Michel Gauthier est décédé à l'âge de 70 ans. 
Michel Gauthier est décédé à l'âge de 70 ans. 

Décès de Michel Gauthier: le Québec salue un grand tribun 

Stéphane Blais
La Presse Canadienne
L’ancien chef du Bloc québécois Michel Gauthier est mort à l’âge de 70 ans.

Il était atteint d’un cancer du poumon.

«Michel est décédé dans les bras de son épouse et de ses deux enfants. L’âme en paix», peut-on lire dans un communiqué émis par la famille.

Il laisse dans le deuil son épouse Anne Allard, ses enfants Isabelle et Alexandre et leurs familles, les filles de sa conjointe Natacha et Katia, ainsi que ses petits-enfants.

Gilles Duceppe, également un ancien chef du bloc, parlait régulièrement à son ami qui avait annoncé, il y a un an, qu’il luttait contre le cancer.

«Je lui ai parlé la semaine dernière, il savait qu’il n’en avait pas pour longtemps, en raison de sa maladie, on parlait de la vie et de la politique, c’était des moments qui n’étaient pas faciles» a indiqué Gilles Duceppe à La Presse canadienne.

Monsieur Duceppe a décrit son ancien collègue comme un «bon pédagogue», qui savait expliquer facilement des choses concrètes.

«C’était un fonceur, c’est triste de le perdre sitôt, j’ai vécu de beaux moments à ses côtés au-delà des différences qu’on pouvait avoir, on voulait, lui comme moi, que le Québec avance», a indiqué Gilles Duceppe à La Presse canadienne.

M. Gauthier a été élu député de Roberval pour le Bloc québécois de 1997 à 2004, puis député de Roberval-Lac-Saint-Jean jusqu’en 2007. Il a notamment été leader parlementaire de la formation politique et chef.

Pendant la campagne électorale de 2019, il s’était brièvement joint aux conservateurs, avant d’annoncer son retrait en raison de la maladie.

Michel Gauthier vivait à Gatineau et il est né à Québec, le 18 février 1950.

Il était titulaire d’un brevet en enseignement de l’École normale de Roberval, d’un baccalauréat en enseignement élémentaire de l’Université du Québec à Chicoutimi, d’un certificat en gestion des ressources humaines de la Télé-université et d’un diplôme en administration scolaire de l’Université de Sherbrooke.

Il a été enseignant de 1970 à 1975, conseiller pédagogique de 1976 à 1979, puis directeur des services de l’enseignement de 1979 à 1981 à la Commission scolaire de Roberval.

Michel Gauthier a également été président de la Corporation touristique de Chambord et président de la Chambre de commerce de Chambord avant d’entre sur l’arène politique.

En 1981, il est élu député du Parti québécois dans Roberval et réélu en 1985.

Durant cette période, il a occupé les fonctions d’adjoint parlementaire du ministre des Finances, Jacques Parizeau

Il fût également directeur général de la Commission scolaire de Roberval de 1988 à 1993, avant de se lancer en politique fédéral.

Au départ de Lucien Bouchard comme chef du Bloc Québécois, Michel Gauthier fut nommé pour diriger le parti en attendant l’élection d’un nouveau chef.

Gilles Duceppe, qui est élu chef du Bloc en 1997, nomma Michel Gauthier leader parlementaire, comme l’avait fait quelques années plus tôt Lucien Bouchard.

Michel Gauthier a également oeuvré dans l’univers des médias en animant l’émission «Gauthier» sur les ondes de l’ancienne chaîne de télévision TQS.

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NOMBREUSES RÉACTIONS AU DÉCÈS DE MICHEL GAUTHIER 

Le départ de Michel Gauthier a suscité de nombreuses réactions au sein du mouvement souverainiste auquel a pris part M. Gauthier dans les années 80 et 90.

Après avoir été député de Roberval à l’Assemblée nationale du Québec sous la bannière du Parti québécois dans les années 80, Michel Gauthier s’est présenté pour le Bloc québécois à la Chambre des communes du Canada et a été élu dans la circonscription de Roberval.

Alexis Brunelle-Duceppe, député bloquiste de Lac-Saint-Jean, a côtoyé Michel Gauthier tout au long de sa jeunesse. « C’est un choc pour nous. La dernière fois que mon père a eu de ses nouvelles, il lui a dit qu’il avait vécu une belle vie. Il semble être parti sereinement en sachant qu’il a vécu beaucoup plus que la plupart des gens qui mettent les pieds sur la planète, a-t-il mentionné. Michel, c’était un parlementaire redoutable et un grand défenseur de la région et du Québec. Son style politique m’a beaucoup inspiré. Parfois je me lève en chambre et je me dis que j’aimerais être aussi bon qu’il était. »

Michel Gauthier, qui était titulaire d’un baccalauréat en enseignement élémentaire à l’Université du Québec à Chicoutimi, était un pédagogue extraordinaire, selon M. Brunelle-Duceppe.

« Mon père m’a souvent parlé de sa capacité incroyable de compréhension. Il étudiait un dossier complexe pendant 15 minutes et était ensuite en mesure d’aller faire un discours en chambre et de s’imposer face aux adversaires. Il synthétisait très rapidement. Étant donné sa grande force de la répartie et ses convictions, il était difficile de gagner contre lui. Tu ne voulais pas te frotter à Michel Gauthier, puisque tu en sortais toujours perdant. Il mérite beaucoup de respect et c’est une grande perte pour le Québec. »

Bernard Généreux, ancien maire de Saint-Prime, a quant à lui été candidat du Parti québécois à la succession de Michel Gauthier aux élections de 1988 dans le comté de Roberval.

« Nous étions en relation assez étroite au cours cette période. Je l’ai connu dans ses meilleures années politiques. J’en ai le souvenir d’un tribun hors pair et d’un pédagogue hors du commun. Il avait le sens de la formule et était impliqué dans ses dossiers. Il avait une façon toute à lui de traduire les enjeux et la réalité. Sa facilité de communication était assez exceptionnelle », a-t-il souligné.

Des partis souverainistes aux conservateurs

L’ancien chef du Bloc québécois a terminé sa carrière politique au sein du Parti conservateur du Canada. Même s’il avait tourné le dos à l’option souverainiste, il consacrerait ses efforts à l’élection de députés québécois au sein de la formation politique fédérale.

Sylvain Gaudreault, député péquiste de Jonquière, a connu M. Gauthier lorsqu’il a commencé à militer pour le Parti québécois alors qu’il était au cégep. Les deux hommes politiques étaient des alliés dans la mesure où ils partageaient l’idée de faire du Québec un pays. M. Gaudreault n’était toutefois pas d’accord avec lui lorsqu’il s’est joint au rang des conservateurs.

« Fondamentalement, je pense qu’il était plus de la branche indépendantiste-conservatrice. Je crois qu’il avait constaté que nous n’allions pas arriver à l’indépendance à court et moyen terme alors sa tendance conservatrice a pris le dessus. C’est là que lui et moi nous distinguions. »

Même si le député de Jonquière n’était pas en accord avec les derniers choix politiques de M. Gauthier, il confirme son importance au sein des partis souverainistes.

« La dernière fois que nous avons pensé un bon moment ensemble, c’était aux funérailles de Jacques Parizeau. Nous étions dans le métro et nous échangions sur plusieurs sujets avec beaucoup d’humour. C’était quelqu’un qui prenait beaucoup de place, mais qui faisait des discours extraordinaires. Il était un très bon orateur et un excellent parlementaire. J’offre toutes mes sympathies à sa famille. » Ève-Marie Fortier, Le Quotidien