Des manifestants brandissaient le drapeau de la Catalogne lors d'une manifestation à Barcelone.

Couillard «plus que préoccupé» par les tensions en Catalogne

Se défendant de banaliser la situation, le premier ministre du Québec s'est dit «plus que préoccupé» par les tensions entre l'Espagne et la Catalogne au sujet de la tenue d'un référendum organisé par Barcelone et qui ont mené à de nombreuses manifestations et arrestations au cours des derniers jours.
«Nous sommes plus que préoccupés [...] il n'y a personne qui banalise la situation. On est dans une situation où un grand pays démocratique, l'Espagne, un ami du Québec, et la Catalogne sont dans un conflit politique», a affirmé M. Couillard, pressé par le chef de l'opposition Jean-François Lisée et le coporte-parole de Québec solidaire à dénoncer les agissements de Madrid.
Jusqu'ici, le gouvernement s'était contenté d'inviter le gouvernement espagnol et Barcelone à s'entendre, affirmant qu'il ne s'immiscera pas dans un processus d'un autre pays.
Le premier ministre a également offert son expertise aux deux parties en litige puisqu'il a dit savoir ce que signifie conjuguer «un sentiment national fort» et «l'appartenance à un plus grand ensemble qui accepte et comprend l'expression de ce sentiment». «Nous avons acquis au Québec une expérience de conciliation délicate et nous offrons à la Catalogne et à l'Espagne toute notre amitié et, si jugé utile, de partager avec elle cette expérience», a-t-il fait valoir.
Autodétermination des peuples
Philippe Couillard a profité des attaques de Jean-François Lisée, qui l'exhortait à reconnaître l'autodétermination de Barcelone face à l'Espagne, pour lui renvoyer la balle sur ce qu'un gouvernement péquiste ferait de la question des peuples autochtones advenant que la province se sépare du reste du Canada.
«Mes collègues doivent être prudents quant à l'interprétation que l'on pourrait donner ici même au Québec de la notion d'autodétermination des peuples», a lancé le premier ministre.
«Que se produirait-il donc, compte tenu qu'on a une relation de nation à nation avec les Premières Nations dans le cadre de la séparation du Québec de la fédération canadienne si l'ensemble des Premières Nations ou, au moins, la moitié du Québec décidait d'exercer leur autodétermination et ne pas suivre le Québec séparé?» a renchéri Philippe Couillard.
Selon lui, «la seule façon de garantir l'intégrité territoriale du Québec, c'est l'appartenance à la fédération canadienne».
Admettant son étonnement face à la réplique, Jean-François Lisée a accusé le premier ministre de faire reculer la position traditionnelle du Parti libéral du Québec sur l'indépendance. «Le premier ministre s'enfonce, il s'enfonce. Au lieu de dire : le droit à l'autodétermination au Québec a été respecté en 1980 et en 1995, et il doit être respecté en Catalogne, sans dire s'il est pour ou contre, il dit : écoutez, je ne suis même pas sûr que ça s'applique au Québec, compte tenu des autochtones.»
De son côté, le coporte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, n'a pas hésité à dire que lui et son parti reconnaissaient le droit des nations autochtones à l'autodétermination des peuples.
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Trudeau ne condamne pas, mais espère un retour au calme
Justin Trudeau refuse de condamner l'arrestation de dirigeants catalans démocratiquement élus, mais espère un retour au calme et le maintien de l'État de droit en Espagne.
«Évidemment, nous espérons que la situation en Espagne se calme et que la règle de droit va être suivie», a-t-il offert en conférence de presse, jeudi, à l'issue du discours qu'il a livré devant l'Assemblée générale des Nations unies, à New York.
Le premier ministre canadien n'a pas voulu se mouiller davantage, plaidant que son expérience des référendums a contribué à forger en lui un «principe assez ferme que les autres pays ne devraient pas se mêler de questions identitaires ou de souveraineté».
Parce que «nous, au Québec, on n'appréciait pas que d'autres pays parlent trop fort sur leurs opinions sur ce que les Québécois avaient à décider d'eux-mêmes», a-t-il fait valoir, alors que les tensions sont de plus en plus vives en Espagne.
Au Parti conservateur, on estime que Justin Trudeau a bien raison de réserver ses commentaires.
«C'est un enjeu pour le Parlement espagnol, c'est un enjeu interne pour un pays de l'Union européenne, ce n'est pas une chose pour le Parlement du Canada», a analysé jeudi en point de presse le porte-parole du parti en matière d'affaires étrangères, Erin O'Toole.
Au Nouveau Parti démocratique, la députée Hélène Laverdière a écrit jeudi sur Twitter que «le droit à l'autodétermination doit être respecté en tout temps», en faisant référence à la Catalogne.
Du côté du Bloc québécois, on exhorte le gouvernement à condamner fermement «le régime de terreur» de Madrid depuis le début de la semaine, sans grand succès.  La Presse canadienne