D'entrée de jeu, François Legault a voulu exclure la question nationale de l'équation politique et a écarté pour au moins une décennie tout référendum sur la question, ouvrant ainsi toute grande la porte de sa coalition aux fédéralistes.

Coalition avenir Québec: des idées et des «on verra»

François Legault postule au poste de premier ministre du Québec avec 20 propositions ciblées et trois mots-clés : rassembler, débureaucratiser et... changement. Voilà arrivé l'homme du «on verra», accuse le premier ministre Jean Charest, qui lui reproche d'éluder bien des questions et des sujets.
L'ancien ministre péquiste a officiellement lancé, lundi, son parti politique, le bébé qu'il couve depuis neuf mois.
Pour la circonstance, il l'a rebaptisé Coalition avenir Québec - un ajustement par rapport au nom enregistré auprès du Directeur général des élections (Coalition pour l'avenir du Québec).
Il a dévoilé le logo de la nouvelle formation, un C coloré barré de la lettre Q.
«La nouvelle coalition va réparer nos systèmes d'éducation et de santé, et nous permettre de prendre en main notre économie, d'affirmer notre langue et de rétablir le lien de confiance entre la population et ses élus», a déclaré François Legault en guise d'engagements.
Nouveauté majeure : la création d'un poste de commissaire à l'intégrité de la vie publique. Il relèvera directement de l'Assemblée nationale, a indiqué le chef de la Coalition avenir Québec.
La superstructure regrouperait différentes entités existantes : le Commissaire à l'éthique, le Commissaire au lobbyisme et l'Unité permanente anticorruption.
Sous un éventuel gouvernement Legault, la lutte contre la corruption s'appuiera aussi sur des «procédures judiciaires exceptionnelles» et accélérées, a fait savoir le cofondateur de la Coalition et homme d'affaires Charles Sirois.
Les procès pour collusion ou corruption devront être tenus dans un délai de six mois après le dépôt des accusations. Les délais d'appel devront être ramenés à six mois. François Legault a parlé de «fast track».
«Il sera nécessaire d'augmenter les ressources [dans le domaine], mais c'est le prix à payer pour rétablir la confiance», a soutenu M. Sirois. Maintenant que la Coalition est devenue un parti politique, l'homme d'affaires, qui paraissait nerveux en conférence de presse, lundi, y jouera désormais un rôle plus effacé.
Taxes scolaires
Ce n'est pas parce que les commissions scolaires seront abolies que les taxes scolaires disparaîtront. M. Legault a apporté des précisions sur certains éléments de ses propositions en répondant aux questions des journalistes.
La taxe scolaire demeurera au même niveau, à 35 ¢ par 1000 $ de valeur foncière. Elle sera perçue par les municipalités, en même temps que les taxes foncières.
Les villes n'auront qu'à ajouter «une ligne» au compte de taxes qu'elles envoient chaque année aux propriétaires, a expliqué le chef.
Élu premier ministre, il remplacerait les commissions scolaires par des «centres de services» pour les écoles primaires et secondaires. Il a assuré qu'ils commanderont un budget deux fois moins élevé que celui des commissions scolaires.
Malgré les 20 actions retenues par la Coalition avenir Québec, des zones de flou persistent, notamment en santé.
«On verra», a par exemple lancé le chef quand on lui a demandé si le secteur privé pourrait ou devrait obtenir une plus grande place dans le système de santé québécois.
M. Legault marche sur des oeufs. Il s'agit d'une question importante en vue des discussions s'ouvrant avec l'Action démocratique du Québec afin de constituer une première équipe parlementaire en février prochain.
Le premier ministre Jean Charest s'est moqué, lundi, du nombre élevé d'«on verra» prononcé par M. Legault. Il en a compté plusieurs.
Le chef de la Coalition a reconnu que l'environnement et les régions hors des grands centres sont absents de son programme. Il a garanti que son parti élaborera des propositions «sur le développement durable et l'autonomie des régions».
Pour financer ses mesures, François Legault soutient pouvoir dégager quelque 1,5 milliard $ d'économies. «On veut réduire la taille d'Hydro-Québec; 4000 employés de moins, 600 millions $ de moins. On veut agir sur la bureaucratie, donc couper 300 millions $ dans les commissions scolaires [pour les remplacer par des centres de services], abolir les agences de santé, où l'on a à peu près une centaine de millions.»
«On veut aussi réduire la taille de notre régime d'assurance médicaments en utilisant davantage les médicaments génériques et en réduisant les honoraires qui sont payés aux pharmaciens. Donc, au total, on a une réduction de la taille de l'État de 1,5 milliard $.»
Par contre, «on pense qu'il faut investir en éducation». S'il est élu, son parti haussera le salaire des enseignants de 20 %. En contrepartie, ils devront se soumettre à une évaluation de leur travail.
En santé, le chef s'engage à revoir le «mode de rémunération des médecins de famille» afin que chaque Québécois puisse compter sur un omnipraticien.
«Exaltation»
L'ancien souverainiste pressé a dit qu'il voyait des «avantages et des désavantages» à la fédération canadienne. Pas question pour lui de se mouiller davantage.
Fini le débat entre souverainistes et fédéralistes, a-t-il insisté, en réaffirmant son postulat de départ: «Depuis 40 ans, le nous a forcés à nous définir d'abord et avant tout comme souverainistes et fédéralistes. Il est temps d'entreprendre une nouvelle ère.»
François Legault s'est dit «impatient» de se retrouver à l'Assemblée nationale. Mais il est peu probable qu'il profite d'une éventuelle élection partielle comme porte d'entrée. Il attendra plutôt le scrutin général, qui pourrait arriver aussi tôt qu'au printemps prochain, croit-il.
Le «fils de postier de Sainte-Anne-de-Bellevue» a vécu, lundi, une journée de grande «exaltation», selon son mot. Un sentiment semblable à celui qu'il a connu il y a 24 ans lorsque, cofondateur d'Air Transat, il a assisté, à Mirabel, au tout premier décollage du premier L-1011 de la compagnie aérienne.