Le coût total du projet est désormais évalué à 6,7 millions $, soit 2,2 millions de plus que les 4,5 millions prévus en avril.

Démarrage laborieux pour Rendez-vous santé Québec

EXCLUSIF / Le nouveau service gouvernemental de prise de rendez-vous en ligne avec un médecin de famille, Rendez-vous santé Québec (RVSQ), tarde à prendre son envol. Il enregistre de plus un dépassement de coût de 49 %.

Le coût total du projet est désormais évalué à 6,7 millions $, soit 2,2 millions de plus que les 4,5 millions prévus en avril.

Le 4 avril, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a lancé une nouvelle plateforme informatique permettant une prise de rendez-vous en ligne avec un médecin de famille, le sien ou un autre. Conçu par la firme CGI, le système doit permettre de prendre rendez-vous à partir d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un téléphone intelligent.

Le nouveau service devait être déployé sur l’ensemble du Québec d’ici la fin de l’automne.

Au 31 octobre, seulement huit cliniques et 115 médecins de famille participaient au service Rendez-vous santé, selon des données de la Régie de l’assurance maladie du Québec obtenues par la Coalition avenir Québec — huit établissements sur 1420 (en comptant entre autres les cabinets traditionnels, les CLSC et les “cliniques réseau”); et 115 médecins sur une possibilité de plus de 6900.

«Le ministre Barrette a monté les attentes et n’a pas livré la marchandise», constate le député François Paradis.

L’élu de Lévis relève que le dépassement de 2,2 millions $ «n’inclut pas le budget de fonctionnement annuel» du service. Le surcoût serait notamment attribuable au fait que le système informatique de RVSQ n’est pas compatible avec ceux des cliniques.

«Il existe deux systèmes informatiques parallèles qui ne sont pas “interfacés”, ce qui constitue un important problème technique pour parvenir au déploiement à grande échelle de Rendez-vous santé Québec. Concrètement, les cliniques reçoivent le rendez-vous d’un patient par l’entremise du RVSQ, mais elles doivent par la suite l’entrer dans leur propre système.»

Libre adhésion

François Paradis croit en la nécessité pour le gouvernement d’offrir un tel service de prise de rendez-vous. Sur le fond, «c’est un bon projet qui va faciliter la prise de rendez-vous auprès d’un médecin de famille», dit-il.

Si son parti prend le pouvoir, il n’exclut d’ailleurs pas, lorsque le système sera «parfaitement au point», de l’imposer à tous les établissements de santé — et pas seulement aux super-cliniques.

Actuellement, l’adhésion à Rendez-vous santé Québec n’est pas obligatoire. Seules les super-cliniques ont l’obligation d’y adhérer «dès lors que le service leur est rendu disponible», précise la Régie de l’assurance maladie du Québec dans une note datée du 16 novembre — une façon de dire que toutes ne pouvaient encore avoir accès à la plateforme à ce moment-là.

En fait, le calendrier de déploiement du service à l’échelle du Québec est encore en cours d’élaboration.

Le député Paradis dit déceler des «failles» dans la conception même du service. Actuellement, observe-t-il, «de plus en plus de groupes de médecine de famille n’acceptent que les patients  inscrits auprès de l’un de leurs médecins et refusent ceux d’autres groupes, ainsi que les “patients orphelins”». Résultat, «il sera très difficile pour un patient d’obtenir un rendez-vous grâce à RVSQ» ailleurs que dans son GMF si son médecin et ceux qui y travaillent ne sont pas disponibles.

À terme, le ministre Gaétan Barrette prévoit que le système s’étende aux infirmières spécialisées «de première ligne», aux résidents en groupe de médecine de famille universitaire et, dans un horizon plus lointain, à tous les professionnels.

Bonjour-santé

Un service semblable à Rendez-vous santé Québec existe déjà, mais il est géré par une entreprise exigeant des frais aux malades dans certaines circonstances. L’utilisation de Bonjour-santé est gratuite si un médecin de la clinique à laquelle un citoyen est inscrit est disponible, mais coûte 17,25 $ (avant taxes) s’il cherche à se rendre dans un autre établissement, faute de disponibilité dans le sien.