À son arrivée à la rencontre des premiers ministres, vendredi, à Montréal, François Legault a dit avoir abordé la question des demandeurs d'asile avec son homologue fédéral Justin Trudeau.

Demandeurs d'asile: Legault dit constater de l'ouverture à Ottawa

MONTRÉAL — Même s'il dit constater de l'ouverture de la part d'Ottawa, le premier ministre François Legault ne quittera pas la rencontre des premiers ministres avec les 300 millions $ réclamés pour la prise en charge des demandeurs d'asile ayant irrégulièrement traversé la frontière depuis l'an dernier.

À son arrivée, vendredi matin, celui-ci a néanmoins affirmé qu'il comptait une fois de plus presser son homologue fédéral Justin Trudeau.

«Pour ces personnes qui restent en moyenne 18 mois au Québec, on les envoie à l'école, nous les soignons, il y a des frais directs d'environ 300 millions $», a estimé M. Legault.

Le dossier a fait l'objet de discussions entre MM. Legault et Trudeau jeudi soir, dans le cadre d'un souper réunissant les premiers ministres. Les pourparlers devraient se poursuivre, a indiqué le premier ministre québécois.

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait exigé en mars le remboursement de 146 millions $ pour la prise en charge des 25 000 demandeurs d'asile entrés au pays de façon irrégulière en 2017 près du poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle. Québec réclame désormais environ deux fois plus étant donné que la province doit offrir «beaucoup de services», comme l'éducation ainsi que des soins de santé, a dit M. Legault.

Selon le ministère fédéral de l'Immigration, quelque 16 000 demandeurs d'asile ont traversé la frontière canado-américaine de façon irrégulière par le Québec depuis janvier.

M. Legault a affirmé qu'il faut environ 18 mois avant que le gouvernement fédéral décide si ces personnes sont considérées comme des réfugiés.

«Quand il y en a qui viennent des États-Unis, c'est difficile à prouver, donc ils sont refusés, a-t-il analysé. Pendant ce temps, Québec, de façon très humanitaire, paye les services. Puisque le délai est causé par le fédéral, cela devrait être payé par le fédéral.»

«Le Québec n'a pas à payer»

À Ottawa, conservateurs, néo-démocrates et bloquistes ont exigé vendredi que le gouvernement Trudeau paie la note.

«La demande est tout à fait appropriée et j'espère que le gouvernement va être à l'écoute de cette demande», a commenté le député néo-démocrate Matthew Dubé.

«La crise est mal gérée par Ottawa, c'est Québec qui se retrouve avec la facture, a dénoncé le bloquiste Gabriel Ste-Marie. La moindre des choses, c'est qu'Ottawa compense au lieu d'acheter ses wagons de pétrole.»

«Le Québec n'a pas à payer pour les erreurs et les échecs du premier ministre», a martelé le député conservateur Pierre Paul-Hus, en chambre.

Les conservateurs reprochent au premier ministre Justin Trudeau un message publié sur Twitter en janvier 2017 au lendemain de la fermeture des frontières américaines par le président Donald Trumps aux réfugiés et aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane.

Dans son gazouillis, M. Trudeau soulignait que «ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre» étaient les bienvenus au Canada. Quelques mois plus tard, des milliers de demandeurs d'asile ont commencé à traverser la frontière au chemin Roxham à Saint-Bernard-de-Lacolle à partir des États-Unis.

«La suggestion qu'un tweet a eu un impact sur un phénomène mondial est franchement absurde», a répondu le ministre de la Sécurité frontalière, Bill Blair.

Les négociations pour le remboursement se poursuivent avec Québec, a-t-il ajouté sans vouloir dire si Ottawa a bonifié son offre initiale de 36 millions $ pour l'hébergement temporaire. Québec avait refusé l'enveloppe de crainte de ne pas pouvoir obtenir davantage d'argent par la suite.