Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, a déjà vécu la disparition d'une circonscription - qu'il qualifie de «traumatisme» - avec la fusion de Matane.

Contrôle des armes à feu: le PQ dénonce le silence de Lise Thériault

Le Parti québécois presse la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, de rappeler à Ottawa les consensus québécois en matière de contrôle des armes à feu.
Le député péquiste Pascal Bérubé s'est étonné, vendredi, que Mme Thériault demeure muette, deux jours après une annonce de modifications du gouvernement fédéral, qui veut notamment faciliter le transport des fusils, mais aussi imposer un cours de maniement d'armes à ceux qui s'en procurent pour la première fois.
Sans avoir consulté les provinces, Ottawa souhaite supprimer l'obligation d'obtenir une autorisation pour déplacer son arme à feu, tel que requis au Québec, en Ontario et à l'Île-du-Prince-Édouard.
Le gouvernement veut également restreindre la possibilité des contrôleurs des armes à feu - une officière de la Sûreté du Québec sur le territoire québécois - de prendre des décisions arbitraires.
M. Bérubé, responsable du dossier de la sécurité publique, a remis en question le sens des priorités de Mme Thériault, qui ne s'est pas encore exprimée sur le sujet alors qu'elle a déjà réagi par communiqué, jeudi, à une modification réglementaire qui permet maintenant aux Québécois de rapporter chez eux de l'alcool acheté dans d'autres provinces.
«Je comprends qu'au lieu de réaffirmer la position traditionnelle du Québec sur les armes à feu et défendre notre juridiction, elle a plutôt choisi de faire une sortie publique sur la possibilité de s'acheter de la bière en Ontario et de la ramener au Québec», a-t-il dit.
Au cabinet de Mme Thériault, son attaché de presse, Jean-Philippe Guay, a expliqué vendredi que la ministre analyse actuellement les mesures annoncées par le ministre fédéral de la Sécurité publique, Steven Blaney.
«On veut faire les choses correctement, a-t-il dit. C'est un dossier où il y a des sensibilités, on l'a vu, il y a des opinions divergentes.»
M. Guay a expliqué que le transport d'alcool était un dossier en marche depuis un certain temps, contrairement aux aspects sur les armes à feu abordés par M. Blaney, qui seront inclus dans un projet de loi attendu à l'automne.
«On parle d'une annonce du gouvernement fédéral qui est sortie du champ gauche, qui n'était pas prévue, on n'avait pas été avisés de ça, a-t-il dit. C'est une dimension totalement différente, il faut prendre le temps de l'analyser convenablement. Que le PQ se calme, on va réagir au moment opportun. On juge que ce que ça contient mérite d'être analysé correctement.»
M. Guay a précisé que Mme Thériault, qui est en vacances au Québec cette semaine, a discuté du dossier avec M. Blaney, qui l'a appelée après avoir esquissé, mercredi, les orientations du gouvernement.
«Il a cru bon d'expliquer ses motifs. Mme Thériault lui a dit: laissez-nous le temps de digérer tout ça et de l'analyser et on aura une réaction au moment opportun», a-t-il dit.
Dans une entrevue téléphonique, M. Bérubé a affirmé que le silence de la ministre envoie le message que le Québec consent aux propositions fédérales, qui pourraient empiéter sur ses compétences et aller à l'encontre de ses positions traditionnelles.
Alors que les parlementaires québécois ont répété à l'unanimité la volonté québécoise de maintenir l'encadrement des armes à feu, l'annonce de M. Blaney, dans un club de tir, montre que les conservateurs tentent une nouvelle fois de plaire à leur électorat opposé aux mesures de contrôle, a dit M. Bérubé.
«Le gouvernement fédéral choisit de faire une sortie dans un club de tir. Ce n'est pas la sécurité du public qui l'importe, c'est de conforter cette clientèle, a-t-il dit. L'opération est très grosse et un peu comme dans d'autres dossiers, que ce soit l'autorité des marchés financiers, on attend toujours que le fédéral soit rendu très avancé dans ses intentions avant de réagir timidement.»
M. Bérubé a établi un lien entre le silence actuel de Mme Thériault et ses difficultés à gérer une triple évasion héliportée, dans une prison de Québec.
«Je sais que le premier ministre lui a demandé d'être muette sur certains enjeux après la crise qu'on a connue avec les évasions mais sur cet enjeu, je la rassure, la position est déjà connue, déjà écrite, elle n'a qu'à la réaffirmer», a-t-il dit.
Les derniers gouvernements libéral et péquiste ont notamment combattu la décision d'Ottawa d'abolir le système d'enregistrement des armes d'épaule, et réclament les données québécoises devant la Cour suprême, qui doit rendre une décision à l'automne.