Jeudi, des documents décaviardés ont été remis aux médias. Ils révèlent que l’UPAC se livre depuis deux ans à une chasse aux sources journalistiques qui seraient à l’origine de nombreux reportages.

Crise à l’UPAC: le PQ contre l’adoption rapide du projet de loi 107

L’étau semble se resserrer autour du commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière.

Il est accusé par l’opposition officielle à l’Assemblée nationale «d’utiliser toutes sortes de procédures inusitées» dans sa «quête irréfrénée» pour colmater les fuites dans les médias qui nuisent à ses enquêtes.

«Ça s’ajoute à son dossier», a déclaré en point de presse, jeudi, le leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé.

Jeudi, des documents décaviardés ont été remis aux médias. Ils révèlent que l’UPAC se livre depuis deux ans à une chasse aux sources journalistiques qui seraient à l’origine de nombreux reportages.

Les documents suggèrent que les policiers soupçonnent quatre personnes de couler de l’information aux journalistes: le député libéral Guy Ouellette, l’ex-policier Richard Despaties, le policier Stéphane Bonhomme ainsi que l’ex-entrepreneur Lino Zambito, qui était un témoin-vedette à la commission Charbonneau.

Ce dernier a annoncé sur son compte Twitter jeudi après-midi qu’il réagira aux documents de l’UPAC dimanche.

L’UPAC a lancé en 2013 l’enquête Mâchurer sur le financement politique au Parti libéral du Québec (PLQ).

Le député Ouellette aurait activé deux téléphones cellulaires prépayés à l’ouverture de l’enquête criminelle sur les fuites de documents confidentiels de l’UPAC. Il a été arrêté l’automne dernier par l’UPAC mais n’est accusé de rien. Il n’a pas réagi, jeudi.

Par ailleurs, le patron de la Sûreté du Québec (SQ), Martin Prud’homme, aurait défendu l’intégrité de M. Ouellette devant des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

MM. Prud’homme et Ouellette se rencontraient périodiquement pour discuter de l’actualité.

Les allégations issues des documents décaviardés n’ont pas encore passé le test des tribunaux.

«Ça fait beaucoup, a toutefois déclaré M. Bérubé, jeudi. Ça ne rend pas service à l’organisation ce qui se passe, c’est sûr.»

Il invite ainsi le gouvernement Couillard à bien réfléchir avant d’adopter son projet de loi 107, qui donne plus de pouvoirs à l’UPAC.

Le vote final est prévu mardi. Dans les circonstances actuelles, il est inconcevable de poursuivre l’étude de ce projet de loi, selon le PQ.

«Prenez un moment pour réfléchir si c’est opportun que le premier projet de loi qui soit adopté en 2018, ce soit le projet de loi 107», a renchéri M. Bérubé.

Non seulement cela, mais le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, doit procéder à un rebrassage du personnel au sein de l’UPAC, soutient Québec solidaire, en ajoutant que le ministre est lui-même «dans le pétrin».

«M. Coiteux doit se rendre compte qu’il est le principal responsable de ce cafouillis, a affirmé le député solidaire Amir Khadir. L’année passée, M. Coiteux a négligé de prendre au sérieux les critiques qui étaient faites, n’a pas pris ses responsabilités, a voulu acheter du temps, et un an plus tard, on en est au même point de sérieux questionnements sur la gestion à l’interne et la capacité de direction de M. Lafrenière», a-t-il ajouté.

Le ministre Coiteux, qui défend le projet de loi 107, a affirmé en impromptu de presse vouloir prendre connaissance de tous les documents produits jeudi avant de se prononcer sur la suite des choses.

«Ce qui est très important pour moi, (...) c’est de m’assurer de la qualité de l’organisation, a-t-il déclaré. À chaque fois qu’il y a eu des questions à poser, je les ai posées.»

Le ministre a plaidé en faveur de l’adoption du projet de loi 107, car il prévoit la formation d’un comité de surveillance pour l’UPAC, dont les membres seraient nommés aux deux tiers par l’Assemblée nationale, et qui ferait rapport régulièrement aux parlementaires.