Les compressions dans les garderies publiques et privées s'appliqueront à la subvention gouvernementale et à la contribution quotidienne de 7,30 $ par enfant.

CPE: des coupes qui feront mal

La coupe de 74 millions $ dans les garderies par un gouvernement qui a «une calculatrice à la place du coeur» aura un effet sur les services aux enfants, prévient l'Association québécoise des centres de la petite enfance.
La rationalisation des budgets et la ponction dans les surplus qui ont été confirmées jeudi aux garderies subventionnées auront des «conséquences très importantes», affirme le directeur général de l'Association québécoise des centres de la petite enfance, Louis Sénécal. Pour un CPE de 80 places, la coupe équivaut à environ 33 000 $ par an, dit-il.
Le ministère de la Famille récupère ainsi 36,9 millions $ dans les opérations des CPE, 12,3 millions $ dans leurs surplus et 2,3 millions $ dans les bureaux coordonnateurs. Il va aussi chercher 22 millions $ chez les garderies privées subventionnées.
«Vraiment, le gouvernement prend les propriétaires de garderie en otages», a réagi Samir Alahmad, de l'Association des garderies privées du Québec. «On a investi des sommes très importantes dans nos installations, et il coupe notre financement année après année. L'an passé, notre profit moyen était d'environ 65 000 $.»
Conséquences, des CPE en milieu défavorisé cesseront d'offrir des services orthophoniques, par exemple. D'autres aboliront des postes dédiés aux enfants à «défis particuliers», et des éducatrices seront remplacées par des aides-éducatrices, énumère Louis Sénécal. «Malheureusement, et on le fait à notre corps défendant, mais les enfants vont en subir des conséquences», avance-t-il.
Le gouvernement fait un mauvais calcul, puisque les retards pris par certains enfants en bas âge coûteront cher à la société plus tard, prévoit M. Sénécal. «On est en train de pelleter en avant une dépense et on magane une génération complète d'enfants, déplore M. Sénécal. C'est ridicule.»
Il ne croit pas que les CPE se mettront à charger des sommes supplémentaires aux parents, à l'encontre des règles en vigueur, pour boucler leur budget.
Entretien menacé
La réparation et l'amélioration des installations devront être retardées, au risque que le parc immobilier du réseau se dégrade, affirme Francine Lessard, du Conseil québécois des services de garde éducatifs à l'enfance. «On va se retrouver avec des CPE qui ressembleront aux hôpitaux et aux écoles du Québec qui nécessitent des travaux majeurs», dit-elle. Mme Lessard déplore que la ministre Francine Charbonneau n'ait pas cherché à récupérer davantage d'argent dans la problématique des «places fantômes».
La ministre Charbonneau n'a pas commenté, vendredi. «Les contribuables investissent chaque année 2,4 milliards $ dans les services de garde, a dit son attachée de presse, Léa Nadeau. On demande un effort budgétaire de 3 % et on va chercher un surplus minime par rapport l'ensemble des surplus qui restent dans les coffres des services de garde.»
Au Parti québécois, le porte-parole en matière de famille, Mathieu Traversy, la ministre Charbonneau a été incapable de trouver une solution concertée avec les partenaires du réseau. «Elle est pas mal rapide pour couper dans les budgets, mais quand vient le temps d'améliorer la qualité ou la sécurité pour nos enfants, c'est toujours compliqué», a-t-il commenté.