Producteur laitier beauceron, Jacques Roy a mis sur pied un groupe Facebook afin de barrer la route de Maxime Bernier à la succession de Stephen Harper. De nombreux agriculteurs ont emboîté le pas, craignant la fin du système de gestion de l'offre. 

Défaite de Bernier: la faute aux Québécois et à l'UPA

C'est la faute des Québécois et du lobby «extrêmement fort» de l'Union des producteurs agricoles (UPA) si Maxime Bernier a perdu la course à la direction du Parti conservateur, selon l'influent ancien maire de St-Georges, Roger Carette.
En entrevue avec La Presse canadienne peu de temps après le dévoilement des résultats samedi, M. Carette, qui a siégé comme maire de 1994 à 2009, a dit ne pas comprendre les Québécois.
«C'est le Québec qui l'a sorti de là, a-t-il affirmé sans détour. Si on regarde la différence d'un pour cent des votes, c'est la différence au Québec.»
Selon les données du Parti conservateur, M. Bernier s'est fait coiffer par le Saskatchewanais Andrew Scheer dans sa propre Beauce natale en récoltant 48,89 % des appuis, contre 51,11 % pour M. Scheer.
À l'invitation des agriculteurs, M. Scheer avait fait campagne en Beauce contre la position de Maxime Bernier d'abolir progressivement la gestion de l'offre, le système canadien de quotas et de contrôle des prix visant à assurer aux producteurs de lait, d'oeufs et de volaille un revenu stable malgré les fluctuations du marché.
M. Bernier voulait libéraliser ce système, car, selon lui, il maintient les prix artificiellement élevés et limite la concurrence. Il suggérait une période de transition avec des indemnisations.
D'après M. Carette, «les leaders du mouvement agricole» ont sabordé la campagne de M. Bernier, «un gars de chez nous».
«Je suis déçu. Je reconnais que c'est le Québec qui a décidé qu'il préférait un type de la Saskatchewan pour diriger le parti et peut-être un jour le pays. C'est un peu désolant de constater qu'on a fait partie de ça», a-t-il dit, en ajoutant que selon lui, la proposition de M. Bernier d'abolir la gestion de l'offre n'aurait pas passé comme une lettre à la poste et aurait fait l'objet d'un rigoureux débat à l'intérieur du parti.
La Beauce devra donc «faire son deuil» de cette expérience, a poursuivi M. Carette, et de «l'interventionnisme abusif de l'UPA».
L'ex-maire Roger Carette
«Maudite merde»
Même déception du côté de la quarantaine de sympathisants de Maxime Bernier réunis samedi au restaurant «Chez Gérard» à St-Georges.
Plusieurs ont poussé un «maudite merde» bien senti avant de se dépêcher à quitter la salle une fois la victoire d'Andrew Scheer confirmée.
L'ambiance était pourtant à la fête tout au long de la soirée. Entre bouchées de saucisses et bâtonnets de mozzarella panés, bagatelles et choux à la crème, les fidèles partisans de M. Bernier se disaient sûrs de l'emporter.
Maxime Bernier, ont-ils dit, est un politicien «très proche de son monde», généreux et sincère.
La nervosité a commencé à se faire sentir vers le dixième tour.
«Maxime a eu un vote partagé en Beauce, mais il a eu beaucoup d'appuis en Alberta. C'est incompréhensible», a analysé Johanne Maheu, une bénévole dans le camp Bernier.
Joie chez les agriculteurs
La circonscription de Beauce est parmi celles qui comptent le plus d'exploitations agricoles soumises à la gestion de l'offre au pays.
Plusieurs producteurs laitiers de la région, dont Frédéric Marcoux, s'étaient donné comme mission de bloquer la campagne de M. Bernier et de nuire à son coprésident de campagne, Jacques Gourde. Une page Facebook «Les Amis de la gestion de l'offre et des régions» a d'ailleurs accueilli près de 10 000 membres.
«Les agriculteurs n'ont pas juste battu Bernier, a affirmé M. Marcoux en entrevue téléphonique samedi soir. C'est la classe politique au complet qui prend acte de ça, là. Tout le monde nous a vus, tout le monde nous a entendus (...) tout le monde au final a vu le résultat. Pour moi, on ne reverra pas avant un maudit bout quelqu'un attaquer la gestion de l'offre».
M. Marcoux a ajouté qu'il était «facile» de blâmer l'UPA, mais que dans les faits, la grogne était généralisée.
Il ne croit d'ailleurs plus revoir le candidat malheureux de sitôt dans les rangs beaucerons. «Maxime Bernier s'est calé lui-même (...) la gestion de l'offre, juste dans son compté, c'est un demi-milliard, à quoi s'attendait-il?»
Considéré comme le candidat aux idées les plus «radicales», M. Bernier avait aussi promis d'abolir le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et les subventions aux entreprises, de privatiser Postes Canada, de revoir la péréquation et de donner des points d'impôt aux provinces, de revoir l'aide étrangère et les quotas d'immigration à la baisse, de réduire le financement à CBC/Radio-Canada, et d'éliminer la taxe sur le carbone.