Le dossier complété par Québec solidaire au sujet du Groupe Roche soulève des questions sur l'existence d'un éventuel système de prête-noms, selon le député Amir Khadir.

De généreux donateurs politiques chez Roche

Environ 30 cadres et ingénieurs du Groupe Roche, une firme spécialisée en ingénierie-construction, ont versé 227 025$ à la caisse du Parti libéral du Québec entre 2000 et 2009.
Après Axor, SNC-Lavalin, BPR et Cima+, Québec solidaire épingle les filiales et les divisions du Groupe Roche au tableau qu'il confectionne sur l'éthique et la politique au Québec.
Le Soleil a en main le dernier travail de recherche que le plus petit parti politique représenté à l'Assemblée nationale vient de compléter, celui sur Roche.
Ce dossier soulève des questions sur l'existence d'un éventuel système de prête-noms, affirme le député Amir Khadir. En entrevue, dimanche, il a jugé suspecte une telle concentration de générosité pour le parti au pouvoir.
Entre 2000 et 2009, des cadres et des ingénieurs du Groupe Roche ont versé moins de 45 000$ au Parti québécois. L'Action démocratique du Québec a obtenu un maigre 5700$.
Amir Khadir rappelle que le ministère des Transports du Québec, le plus gros donneur d'ouvrage dans la province, est désormais sous la responsabilité de Sam Hamad, qui a été vice-président principal du Groupe Roche entre 1998 et 2003. Il estime cette situation inquiétante.
Sûreté du Québec
Plus tôt cette année, en mars, après un méticuleux travail de recoupement, Québec solidaire avait découvert que des dirigeants et des employés de Cima+, Axor, BPR et SNC-Lavalin avaient versé pour près de 400 000$ en dons au PLQ en 2008. Des contributions de moindre importance ont aussi alimenté les caisses du PQ et de l'ADQ.
En août, sans reconnaître formellement l'existence d'un système de prête-noms, les filiales et les divisions d'Axor ont plaidé coupables à un total de 40 constats d'infraction signifiés par le directeur général des élections (DGE), Marcel Blanchet.
Les employés et les cadres de SNC-Lavalin, de BPR et de Cima+ interrogés par les enquêteurs du DGE ont «attesté» que leurs dons provenaient de leurs propres poches, et non de celles de leur employeur. Ces dossiers restent néanmoins ouverts, dit-on chez le DGE.
Ces générosités s'expliqueraient-elles, dans certains cas, par le fait que les cadres de ces firmes sont fortement encouragés à faire des contributions aux partis à même leurs avoirs personnels - et singulièrement à celui au pouvoir - sans qu'il y ait nécessairement de système de prête-noms?
Peut-être, mais pourquoi seraient-ils encouragés à agir de la sorte? demande M. Khadir. Quel retour d'ascenseur attendent-ils?
Ces firmes n'obtiennent-elles pas des millions de dollars de contrats chaque année? poursuit l'élu.
Au-delà du DGE
Le député de Mercier espère que la Sûreté du Québec, vers laquelle son parti a décidé de se tourner, déterminera à quelles fins ont servi ces généreuses contributions. Une question qui dépasse les compétences du DGE.
M. Khadir craint que les liens des firmes de génie-conseil «avec l'appareil politique du Québec» influencent certaines orientations gouvernementales et l'obtention de certains contrats. Il soupçonne l'existence d'un trafic d'influence.
Québec solidaire talonnera le gouvernement Charest sur ses dernières découvertes.
Personne de chez Roche n'a pu être joint, dimanche.
Réservées aux individus
Au Québec, seuls les individus peuvent contribuer aux caisses des partis politiques. Les entreprises ne le peuvent pas, ni directement ni indirectement. Passer par des associés, des dirigeants ou des employés pour camoufler des dons constitue une infraction à la loi.
Avérées ou non, les allégations des derniers mois ont eu un impact concret sur les contributions versées aux partis politiques provinciaux. En 2009, elles ont totalisé 11,5 millions$, comparativement à 18 millions$ en 2008. Une diminution de 36%.
Les revenus totaux du Parti libéral du Québec ont dégringolé de 12,7 à 9,1 millions$. Au PQ, ils ont chuté de 8,5 à 5,2 millions$.