Philippe Couillard n'a pas parlé de négociations constitutionnelles, comme il l'a déjà fait dans le passé, mais d'une «vision» à faire valoir.

Couillard livrera sa vision du Canada en 2017

Pour le 150e anniversaire du Canada, en 2017, Philippe Couillard fera officiellement connaître la place qui, à ses yeux, doit être celle du Québec au sein du Canada. Son gouvernement prépare un projet en ce sens.
«Il y aura lieu pour nous de faire des commentaires sur notre vision du pays, sur notre vision de la place du Québec. Vous allez nous entendre là-dessus», a déclaré le chef du gouvernement québécois au cours d'un entretien avec Le Soleil, jeudi.
Philippe Couillard n'a pas parlé de négociations constitutionnelles, comme il l'a déjà fait dans le passé, mais d'une «vision» à faire valoir.
«On va s'exprimer sur notre vision de la réalité d'aujourd'hui et sur la façon dont l'expression de notre identité et de notre nature spécifique» doit s'incarner. Le premier ministre a refusé d'en dire davantage, estimant en avoir déjà trop dit à ce stade-ci.
Chose certaine, dans cette vision, il veut rendre concrète une phrase qu'il dit chérir : «Être Québécois, c'est notre façon à nous d'être Canadiens.» Mais déjà, «l'expérience canadienne est une expérience humaine réussie, ajoute-t-il. C'est une citoyenneté positive».
Le premier ministre du Québec a reçu Le Soleil à ses bureaux de Montréal en après-midi jeudi. Plus tôt en journée, il était aux côtés de la chef du gouvernement de l'Ontario, Kathleen Wynne. Tout de suite après, lui et au moins quatre de ses ministres recevaient les chefs de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.
Relancer le gouvernement
Depuis les élections partielles du 5 décembre, Philippe Couillard répète vouloir relancer l'action de son gouvernement en 2017. Pas pour faire autre chose, précise-t-il en insistant sur le fait que son gouvernement fait et fera ce qu'il a dit qu'il ferait.
Il se targue de la constance de son discours et de sa vision, une façon pour lui d'épingler ses adversaires Jean-François Lisée et François Legault.
M. Couillard veut relancer son gouvernement en communiquant mieux et davantage - en rendant ses actions plus concrètes, entre autres. En faisant valoir les bénéfices du retour de finances publiques saines. C'est ce qu'il veut.
Les partis d'opposition ajustent déjà le tir : même mieux défini, le message ne changera pas le fond des décisions prises et à venir, argueront-ils.
Accroître l'influence de la province dans le monde
«Le développement de l'influence internationale» du Québec est «absolument capital», soutient Philippe Couillard. Le Québec doit tenir son nouveau rang et l'élargir encore, dit-il.
Si l'Accord nord-américain de libre-échange devait être renégocié sous la présidence de Donald Trump, le Québec exigerait d'avoir un représentant permanent au sein de l'équipe de négociateurs canadiens, annonce le premier ministre au Soleil.
Il avait un représentant dans le groupe ayant conduit les négociations qui ont mené à l'Accord économique et commercial entre le Canada et l'Union européenne. C'est ce qui a permis à ce dernier d'«évoluer dans la bonne direction pour le Québec», selon lui.
Le Conseil des ministres adoptera sous peu le décret d'application de cet accord entre le Canada et l'Europe. Il ne le retardera pas en raison des imprécisions persistant dans le soutien du gouvernement fédéral aux industries fromagère et laitière.
«On ne veut pas faire ce genre de marchandage. Il y a tellement d'avantages globaux dans cet accord qu'on ne le mettra pas en danger.» M. Couillard réclame toutefois que l'aide prévue par Ottawa soit répartie de façon «proportionnelle aux impacts», donc plus distribuée au Québec que dans d'autres provinces.
En cette ère de montée des populismes et de retour du protectionnisme, il cherche à faire valoir que «ce n'est pas être moins progressiste que de militer» pour l'ouverture des marchés. «Les premières victimes de la fermeture des marchés sont les personnes les moins favorisées.»
Si le protectionnisme met à mal l'industrie du bois d'oeuvre et ses 60 000 emplois au Québec, son gouvernement pourrait fournir des garanties de prêt. Mais Philippe Couillard prévient que «le premier qui devra agir, ça devra être le fédéral».
Sécurité alimentaire et pipeline
Il est essentiel de développer le réseau des représentations du Québec à l'étranger et d'engager plus à fond la diplomatie québécoise vers de nouveaux horizons, explique le chef du gouvernement.
Elle «continue d'agir en matière de culture, de langue et de représentation commerciale». Mais elle a investi de nouveaux champs. Outre les accords commerciaux, il cite la «diplomatie climatique et la diplomatie nordique».
Après la conférence sur la radicalisation organisée récemment par l'UNESCO, la capitale québécoise accueillera l'an prochain une réunion internationale sur la sécurité alimentaire à l'heure des changements climatiques. La réunion se tiendra en collaboration avec l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, se félicite-t-il.
Sur le climat encore, il répète que l'arrivée de climatosceptiques dans la nouvelle administration américaine est inquiétante, même si le dossier continuera d'avancer grâce à des États comme la Californie et à l'accord conclu l'an dernier à Paris.
Et si l'ouverture de Donald Trump en faveur du pétrole permettait de trouver de nouveaux chemins pour les pipelines au point de rendre inutile celui d'Énergie Est, il ne pleurera pas. «Pour le Québec, dit-il, ce pipeline n'est pas un enjeu de développement stratégique.»