Pas moins de deux militants sur trois ont rejeté le leadership de Martine Ouellet lors du vote de confiance de dimanche.

Cuisante défaite pour Martine Ouellet

Montréal — Martine Ouellet a perdu son pari: les membres du Bloc québécois ont majoritairement rejeté son leadership à plus de 60 %, même s’ils ont accepté la mission résolument indépendantiste qu’elle souhaitait donner au parti. Il s’agit d’une cuisante défaite, estime le député Louis Plamondon.

Pas moins de deux militants sur trois ont rejeté le leadership de Mme Ouellet, selon les résultats dévoilés dimanche par le président de la consultation référendaire, André Binette. Ce n’est qu’un maigre 32 % des gens qui auraient voté en sa faveur.

Pourtant, amère consolation pour elle, une majorité de militants ont appuyé l’orientation que Mme Ouellet proposait.

Ainsi, 65 % des votants ont approuvé l’idée que le Bloc québécois doit dans ses actions quotidiennes être le promoteur de l’option indépendantiste en utilisant chaque tribune et chaque occasion pour démontrer la nécessité de l’indépendance du Québec tant avec les militants, les citoyens qu’avec les médias et au Parlement d’Ottawa d’ici l’indépendance.

Mme Ouellet a été informée des résultats une heure avant leur dévoilement. Elle ne les a pas encore commentés, mais elle compte réagir lundi au cours d’une conférence de presse.

C’est l’un de ses conseillers, Gilbert Paquette, qui était présent à Montréal dimanche pour réagir à la décision des membres, qui avaient voté vendredi et samedi. Le taux de participation était de 59 pour cent.

M. Paquette a refusé de dire ce que Mme Ouellet prévoit annoncer, mais il a dit que le Bloc allait se «priver d’une extraordinaire porte-parole».

Le député et président du parti, Mario Beaulieu, a lui aussi laissé entendre que la démission de la chef était inévitable à la lumière du vote.

«Avec 32 pour cent, je pense que ce serait difficile, mais on va la laisser faire sa déclaration», a-t-il confié en conférence de presse.

Selon l’ancien chef du Bloc Québécois, lui-même un opposant avoué de Mme Ouellet, Gilles Duceppe, celle-ci «n’a pas le choix» de démissionner.

«À 50 pour cent plus un, c’était déjà ridicule, à 32 (pour cent), il me semble que c’est clair», a-t-il lancé à La Presse canadienne.

Selon Gilbert Paquette, un des conseillers de Martine Ouellet, le Bloc québécois se privera d’une «extraordinaire porte-parole».

Autopsie d’une défaite

Gilbert Paquette a expliqué cette défaite par la campagne médiatique menée, selon lui, contre Mme Ouellet et tous ceux qui l’appuyaient. D’après lui, tout ce qu’on peut reprocher à Mme Ouellet, c’est d’avoir perdu ce vote.

«Écoutez, il y a eu deux efforts de médiation, il y a eu une invitation des députés dissidents au bureau national du Bloc qui a été refusée. Il n’y a pas eu possibilité d’une discussion avec les gens qui s’opposaient à son leadership», a-t-il soutenu.

Les deux députés qui appuyaient toujours Mme Ouellet, Xavier Barsalou-Duval et Marilène Gill, se sont dits déçus du résultat concernant leur chef, mais ils étaient soulagés que les membres aient accepté la mission fondamentalement indépendantiste du parti.

«C’est l’article un, c’est la quatrième fois qu’on se prononçait là dessus. Et là c’est clair, les gens ce qu’ils veulent, c’est une promotion active et assumée de l’indépendance», a confié Mme Gill. 

Les deux députés n’ont pas voulu se prononcer sur l’avenir de Mme Ouellet, ou sur une possible course à la direction.

Mario Beaulieu a quant à lui dit que ce n’était «pas du tout son objectif» de briguer une nouvelle fois la direction du parti.

Louis Plamondon

Une chef sans légitimité

Le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, estime que Martine Ouellet n’a plus aucune légitimité à titre de chef du Bloc québécois. 

Celui qui fait partie des sept députés dissidents juge que le message des membres est extrêmement clair. 

«C’est une défaite cuisante. Martine Ouellet disparaît de l’espace public. Elle n’a plus aucune crédibilité», a-t-il mentionné. 

Quant à l’avenir des députés qui ont claqué la porte du Bloc québécois, il était trop tôt dimanche après-midi pour connaître leurs intentions. 

Place à la reconstruction?

Le président de l’association du Bloc québécois de la circonscription de Berthier-Maskinongé, Yves Perron, est également un des porte-parole de la Coalition pour l’unité indépendantiste du parti politique. Étant de ceux qui souhaitent le départ de Martine Ouellet, il n’était pas du tout surpris du résultat du vote. Joint au téléphone dimanche par Le Nouvelliste, il affirme qu’il est maintenant temps 

pour le Bloc québécois de penser à l’avenir. 

«On pense maintenant que la reconstruction est possible dès aujourd’hui», a affirmé Yves Perron. 

«À partir de maintenant, les différentes factions de cette guerre interne doivent trouver un terrain d’entente. Et on va vers l’avant.»

Ce rapprochement ne se ferait toutefois pas de gaîté de cœur. «Il n’y a personne d’heureux, parce que cette crise-là a été trop longue et a fait des dégâts importants. On pense qu’on peut se relever de ça et on a bien confiance en l’avenir», a ajouté le porte-parole de la Coalition pour l’unité indépendantiste du Bloc québécois. 

De son côté, M. Duceppe a lui aussi fait preuve d’optimisme pour l’avenir. Il croit que le résultat «ouvre la porte à un ralliement» puisque les sept députés qui sont partis l’ont fait à cause de la présence de Martine Ouellet. Il a comparé la situation du Bloc à celle des conservateurs qui n’étaient plus que deux députés à la suite des élections de 1993.

«Du moment qu’elle part, je crois qu’il vaut mieux que tous les gens reviennent ensemble, changent complètement la proposition principale, changent la direction du bureau national, organisent un congrès à la chefferie après les élections au Québec et

qu’il y ait un homme ou une femme qui devient chef du Bloc québécois à la fin de ce congrès», souligne-t-il.