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Défense: Ottawa dépensera des milliards de moins que prévu

OTTAWA - Le gouvernement fédéral consacrera des milliards de dollars de moins au nouveau matériel militaire que ce qui avait été promis cette année, suscitant des inquiétudes quant à l’état de préparation des Forces canadiennes et à la possibilité que le Canada n’atteigne pas un autre objectif de dépenses de l’OTAN.

En 2017, dans la Politique de défense du Canada, le gouvernement de Justin Trudeau prévoyait des augmentations considérables des sommes consacrées chaque année, au cours des deux prochaines décennies, aux nouveaux aéronefs, navires, véhicules blindés et autres équipements militaires. Ces investissements sont jugés essentiels pour remplacer les appareils de combat, les navires et autres équipements vieillissants des Forces canadiennes par des équipements ultramodernes.

Pourtant, alors que le gouvernement est sur le point d’investir davantage dans de nouveaux équipements pour la deuxième année consécutive, les documents budgétaires montrent que le ministère de la Défense n’a pas eu droit à plus de 2 milliards $ des 6,5 milliards $ qu’Ottawa prévoyait dépenser.

Le gouvernement a dépensé 2,3 milliards $ de moins que prévu l’année dernière, principalement en raison de retards dans des projets tels que l’énorme plan du gouvernement pour l’achat de nouveaux navires de guerre, mais aussi parce que certains équipements ont fini par coûter moins cher que prévu.

La sous-ministre Jody Thomas, plus haute fonctionnaire du ministère de la Défense nationale, a expliqué à un comité des Communes, la semaine dernière, que près de 700 millions $ n’ont pas été dépensés parce que certains projets ont coûté moins cher qu’on ne s’y attendait et en raison d’autres «gains d’efficacité: donc nous n’avons pas eu besoin de cet argent».

Mme Thomas a toutefois reconnu que le ministère était à l’origine de certaines des dépenses non réalisées. L’industrie a également rencontré des difficultés pour mener à bien ses projets. Elle a toutefois ajouté qu’on ne devrait pas se surprendre qu’il y ait eu certains problèmes, compte tenu du nombre de projets en cours.

«Nous allons avoir des ralentissements», a-t-elle déclaré. «Si l’argent ne circule pas assez vite en raison d’un problème lié à une chaîne d’approvisionnement, un fournisseur particulier, un contrat, la définition que nous avons donnée un projet, nous travaillons avec l’industrie pour essayer de résoudre ce problème.»

Néanmoins, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a reconnu devant le même comité que bien que le gouvernement dépense plus en équipements militaires que les années précédentes, «nous devons réunir suffisamment de personnes pour pouvoir gérer le volume de projets. Nous devons nous améliorer».

Manque d’experts

Les responsables de la défense ont déjà imputé à une pénurie d’experts en approvisionnement des retards dans les projets et des dépassements de coûts. Cette pénurie a été créée par des compressions successives au sein du ministère sous les libéraux dans les années 1990 et s’est poursuivie sous les conservateurs au début de la décennie actuelle.

Bien que le fait que le ministère ait économisé de l’argent sur certains projets soit considéré comme un progrès, le porte-parole conservateur en matière de défense, James Bezan, s’est dit préoccupé par les centaines de millions de dollars en nouveaux investissements promis qui ne se sont pas réalisés.

«Malgré les explications données par les représentants du comité, nous pensons toujours que les projets prennent du retard, que les promesses ne seront pas tenues et que, finalement, les Forces armées canadiennes ne disposeront pas de l’équipement dont elles ont besoin», a déclaré M. Bezan à La Presse canadienne. «L’idée qu’ils parviennent à réaliser des économies est une bonne nouvelle. Mais en même temps, cet argent devrait être réinvesti dans d’autres projets d’immobilisations qui ne sont pas encore terminés.»

La sous-ministre Thomas n’a pas précisé quels projets seraient affectés par la sous-utilisation des dépenses.

Et cette sous-utilisation des ressources ne signifie pas seulement que la livraison de certains équipements promis sera retardée, a précisé David Perry, un analyste de la défense à l’Institut canadien des affaires mondiales: cela menace également la capacité du Canada à atteindre un objectif clé de dépenses de l’OTAN.

Tous les membres de l’alliance militaire avaient convenu en 2014 de consacrer 2,0 pour cent de leur produit intérieur brut (PIB) à l’armée d’ici dix ans - un engagement qui a depuis pris une nouvelle importance avec l’arrivée du président américain Donald Trump, qui exige que tous les alliés de l’OTAN dépensent davantage.

Bien que le Canada ait longtemps résisté à cet objectif et que la politique de défense des libéraux indique que les dépenses n’atteindront que 1,4 pour cent du PIB d’ici 2024-2025, le gouvernement libéral a déclaré qu’il atteindrait un autre objectif de l’OTAN: affecter 20 pour cent de ses dépenses militaires aux nouveaux équipements.

«Ainsi, l’armée ne se rééquipe pas aussi vite que prévu lors de la publication de la politique de défense, a déclaré M. Perry lors d’un entretien. Et nous avions essentiellement rassuré l’OTAN sur le fait que nous allions vraiment faire un bon travail en matière de dépenses de recapitalisation, et que nous ne sommes pas aussi avancés que nous devrions l’être dans ce dossier.»