Alors que l'extrême droite se fait très visible dans le débat entourant l'afflux de demandeurs d'asile au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, le premier ministre Couillard appelle à la prudence chez les leaders politiques.

Couillard préoccupé par l'extrême droite

S'il se dit «préoccupé» par l'extrême droite qui se fait très visible dans le débat entourant l'afflux de demandeurs d'asile au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, le premier ministre Philippe Couillard affirme qu'il faut répondre à ce discours par les mots justes, décochant ainsi une flèche à peine voilée aux partis d'opposition.
«Ça me préoccupe, mais je ne veux pas leur donner plus d'importance qu'ils en ont réellement», a-t-il affirmé, admettant que les risques de dérapages étaient réels. «C'est pour ça que les leaders politiques doivent être très prudents, a ajouté M. Couillard, faisant notammnent allusion à la guerre de mots dans laquelle il est engagé depuis deux jours avec le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, sur ce que constitue l'immigration légale et illégale.
«Lorsque l'on qualifie des gens d'illégaux et ils ne sont pas illégaux, lorsqu'on fait penser aux gens qu'on peut régler des situations en claquant les doigts, on inquiète la population et on suscite ce genre de chose là», a lancé Philippe Couillard qui s'est livré à un petit cours sur la Convention de Genève relative aux droits des réfugiés et invitant son rival péquiste à relire celle-ci. «Si vous êtes sur le territoire canadien et vous demandez un statut de réfugié, vous n'êtes pas illégal», a-t-il rappelé.
Mobilisation de l'extrême droite
«Malheureusement, ces groupes-là font partie de la société comme tous les groupes de la société. Je vais continuer à porter un message de compassion, de main tendue et de solidarité», a aussi réagi M. Couillard lorsque questionné sur les bannières affichant notamment le terme «remigration» qui ont été installées lundi à plusieurs endroits dans la Ville de Québec avant d'être retirées rapidement.
Craint-il que cette mobilisation de l'extrême droite se manifeste au prochain scrutin et profite aux partis d'opposition ou encore, à une nouvelle formation politique? «J'ai surtout confiance aux Québécois. Ils vont être capables de faire la différence entre qui parle sérieusement et en connaissance de cause, qui dit n'importe quoi et qui dit des paroles visant à attiser la situation», a répondu le chef libéral.
«Pas la terre promise»
La volonté de donner l'heure juste aux demandeurs d'asile a aussi été évoquée mardi par un conseiller de la Ville de New York d'origine haïtienne qui compte informer ses «frères et soeurs haïtiens» des États-Unis que le Canada «n'est pas la terre promise» comme certains le pensent en franchissant illégalement la frontière canado-américaine.
Le conseiller new-yorkais Mathieu Eugène était en visite à Montréal pour en apprendre davantage sur la situation des nombreux demandeurs d'asile haïtiens qui sont hébergés temporairement dans la métropole.
En conférence de presse, il a assuré qu'il donnerait l'heure juste aux Haïtiens de New York, qui selon lui sont mal informés avant de faire leur traversée vers le Canada.
M. Eugène souligne que plusieurs Haïtiens établis aux États-Unis ont été préoccupés par une lettre envoyée par le gouvernement américain les informant qu'ils devraient se préparer à retourner en Haïti après l'expiration d'un statut de protection temporaire, dont la fin est prévue en janvier prochain.
De plus, des «rumeurs» circulent aux États-Unis selon lesquelles le Canada serait une terre d'accueil parfaite pour eux. M. Eugène a aussi relevé que plusieurs Haïtiens ont déjà des membres de leur famille au Canada, qui pourraient les encourager à les rejoindre.
M. Eugène a assuré qu'il travaillerait d'arrache-pied pour que l'administration Trump prolonge une fois de plus le statut de protection temporaire accordé aux Haïtiens depuis le tremblement de terre dévastateur de 2010.
En date du 14 août, 2943 demandeurs d'asile étaient hébergés temporairement dans la grande région de Montréal, selon le ministère québécois de l'Immigration.