Plusieurs manifestants agglutinés à l'arrière de l'Assemblée nationale en fin de journée lundi ont rapidement été rejoints par des policiers de l'antiémeute, dont plusieurs étaient prêts à tirer des gaz. 

Construction: les esprits s'échauffent sur la Colline parlementaire

Les esprits de milliers de travailleurs de la construction étaient échauffés lundi autour de l'Assemblée nationale tandis que les élus débattaient d'une loi spéciale pour mettre fin à leur grève. L'intervention du porte-parole des syndicats, Michel Trépanier, a d'ailleurs permis d'éviter la confrontation entre un groupe de manifestants particulièrement bouillants et les policiers de l'antiémeute de la Sureté du Québec.
Ça faisait une heure que la fin de la bruyante protestation avait été sonnée. Le coordonnateur à la mobilisation de l'Alliance syndicale, Fred Simard, avait pris le micro devant le parlement pour annoncer aux milliers de protestataires qu'il était temps de rentrer à la maison. Il se réjouissait : «Je suis ben fier. Merci de ne pas avoir fait de débordement.»
Il faut dire qu'ils étaient nombreux et mécontents. Croisé sur les fortifications, un policier du service du contrôle des foules observait de haut le groupe qu'il évaluait à environ 4000 têtes. L'Alliance syndicale penchait plutôt pour 6500.
La fontaine de Tourny a fait les frais de la colère des grévistes de la construction.
Venus d'un peu partout au Québec, plusieurs profitaient de leur virée dans la capitale pour fêter. Canettes de bière dans les mains, joint de cannabis entre les dents, certains semblaient s'amuser ferme... et se soulageaient en plein air, dont sur les bâtiments de la Colline Parlementaire.
La plupart sont cependant demeurés calmes face aux nombreux policiers qui avaient été déployés pour les encadrer. Ils criaient, chantaient des slogans, faisait du le plus de tapage possible en déambulant autour de l'Assemblée nationale. Des tribuns, dont la solidaire Manon Massé et le président de la CSN Jacques Létourneau, les motivaient.
Parmi les activités ludiques du jour, certains s'adonnaient à la pose d'autocollants, que ce soit sur leurs camarades, les portes de l'édifice Honoré-Mercier, les voitures des télévisions et les journalistes.
Mais quand la fin de la fête a été annoncée par Fred Simard, tous n'avaient pas envie de quitter. En profitant pour faire un dernier tour de l'Assemblée nationale, plusieurs manifestants se sont agglutinés à l'arrière du bâtiment, rue des Parlementaires. Là, de nombreux policiers et gardes du corps étaient postés.
Torses bombés
Le déploiement des agents de l'antiémeute n'a pas du tout impressionné les contestataires, au contraire. Face aux policiers casqués - dont plusieurs étaient prêts à tirer des gaz -, ils ont serré les rangs, les ont invectivés, ont crié plus fort. Les torses étaient bombés, quelques canettes ont été lancées.
Après une heure à narguer les policiers, ils ne semblaient pas vouloir s'apaiser. C'est à ce moment que le porte-parole de l'Alliance syndicale, Michel Trépanier a été appelé en renfort par les forces de l'ordre. Il a saisi le mégaphone de la SQ pour féliciter les «gars» pour leur engagement. Mais surtout pour les refroidir : «Il ne faut pas qu'il y ait de grabuge.»
Au grand soulagement des policiers et des représentants syndicaux, la stratégie a fonctionné. À 14h24, alors qu'il venait de relever l'antiémeute, un gradé s'est avancé vers Fred Simard, de la mobilisation... pour lui serrer la main et le remercier.