La grève a été déclenchée par les quelque 170 000 membres du milieu de la construction.

Construction: une loi spéciale pour inspirer la peur de perdre

La loi spéciale que mijote Québec si la grève perdure dans l'industrie de la construction devrait faire «assez peur» aux parties pour qu'ils préfèrent trouver un terrain d'entente, a appris Le Soleil.
Au premier jour du débrayage, mardi, la ministre du Travail, Dominique Vien, s'est déplacée à Boucherville pour assister à une rencontre entre les travailleurs et les patrons. 
«Le message que je veux livrer est qu'il vaut mieux avoir une entente négociée plutôt qu'une loi spéciale», a dit la ministre Vien au sortir de la réunion. Elle a prévenu qu'elle ne prendrait pas de «commandes» quant aux éléments à inclure dans la loi spéciale «s'il devait y en avoir une». 
«Je leur ai dit d'être très prudents», a prévenu la ministre Vien.
Selon nos informations, le cas échéant,, Québec entend déposer une loi spéciale plus musclée que celle du gouvernement minoritaire de Pauline Marois, en 2013. Cette loi avait reconduit les conditions de travail en place pendant un an, le temps de poursuivre les négociations.
Au gouvernement, personne n'a envie que la loi spéciale devienne un passage obligé. Il faut éviter qu'à toutes les négociations, chacun campe sur ses positions pour éviter de déplaire à ses membres en attendant que Québec légifère. 
«L'idée est de nous faire assez peur pour que, la prochaine fois qu'on négocie, on préfère s'entendre avant que le gouvernement s'en mêle», comprend une source syndicale. 
Une analyse partagée en tout point par une autre source près du dossier à Québec. Ainsi, parmi les scénarios envisagés, on retrouve celui de laisser une période de temps fixe pour trouver un règlement, après quoi le gouvernement déciderait lui-même des points de discorde qui seront tranchés par un arbitre. Un «flou» volontaire dans le projet de loi serait de nature à convaincre les négociateurs de s'entendre sur le plus d'éléments possible plutôt que de risquer une défaite devant l'arbitre. Plus le résultat va être incertain pour les parties, plus ils verront l'intérêt d'en arriver à un accord, nous fait-on valoir. 
Avant le dépôt du projet de loi, des articles pourraient être ajustés en fonction des différents blocages à la table de négociation. «Il est clair que l'un des buts de la loi, outre de mettre fin à la grève, est que la prochaine fois, les deux parties se disent : "On va s'entendre parce que la dernière fois, on en a trop perdu, des deux côtés"», nous dit-on. 
La question de la loi spéciale est reliée au «climat» à la table de négociations, a commenté le premier ministre Philippe Couillard, en mission en Israël. «Tant qu'il y a une énergie positive, d'accord, mais on ne laissera pas la grève durer très longtemps», a-t-il déclaré. 
Québec estime que la grève coûte 45 millions $ par jour à l'économie québécoise. Ce montant est calculé sur la base des pertes de salaire des travailleurs et de profit des patrons dans l'ensemble de l'industrie de la construction, incluant les fournisseurs. 
Mardi, alors que des représentants patronaux se disaient près d'une entente dans certains secteurs, le porte-parole de l'Alliance syndicale, Michel Trépanier, a demandé une proposition monétaire «globale» pour tous les secteurs (résidentiel, génie civil, industriel, institutionnel et commercial). 
«Si on avait été si proche que ça (d'une entente), on ne serait pas sorti en grève», a affirmé M. Trépanier.
Mine Niobec : un mandat de grève voté à 100%
(Pauline Mourrat) - Un mandat de grève a été voté à 100% par les membres de la section locale 666 - Unité des travailleurs chez Niobec (Unifor), lors de l'assemblée générale spéciale tenue mercredi soir.
«On a des séances de négociations prévues la semaine prochaine, on rencontre la médiatrice et ça va être déterminant pour la suite des choses», assure le représentant national d'Unifor, Stephen McLean, joint après l'assemblée par Le Quotidien. Les rencontres auront lieu le 31 mai et le 1er juin et le syndicat espère en venir enfin à une entente.
Niobec emploie 280 travailleurs, et 255 d'entre eux étaient présents à l'assemblée. La convention collective prenait fin le 1er mai 2017, et les membres d'Unifor avaient entamé des négociations avec l'employeur dès le 11 janvier. Depuis cette date, les deux parties se sont rencontrées 21 fois, sans parvenir à une entente. Stephen Mclean ne peut pas divulguer les points de litiges pour le moment, mais il assure qu'Unifor va «continuer de négocier et de travailler très fort, afin d'en venir à un règlement».
Rappelons que Margis a fait l'acquisition de la mine Niobec de Saint-Honoré en octobre 2014 pour la somme de 500 millions de dollars. La mine Niobec a fait près de 120 millions de dollars de profit cette année. 
Selon des informations transmises au Quotidien en soirée, des agents de sécurité seraient déjà présents à différents endroits sur les terrains de la mine.
Le chantier du pont Dubuc sécurisé
(Pascal Girard) - Le ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports avait demandé mardi à l'entrepreneur qui réalise les travaux sur le pont Dubuc de sécuriser le chantier.«Pour le pont Dubuc, il y a une consigne qui a été émise par le ministère de sécuriser les chantiers et de fermer les accès. Sur le pont Dubuc, ça a été fait», a déclaré lors d'un entretien téléphonique la porte-parole du MTQ, Sarah Bensadoun.
Le MTQ est touché par deux grèves, alors qu'en plus de la grève des travailleurs de la construction, les ingénieurs du gouvernement du Québec sont également en arrêt de travail. «Au niveau du ministère, il y a toujours des ingénieurs sur le terrain qui peuvent être notamment chargés de projet», a poursuivi la porte-parole. Ainsi, les impacts de l'absence des ingénieurs ne sont pas qu'à moyen et long termes.
La porte-parole n'était pas en mesure de dire à partir de quelle durée de conflit il pourrait y avoir des reports de projets. «On est en train d'évaluer l'impact financier sur certains chantiers. Il y en a certains qui ne peuvent se dérouler qu'à une seule période», a-t-elle enchaîné.
Elle a cependant indiqué qu'en cas d'urgence, les services essentiels seraient assurés. «S'il y a urgence, on peut mobiliser des ingénieurs.»
Chambre de commerce
Le président de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord, Carl Côté, déplore que l'industrie régionale soit encore une fois ralentie par la grève des travailleurs de la construction. «C'est une autre prise d'otages comme en 2013. L'économie est en train de reprendre dans la région. Il devrait y avoir d'autres mécanismes. C'est un problème qui est récurrent», a-t-il déploré lors d'une entrevue téléphonique. Dans un communiqué conjoint avec la Fédération des chambres de commerce du Québec, ils rappelaient que le dernier conflit de 2013 avait fait chuter le PIB québécois de 1,1 % à la suite d'un arrêt de travail totalisant 10 jours. «Ça donne de mauvais indices de développement pour ceux qui veulent investir. C'est un mauvais signal», a-t-il indiqué, en citant notamment des projets comme Arianne Phosphate qui sont à la recherche d'investisseurs étrangers.