Le président chilien a annulé le sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui devait avoir lieu les 16 et 17 novembre. La décision du Chili est justifiée par les manifestations qui perturbent le pays depuis près de deux semaines. Du même coup, Sebastián Piñera a également annulé le sommet international sur le climat qui devait se dérouler à la mi-décembre dans la capitale, Santiago.

Cop25: le Québec peut prendre la relève du Chili

Le Québec doit accueillir la COP25, le grand sommet annuel des Nations unies sur les changements climatiques, après le désistement du Chili annoncé mercredi.

C’est la proposition de l’opposition officielle libérale, qui demande au premier ministre François Legault de formuler une invitation officielle. Québec solidaire (QS) a également lancé un appel au premier ministre.

À l’automne de l’an dernier, tous les partis d’opposition avaient parlé d’une même voix pour que le Québec propose d’être l’hôte d’une COP, mais le nouveau gouvernement Legault avait balayé la proposition.

Or le Chili a annoncé mercredi qu’il ne pouvait plus accueillir ce grand rendez-vous international prévu pour début décembre, en raison des troubles sociaux qui secouent le pays.

Les partis d’opposition reviennent donc à la charge. En entrevue avec La Presse canadienne mercredi, la porte-parole libérale en matière d’environnement, Marie Montpetit, a affirmé que le Québec doit reprendre son rôle de leadership environnemental parmi les États fédérés et souligner ainsi les liens qui l’unissent au Chili.

«La COP doit avoir lieu, elle est décisive, elle a une symbolique et une signification importante, à la suite des grandes marches des millions de personnes partout dans le monde», a-t-elle expliqué, en rappelant que le thème de cette COP est «Time for action» (c’est le temps d’agir).

Selon Mme Montpetit, François Legault doit donc contacter son homologue fédéral Justin Trudeau dès mercredi pour qu’il propose la candidature du Québec.

«C’est une occasion réelle pour M. Legault de démontrer sa véritable volonté d’agir contre les changements climatiques», a-t-elle fait valoir, en ajoutant que «c’est un test de leadership».

Québec solidaire

Québec solidaire a renchéri. Selon la députée de Mercier, Ruba Ghazal, il était rendu «inacceptable» d’aller à la COP25 au Chili, dans un pays qui réprime les manifestations avec les forces armées.

Le Québec peut très bien prendre la relève en reportant de quelques semaines le grand rassemblement, le temps de l’organiser. «C’est possible si le gouvernement le veut vraiment», a-t-elle affirmé dans un entretien téléphonique.

Le grand sommet permettrait de braquer tous les projecteurs sur le Québec et ses actions en matière environnementale, mais aussi d’ouvrir les yeux du gouvernement caquiste en matière de science, de climat et d’énergies fossiles, a évoqué Mme Ghazal. «C’est vraiment temps que ce gouvernement fasse un geste qui démontre notre leadership au Québec», a-t-elle déclaré.

+

PAS DE VOYAGE DE SI TÔT POUR TRUDEAU, AVEC L'ANNULATION DES SOMMETS PAR LE CHILI

OTTAWA — L'annulation par le Chili de deux sommets prévus prochainement est un signe d'affaiblissement de l'ordre mondial que doivent affronter le premier ministre du Canada Justin Trudeau et ses collègues de la communauté internationale, affirme le président d'un groupe de réflexion sur la politique étrangère canadienne.

Justin Trudeau s'est entretenu mardi avec le président Sebastián Piñera, un jour avant que le président chilien n'annule le sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui devait avoir lieu les 16 et 17 novembre. La décision du Chili est justifiée par les manifestations qui perturbent le pays depuis près de deux semaines. Du même coup, Sebastián Piñera a également annulé le sommet international sur le climat qui devait se dérouler à la mi-décembre dans la capitale, Santiago.

Les manifestants chiliens sont descendus dans la rue pour dénoncer les inégalités de revenus et les services publics inadéquats. On a observé des actes de vandalisme et des incendies criminels ainsi que des interruptions forcées des services de transport dans plusieurs stations de métro.

Ben Rowswell, président du Conseil international du Canada (CIC), a déclaré que la situation chilienne s'inscrit dans une tendance mondiale qui lui rappelle les soulèvements du Printemps arabe qui ont secoué plusieurs États en 2011. Ce qui est différent, c'est que les manifestations d'aujourd'hui visent divers types de gouvernements, que ce soit les régimes autoritaires comme la Chine, le gouvernement libanais soutenu par le Hezbollah ou le Chili, un puissant allié politique et économique traditionnel du Canada.

«L'équilibre des pouvoirs entre les États et leurs populations semble changer. Les États ont moins de pouvoir qu'auparavant. Vous avez des populations bien mobilisées qui sont dans la rue et qui sont déterminées à y rester», analyse M. Rowswell.

L'annulation du sommet de l'APEC au Chili signifie que Justin Trudeau ne s'éloignera pas de la maison de si tôt, alors qu'il doit réorganiser son cabinet pour former un gouvernement minoritaire. Le premier ministre a annoncé qu'il dévoilerait la composition de son conseil des ministres le 20 novembre.

Le sommet de l'APEC aurait été l'occasion pour Justin Trudeau de rencontrer les dirigeants des principaux partenaires commerciaux du Canada, dont le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping.

De l'avis de Ben Rowswell, Justin Trudeau et le gouvernement fédéral devraient profiter de ce sursis pour faire un examen approfondi du rôle du Canada dans le monde, à la suite d'une campagne électorale où la politique étrangère n'a fait l'objet d'aucun véritable débat.

«L'annulation de quelques sommets n'aide en rien, mais les bouleversements que l'on constate dans les rues de Santiago ne sont comparables en rien aux bouleversements de l'ordre international que l'on observe plus largement à travers le monde.»

Un résumé de l'appel téléphonique du bureau du premier ministre Justin Trudeau avec celui de Sebastián Piñera ne fait aucune mention directe de la crise actuelle au Chili ni des sommets annulés.

Le Chili est un pays prospère de l'Amérique du Sud avec lequel le Canada a négocié un accord de libre-échange.

Les deux dirigeants auraient «échangé leurs points de vue sur des questions régionales clés, notamment sur l'importance de répondre aux préoccupations de la population face aux opportunités économiques et aux inégalités». Ils ont également discuté des «irrégularités» dans les élections en Bolivie, cette semaine, où le gouvernement d'Evo Morales est accusé de fraude électorale.