Le président de l'Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau

Défaite de Bernier: les agriculteurs ont parlé

Le message est lancé: «c'est plus facile de travailler avec les producteurs que contre eux», a laissé tomber Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), au lendemain de la défaite de Maxime Bernier dans la course à la direction du Parti conservateur.
«Ce qui a fait mal à M. Bernier, ce sont ses changements de position», dit-il, faisant référence à la question de la gestion de l'offre, que le candidat a d'abord défendue avant d'en prôner l'abolition. «Ce type de revirement là [effectué] par un politicien qui se présente à la chefferie de son parti nécessairement laisse des traces. Ça a vraiment fâché les producteurs.»
En ce sens, il adhère aux propos tenus samedi soir par le coprésident de campagne de Maxime Bernier, Jacques Gourde, selon qui «c'est la gestion de l'offre qui a fait la différence».
«Il y a deux messages» derrière les résultats de samedi, croit-il. «S'il y a une forme de solidarité qui s'installe et une communauté qui se crée, on peut changer les choses aujourd'hui de façon citoyenne. L'autre élément, c'est que les politiciens doivent assumer les positions qu'ils prennent. La position que M. Bernier a prise par rapport à sa propre région, à son propre comté était totalement déphasée avec la réalité. La gestion de l'offre est particulièrement importante dans son comté, dans sa région, et il a pris une position pour favoriser le financement de sa campagne plutôt que les électeurs qu'il représente. Les conséquences, il les a vécues hier», lance M. Groleau.
Rappelons que Maxime Bernier s'est fait coiffer au fil d'arrivée de la course à la direction du Parti conservateur du Canada par le Saskatchewanais Andrew Scheer au terme de 13 tours de scrutin. Le député de Regina-Qu'Appelle l'a emporté avec 51 % des voix contre 49 % pour le Beauceron. Maxime Bernier s'est fait battre dans sa propre circonscription avec la même proportion.
«Si on abolit la gestion de l'offre au Canada, c'est des milliers de fermes qui vont cesser leurs activités, et en Chaudière-Appalaches particulièrement, où la gestion de l'offre est très importante», ajoute-t-il. «C'est sûr que devant cette menace-là, on comprend que les gens se soient mobilisés et qu'ils aient fait valoir leurs voix.»
Selon Marcel Groleau, le résultat de samedi révèle par ailleurs «une certaine faiblesse du Parti conservateur au Québec». «Les producteurs agricoles, on n'est pas si nombreux, alors qu'on ait réussi par notre mobilisation à changer la donne au Québec, ça signifie que le nombre de membres du Parti conservateur au Québec est relativement faible», évalue-t-il. 
La démocratie, seule coupable
Il réaffirme que l'UPA n'a eu aucun rôle à jouer dans la «mobilisation citoyenne» qui s'est organisée au Québec pour contrer l'élection de Maxime Bernier, notamment par l'entremise du groupe Facebook Les amis de la gestion de l'offre et des régions, créé en janvier par le producteur laitier Jacques Roy.
«Il n'y a pas de coupable, c'est la démocratie» qui a parlé, indique d'ailleurs M. Roy. Il répond ainsi aux propos tenus samedi par l'ancien maire de Saint-Georges, Roger Carette, qui accuse les Québécois et le lobby «extrêmement fort» de l'UPA d'avoir causé la défaite de Maxime Bernier. M. Carette s'indigne que «les leaders du mouvement agricole» aient sabordé la campagne de M. Bernier, «un gars de chez nous».
Une position que M. Roy, dont le groupe Facebook compte près de 9000 membres, qualifie d'«incroyable». «L'UPA n'a rien à voir là-dedans», assure-t-il. «C'est crier au loup quand il n'y en a pas. C'est chercher un coupable.» Avec La Presse canadienne