Une répétition de la cérémonie d'investiture de Donald Trump s'est déroulée devant le Capitole à Washington, lundi.

Christine St-Pierre à l'investiture de Trump

La ministre des Relations internationales du Québec, Christine St-Pierre, sera à Washington vendredi, jour de la cérémonie d'investiture de Donald Trump à titre de 45e président des États-Unis. Selon l'un de ses bras droits au Ministère, ce sera la première fois que le Québec dépêchera quelqu'un de rang ministériel lors d'un tel événement.
En janvier 2009 et en janvier 2013, lors des cérémonies d'investiture du président Barack Obama, le gouvernement du Québec avait dépêché ses délégués diplomatiques du nord-est américain, ceux de New York entre autres, soit Robert Keating, il y a huit ans, et André Boisclair, il y a quatre ans. Ni M. Keating ni M. Boisclair n'avaient été admis à la cérémonie d'investiture officielle comme telle - pas plus que Chistine St-Pierre ne le sera cette fois.
Mais la ministre québécoise sera bel et bien dans la capitale américaine pour souligner l'événement. Elle prendra part à une série d'activités. Elle passera plusieurs heures à l'ambassade canadienne.
La ministre des Relations internationales du Québec, Christine St-Pierre
Incertitude
Dans l'allocution qu'il a prononcée lundi en marge de l'assermentation du ministre Pierre Moreau à titre de président du Conseil du trésor, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a affirmé que l'arrivée de M. Trump à Washington, bien qu'elle ouvre une période d'incertitude, peut et doit être l'occasion d'accroître les échanges commerciaux de part et d'autre de la frontière. Il veut croire que l'interdépendance des économies canadienne et américaine fera réaliser à la nouvelle administration américaine que les relations commerciales sont profitables «dans les deux sens». 
M. Couillard compte entre autres sur le réseau des huit représentations diplomatiques du Québec aux États-Unis pour le rappeler au maximum d'Américains. Lui-même se rendra plus souvent aux États-Unis que partout ailleurs dans le monde en 2017, a-t-il promis, bien qu'il s'y soit déjà rendu 11 fois depuis qu'il est premier ministre.
Dans l'immédiat, le secteur du bois d'oeuvre représente un voyant rouge sur le tableau de bord. Très rapidement, il faudra surveiller ce que M. Trump fera avec l'Accord nord-américain de libre-échange. S'il devait être renégocié, le Québec exigerait d'avoir un représentant permanent au sein de l'équipe de négociateurs canadiens, avait annoncé le premier ministre au Soleil à la mi-décembre. Le Québec en avait un dans le groupe ayant piloté les négociations qui ont mené à l'Accord économique et commercial entre le Canada et l'Union européenne.
Le 8 novembre, jour de la présidentielle américaine, Philippe Couillard avait exprimé sa préférence pour l'élection de Hillary Clinton. Lundi, il a répété qu'il a alors fait valoir le point de vue d'une grande partie de la population québécoise. Il a redit qu'il a pris acte des résultats et que son gouvernement doit oeuvrer à accroître les échanges commerciaux. 
Une ambassade courue
Comme il est d'usage, l'ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton, prendra part au volet officiel de la cérémonie d'investiture de Donald Trump. C'est lui qui représentera officiellement le Canada.
La nouvelle ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, se rendra à Washington, entre autres à l'ambassade canadienne. Elle participera, elle aussi, et en marge de la cérémonie officielle, à différentes activités marquant l'investiture du nouveau président américain.
Au ministère des Affaires étrangères, à Ottawa, on rappelle que l'ambassade canadienne à Washington est idéalement située, puisqu'elle est installée entre la Maison-Blanche et le Congrès américain. Vendredi, elle pourrait accueillir jusqu'à 1800 invités, parmi lesquels des responsables politiques américains, des diplomates, ainsi que des représentants des milieux d'affaires du Canada et des États-Unis.
Cégep Garneau: l'inauguration de Trump aussi courue que celle d'Obama
Le Cégep Garneau
Après avoir envoyé un autobus bondé aux deux inaugurations de Barack Obama en 2008 et 2012, Luc Laliberté, professeur d'histoire des États-Unis au Cégep Garneau, ne croyait pas que ses élèves voudraient assister à celle de Donald Trump. Bien au contraire, son voyage organisé vers Washington pour l'entrée en poste du président républicain suscite autant d'intérêt cette année.
«J'étais convaincu qu'Hillary Clinton gagnerait», avoue bien humblement au Soleil celui qui enseigne cette matière depuis plus de deux décennies. «Je me disais qu'on avait assisté à l'inauguration du premier président noir et qu'on assisterait à celle de la première présidente. J'ai eu un choc quand j'ai vu que Donald Trump l'emportait. Je m'attendais à ce que le voyage soit beaucoup moins populaire, voire même qu'il n'y ait pas suffisamment d'intérêt pour en organiser un.»
Et pour cause: des 140 étudiants de Luc Laliberté, la majorité s'affichait au départ en faveur du candidat à l'investiture démocrate Bernie Sanders ou de l'éventuelle candidate Hillary Clinton. «En fait, un seul avait dit ouvertement qu'il souhaitait une victoire de Donald Trump», poursuit M. Laliberté. Malgré tout, ses élèves lui ont majoritairement demandé de noliser un autobus cette année et il n'a eu aucune difficulté à le remplir avec 50 de ses élèves et cinq de ses collègues enseignants pour le grand départ de jeudi.
«Pour des raisons inverses à celles de l'investiture d'Obama en 2008, les jeunes sont aussi excités d'assister à celle de Donald Trump. En classe, ils étaient aussi intéressés en raison de ce que Trump a pu dire et des controverses qu'il a provoquées. C'est tellement un candidat hors-norme. Jamais on n'avait vu un président aller aussi loin dans les propos tenus et mentir de façon aussi éhontée à la population», analyse l'enseignant.
Même si les élèves participants ne sont pas favorables au nouveau président (l'unique élève pro-Trump a échoué son cours et ne participe pas au voyage), Luc Laliberté les a cependant bien mis en garde que le but de l'activité n'était pas d'aller manifester contre le futur président. La direction leur rappellera d'ailleurs lors d'une rencontre mardi. «Je me suis assuré que le collège nous appuierait. On sait qu'il y aura des manifestations autour, mais j'ai clairement indiqué qu'on allait là comme observateurs et qu'il n'était pas question de les voir manifester avec les autres! Je connais mes élèves et je sais qu'il y en a cinq ou six plus à gauche, à tendance socialiste, qui auraient amené des pancartes si on leur avait permis de le faire. Mais ce n'est pas pour ça qu'on va là-bas»
Les cégépiens iront plutôt pour vivre l'ambiance d'une inauguration présidentielle, pour voir quelles personnalités seront au National Mall alors que plusieurs artistes ont refusé de s'y produire, sans oublier les mesures de sécurité sans précédent. «En 2008 en 2012, on pouvait amener un petit sac à dos sur place. C'est interdit cette année», souligne M. Laliberté en terminant.  Ian Bussières