L'«axe fondamental» du projet politique que son gouvernement présentera aux Québécois d'ici les élections générales d'octobre 2018 sera celui d'un «Québec nouveau», d'un «Québec transformé», annonce Philippe Couillard. Il y pense depuis des mois.

Couillard «emballé» par l'idée d'un deuxième mandat

À un an des prochaines élections générales au Québec, Le Soleil rencontre les chefs des partis politiques représentés à l'Assemblée nationale. Aujourd'hui : le premier ministre Philippe Couillard.
Philippe Couillard en a fait sourire plus d'un en affirmant récemment que son gouvernement s'engageait dans une nouvelle phase, qu'il passait de la «restauration» à la «transformation». Ce ne sont pas des mots creux, assure le premier ministre en entrevue. En se projetant dans un deuxième mandat, il évoque la construction d'un «Québec nouveau».
«Je ne resterais pas pour faire un deuxième mandat si je n'avais pas un projet qui m'emballe, insiste-t-il. Le fait d'avoir le titre, les honneurs, ça ne m'affecte pas. Je n'ai pas une ombre de vanité en moi. Si ça avait été le cas, la vie m'en aurait guéri.»
L'«axe fondamental» du projet politique que son gouvernement présentera aux Québécois d'ici les élections générales d'octobre 2018 sera celui d'un «Québec nouveau», d'un «Québec transformé», annonce-t-il. Il y pense depuis des mois.
«Pour m'amener vers un deuxième mandat, ça me prend absolument quelque chose qui m'amène plus loin que moi - qui amène le Québec plus loin.»
Le chef libéral prévient que ceux qui jongleront avec l'hypothèse de son départ au cours des prochaines semaines se tromperont.
Même si les coups surgissent souvent de partout à la fois, il se dit «profondément animé et enthousiasmé» par son projet. «C'est pour ça que je fais de la politique», lance-t-il.
Une accentuation
Passer de la «restauration» à la «transformation»... Philippe Couillard précise sa pensée. La «transformation» a déjà commencé, mais elle s'accentuerait dans un deuxième mandat.
«On a déjà profondément changé le Québec. Lorsque le Québec devient un exemple en matière de finances publiques à l'échelle canadienne, c'est une transformation complète de l'image du Québec. Quand on réforme la relation entre Québec et les municipalités, c'est un changement profond. Ça faisait des années, des décennies, qu'on disait qu'il fallait faire ça. Quand on change la loi sur la qualité de l'environnement, qui n'avait pas été touchée depuis 1972, c'est plus qu'une réforme; c'est un changement majeur.»
Il tient à distinguer les choses : il note qu'un «deuxième bain dans les CHSLD, ce n'est pas de la transformation, c'est un service accru».
Le ressort technologique
Puisant dans le programme de transformation qu'il dévoilera d'ici un an, il décline celui sur les «pôles d'innovation» dans les régions du Québec.
Sur sa page Facebook, la veille de l'entrevue, Philippe Couillard s'était félicité du bond vécu à Shawinigan, «une ville qui vivait un désastre économique il y a trois ou quatre ans».
Le Centre d'Entrepreneuriat Desjardins et le DigiHub à Shawinigan constituent des exemples de ce qu'il veut contribuer à créer ailleurs, pour ainsi donner naissance à toute une série de pôles d'innovation.
«Il s'agit de mettre en place les conditions de réussite pour nos jeunes entrepreneurs, de fédérer et mettre les différentes initiatives en réseau et d'amener nos institutions régionales d'enseignement supérieur à y contribuer - les collèges, les centres collégiaux de transfert de technologie et les universités régionales.»
Il garantit que le soutien gouvernemental à ces pôles d'innovation ne sera pas une «bébelle bureaucratique».
Il dit vouloir soustraire les régions--ressources aux montagnes russes des prix des minerais et du bois. «Des fois, ça ne va pas si mal. Des fois, ça va très mal et les jeunes quittent» les régions.
Il affirme être en mesure de «changer le paradigme du développement régional pour y inclure l'économie du XXIe siècle». L'implantation d'Ubisoft à Saguenay envoie un signal, selon lui.
À la Coalition avenir Québec, on estime que Philippe Couillard pique une fois de plus dans la besace caquiste. François Legault parlait de «zones d'innovation» il y a cinq ans. Aujourd'hui, le chef libéral parle de hubs ou de pôles d'innovation.
Du recyclage? Les deux projets ne se comparent pas, dit-on au gouvernement.
L'autoproduction d'énergie
Durant l'entretien, Philippe Couillard a insisté sur la différence entre «réforme» ou simple «changement» et «transformation». «Dans la vie, il y a deux sortes de gens : il y a ceux qui se contentent de stagner et ceux qui veulent transformer.» Il se range dans le second groupe.
Poursuivant dans la veine de la «transformation», il évoque l'énergie. «On va rester un géant de l'hydroélectricité.» Mais la nouvelle ère en énergie est celle de l'autoproduction, de la production décentralisée d'électricité grâce à l'énergie éolienne et solaire, dit-il.
«Le citoyen va lui-même prendre le contrôle de son énergie et décider comment, à quel moment et de quelle façon il va l'utiliser. C'est la façon dont les jeunes familles veulent vivre maintenant. C'est la jeunesse qui s'en va dans cette direction-là. Moi, j'aime mieux être avec la jeunesse que dans les schémas anciens.»
«Je ne fais pas de la politique pour nourrir mon ego, exprime Philippe Couillard. Je fais ça pour créer quelque chose de neuf - pour amener le Québec ailleurs.» Il affirme l'avoir démontré depuis avril 2014 et avoir depuis ce moment-là préparé le terrain à ce Québec nouveau.