Décodage: Lisée a enfin pu parler!

Décodage / Jean-François Lisée était agacé depuis quelques semaines par le bruit médiatique voulant que Pierre Karl Péladeau souhaite revenir au Parti québécois. Et qu’il voulait, toujours selon la même rumeur, retrouver sa place de chef.

Il ne pouvait ni dire ni faire grand-chose. Il lui était difficile de se positionner devant un simple «bruit», une «rumeur».

Cette semaine, après l’entrevue accordée par le patron de Québecor à l’émission Médium large de Radio-Canada, Jean-François Lisée pouvait enfin dire quelque chose — quitte à faire contre mauvaise fortune bon cœur. Il a invité M. Péladeau à rejoindre le caucus péquiste. Mais comme député et éventuel ministre. Pas comme chef.

Ce qu’a cherché à faire M. Lisée depuis cette entrevue, c’est de tenter de lever le plus possible le flou de la situation.

L’ex-chef péquiste reviendra-t-il? Si oui, quand? Avant le prochain scrutin général? Après — puisqu’il s’est dit en réserve de la République? 

Au bout de quelques heures, Jean-François Lisée a été en mesure d’affirmer à qui voulait l’entendre que Pierre Karl Péladeau ne reviendra pas d’ici les prochaines élections générales.

Il aurait sans doute aimé que le principal intéressé le répète publiquement et clairement afin que tout soit le plus clair possible pour tous. Il aurait sans doute préféré que le bourdonnement des dernières semaines n’ait jamais existé.

Après l’entrevue, il a enfin pu parler de «Pierre Karl»! Ce qui est préférable pour lui au flou total qui persistait jusque-là. Et qui le confinait au silence sur cette question.

Maintenir l’unité

L’aile parlementaire péquiste est derrière Jean-François Lisée. Mais tout peut toujours se produire lorsque la situation est fragile. Or, elle l’est.

Mais pour l’heure, le Parti québécois a probablement surtout besoin d’élaborer un plan de match lié au programme adopté en septembre. Et de s’y tenir! Ce parti a moins besoin de changements perpétuels que de constance.

M. Lisée a été plébiscité par les délégués du 17e congrès. Il a reçu un appui de 92,8%. Ce n’est pas rien. Ah, c’est vrai ! Pauline Marois avait fait encore mieux que lui en 2011, ce qui n’a pas empêché qu’une crise éclate deux mois plus tard. 

Mais ce n’est pas en tout chambardant tout le temps que le PQ retrouvera les électeurs qu’il a perdus depuis une dizaine d’années.

Il doit aussi refaire l’unité sur les questions identitaires. Car si des péquistes sont déçus du report de tout éventuel référendum à un éventuel deuxième mandat, d’autres ont été indisposés par les sorties musclées de M. Lisée sur ce sujet.

Des jalons

La Coalition avenir Québec et le Parti québécois ont planté des jalons électoraux cette semaine. 

D’un côté est apparu le neuropédiatre Lionel Carmant, devenu conseiller de François Legault. De l’autre, l’ex-ministre péquiste Camil Bouchard a été promu conseiller de Jean-François Lisée.

Lionel Carmant enrichirait l’Assemblée nationale de sa présence. Il a été chargé par M. Legault de jeter les bases d’un programme de dépistage précoce des problèmes de neurodéveloppement.

La CAQ a promis une baisse des taxes scolaires de près de 1,4 milliard$ d’ici 2022 grâce à un taux unique de taxation; le PQ, le retour à un tarif universel (avec un degré de modulation) pour les CPE et les garderies subventionnées. 

D’un côté, on a aussi réaffirmé qu’on voulait d’abord un 3e lien entre Québec et Lévis; de l’autre, un tramway — comme les libéraux et le maire Régis Labeaume.

La CAQ et le PQ ont planté des jalons électoraux, des jalons qui disent qui ils sont; qui disent la façon dont ils veulent être vus.

Mieux qu’un discours? 

En politique comme en marketing, la notion de positionnement est importante. Le Parti québécois a lancé une campagne d’affichage à Montréal, des affiches sur lesquelles on lit «Un État au régime ou au gym ?».

On peut postuler que ce qu’il vise avec une telle campagne, c’est moins son impact direct chez les citoyens — qui ne seront pas si nombreux à la voir de visu — que son impact médiatique.

Si la campagne est raillée par certains, pour d’autres, elle permet enfin au PQ de camper un message…

C’est le problème des partis. Ils ont beau les répéter souvent, leurs messages ne percolent pas comme ils le voudraient.

Jean-François Lisée avait déjà tenu ce discours sur l’État l’automne dernier, notamment en entrevue. Sans succès médiatique à ce moment-là. Une campagne d’affichage vaudrait-elle mieux que des discours? 

Questionnaire publicitaire

Le ministre Carlos Leitão a lancé ses consultations prébudgétaires. Il a invité les Québécois à faire part de leurs attentes en répondant à un questionnaire figurant sur le site du ministère des Finances. Ce questionnaire est une ode aux politiques du gouvernement Couillard.

Dès la première question, on y lit que «le gouvernement du Québec a posé des gestes concrets pour améliorer la qualité de vie des familles», que «la bonne gestion des finances publiques et la croissance soutenue de notre économie permettent d’aller encore plus loin afin de mieux répondre aux priorités et aux attentes des Québécoises et Québécois». Et la question à proprement parler : «Selon vous, quelles devraient être les priorités du prochain budget?»

Marketing politique? Un peu quand même! À ce stade-ci, le gouvernement Couillard a déjà une assez bonne idée des orientations de son prochain budget.

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Phrase de la semaine

«Je suis en réserve, entre guillemets, de la République.»

-Le patron de Québecor et ex-chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, à l’émission Médium large de Radio-Canada.