Laurent Beaudoin, au centre, a pris un an pour étudier le dossier de la cimenterie de Port-Daniel avant d'acquérir le projet. Il est entouré de Michael Sabia, président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, et de Pauline Marois, la première ministre du Québec.

Cimenterie à Port-Daniel-Gascons: Québec se défend

La première ministre du Québec, Pauline Marois, a défendu vendredi la participation du bras financier de son gouvernement, Investissement-Québec, dans le projet de cimenterie de Port-Daniel, en affirmant que le marché d'exportation visé par le promoteur, Ciment McInnis, ne nuirait pas aux cimentiers québécois déjà en place.
<p>Ces cimentiers, mais aussi le syndicat des Métallos, fulminent depuis mercredi, alors que <em>La Presse</em> a indiqué qu'Investissement-Québec prêterait 250 millions $ à Ciment McInnis, en plus de participer à l'équité du projet à hauteur de 100 millions $.</p>
Ces cimentiers, mais aussi le syndicat des Métallos, fulminent depuis mercredi, alors que La Presse a indiqué qu'Investissement-Québec prêterait 250 millions $ à Ciment McInnis, en plus de participer à l'équité du projet à hauteur de 100 millions $. L'annonce de vendredi en Gaspésie a également permis d'apprendre que la Caisse de dépôt et placement du Québec investira aussi 100 millions $ dans l'équité de l'initiative de 1 milliard $.
Ciment Québec et Lafarge avancent que le projet de Port-Daniel arrive au moment où l'industrie québécoise fonctionne aux deux tiers de sa capacité et déplorent que le gouvernement du Québec vienne créer ce qu'ils qualifient de concurrence déloyale. Mme Marois n'est pas de cet avis.
«C'est une entreprise qui s'adresse aux marchés extérieurs [...]. Je veux rassurer les cimentiers québécois. Je crois au contraire que ça va permettre de développer une expertise différente», a-t-elle indiqué.
Elle a tout de même admis, comme l'avait fait en novembre le président de Ciment McInnis, Christian Gagnon, que l'usine de Port-Daniel tentera de remplacer sur le marché québécois un volume importé de Corée du Sud d'environ 225 000 tonnes, ce qui représente plus ou moins 10 % de la production domestique en 2013.
Pauline Marois a tenté de se faire rassurante en spécifiant qu'Investissement-Québec avait étudié les marchés, tout comme des firmes indépendantes. Ces institutions «s'assurent qu'on prend la bonne décision».
La participation dans l'équité du projet «permettra au Québec de profiter des bénéfices de l'entreprise», a de plus souligné Mme Marois. Elle a mentionné que les resserrements des normes environnementales aux États-Unis allaient ouvrir des opportunités pour une cimenterie moderne. C'est un discours aussi tenu par Christian Gagnon, de Ciment McInnis, depuis 18 mois.
Sur le plan environnemental, Mme Marois a d'abord rappelé que le projet avait été scruté par le Bureau d'audiences publiques en environnement, mais sans processus de rencontres publiques, avant de se reprendre en période de questions en disant plutôt que c'est le ministère de l'Environnement qui l'avait étudié, et non le BAPE.
Laurent Beaudoin, président de Beaudier, le conglomérat d'investissement des familles Beaudoin et Bombardier, a participé à l'annonce, précisant que le montage financier reste à compléter, bien qu'il soit avancé. «On pense que tout serait fini le 31 mars», nous a-t-il confié à ce propos.
Il a indiqué que le projet lui avait été présenté il y a trois ans par les dirigeants du premier promoteur, Cimbec Canada, et qu'il avait pris un an pour étudier «un domaine inconnu [...] le monde du ciment». Il a compris que la qualité du gisement et son emplacement «près de la mer» étaient des avantages pour desservir la côte est américaine. Il a alors «décidé que Beaudier allait se porter acquéreur du projet».
«Ça fait beaucoup de ciment»
Michael Sabia, président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a justifié la présence de son institution dans le projet par les besoins de 3600 milliards $ en investissement d'ici 2027 dans le marché américain visé par Ciment McInnis. «Mesdames et messieurs, ça fait beaucoup de ciment.»
D'autres voix se sont jointes à l'opposition des cimentiers vendredi, dont l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, où l'on statue que «la seule promesse de création d'emplois ne saurait justifier l'utilisation massive du coke de pétrole, un résidu de raffinage très polluant associé au pétrole bitumineux, comme combustible principal. Les Gaspésiens ont droit comme tous à un environnement sain».
Dans la MRC du Rocher-Percé, où est situé Port-Daniel, le projet fait toutefois pratiquement l'unanimité.
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Une annonce «électoraliste» de Marois, s'insurge la CAQ
Le gouvernement de Pauline Marois crée des emplois en Gaspésie qu'il fait perdre ailleurs au Québec, s'insurge la CAQ au sujet de l'aide massive accordée aux promoteurs de la cimenterie de Port-Daniel.
Le critique de la Coalition avenir Québec (CAQ), Stéphane Le Bouyonnec, a condamné le soutien gouvernemental. «Je ne suis évidemment pas contre le développement économique. Mais il faut faire attention de ne pas fausser les règles de la compétition.
«C'est sûr que la Gaspésie a une mine intéressante» de calcaire, minerai utilisé par ce type d'industrie, a poursuivi le caquiste. «Mais il y a surcapacité avec les installations existantes. Le PQ va contribuer à faire perdre des emplois à Saint-Constant (près de Montréal) et Saint-Basile», dans la région de Portneuf.M. Le Bouyonnec a fait le parallèle entre le dossier des éoliennes. Il a fait allusion au fait qu'Hydro-Québec achète à fort prix l'électricité parce que Québec veut soutenir ce créneau industriel et ses emplois. «On dépense de façon mal avisée.»
Québec «parle de 350 à 400 millions $, a-t-il lancé. Ce n'est pas un petit coup de pouce. C'est bien trop interventionniste.»
Pour une rare fois, la CAQ s'est montrée sur la même longueur d'onde que le syndicat des Métallos, en critiquant «l'électoralisme» du Parti québécois. Au moment où les rumeurs ressurgissent sur le déclenchement hâtif d'un scrutin général, «le PQ a besoin d'une bonne nouvelle économique», a avancé M. Le Bouyonnec. Mais il se sert toujours d'une carte de crédit alors que nous nous approchons d'un budget» lourdement déficitaire.
Les Métallos ont critiqué dans les mêmes termes le geste du gouvernement de Pauline Marois. «Ça sent l'électoralisme à plein nez», a soutenu Daniel Roy, le directeur québécois du syndicat, affilié à la FTQ. On n'a rien contre la création d'emplois. Mais si ça entraîne des pertes d'emplois de l'autre côté, on ne fait que brasser de l'air.»
Des groupes écologistes ont dénoncé le projet comme «inacceptable». Il s'agit d'un «dangereux contournement des évaluations environnementales», ont notamment soutenu Greenpeace et l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.
Lorsque la production de la cimenterie démarrera, le bilan des gaz à effet de serre de tout le secteur industriel québécois sera augmenté de 10 %. Les «Verts» en ont particulièrement contre l'utilisation, comme carburant des installations, de «coke de pétrole, un résidu de raffinage très polluant. [...] Les Gaspésiens ont droit comme tous à un environnement sain.» Michel Corbeil