affiliation libérale Percy Downe, de l’Île-du-Prince-Édouard.

Le départ de M. Downe est cependant venu modifier la composition des nouveaux groupes au Sénat.

Avec son départ du Groupe progressiste du Sénat, créé il y a quelques jours seulement par les sénateurs d’affiliation libérale, les progressistes ne sont plus que huit. Ils ne sont plus reconnus comme un groupe officiel et sont maintenant identifiés comme non affiliés sur le site web du Sénat.

Le bureau du leader de ce nouveau groupe, Joseph Day, s’est dit confiant que les progressistes au Sénat allaient de nouveau pouvoir former un groupe officiel.

«Nous avons peut-être perdu la reconnaissance officielle, mais le groupe n’a pas été dissous. Nous continuons d’être un groupe de progressistes aux vues similaires et nous sommes convaincus que d’autres sénateurs se joindront à nous en temps opportun», a fait savoir le bureau de M. Day dans une déclaration écrite.

Le Groupe des sénateurs indépendants (GSI) compte maintenant 51 membres, les conservateurs 24, le GSC 13 et les non affiliés sont au nombre de 12. Il y a cinq sièges vacants.