Les deux déserteurs de l'ADQ, Pierre-Michel Auger et André Riedl (au centre), marchent près de leur nouveau chef, Jean Charest, qu'ils ont rencontré pour la première fois mardi.
Les deux déserteurs de l'ADQ, Pierre-Michel Auger et André Riedl (au centre), marchent près de leur nouveau chef, Jean Charest, qu'ils ont rencontré pour la première fois mardi.

Charest accueille deux transfuges adéquistes

Michel Corbeil
Michel Corbeil
Le Soleil
Dur coup pour le moral des troupes adéquistes. À la toute veille de la tenue du Conseil général que tiendra le parti de Mario Dumont, le chef libéral Jean Charest vient lui voler deux députés, André Riedl et Pierre-Michel Auger.
Ce n'est pas exactement sur la pointe des pieds que les deux hommes, représentant respectivement les circonscriptions d'Iberville et de Champlain, s'apprêtent à traverser le parquet du Salon bleu de l'Assemblée nationale pour s'asseoir sur les bancs réservés au parti ministériel.
Les deux politiciens, élus en mars 2007 dans la vague qui avait donné 41 députés — et le titre d'opposition officielle — à l'Action démocratique du Québec, ont eu des mots très durs à l'endroit du meneur de la formation qu'ils quittent.
Le parti d'un seul homme
«Hélas, je me suis rendu à l'évidence que (l'Action démocratique du Québec) était le parti d'un seul homme», son leader et fondateur, Mario Dumont, a asséné le député Riedl. «J'estime que ma place n'est pas dans un caucus où le chef (Mario Dumont) n'a pas d'écoute pour ses députés», a accusé son collègue transfuge Pierre-Michel Auger.
Ce n'est qu'en matinée, hier, que la nouvelle de la double désertion a commencé à circuler. À 13h, en point de presse, MM. Riedl et Auger ont précisé qu'ils n'ont pris une décision définitive que mardi soir, lorsqu'ils ont rencontré pour la première fois le premier ministre Charest.
M. Auger a soutenu que, depuis mars 2007, il n'a fait qu'aller «de déception en déception». La toute première a été d'entendre Mario Dumont demander «de voter con­tre un budget (du gouvernement libéral) avant de l'avoir vu.
L'ADQ a eu sa chance
«Le style de leadership de M. Dumont et de l'ADQ ne correspond pas à ce que je considère être bon pour les Québécois. (...) Mon geste reflète ce que j'entends sur le terrain. Les gens ont cru à l'ADQ. Les gens ont voulu donner une chance à l'ADQ. Aujourd'hui, ils constatent, comme moi, qu'ils se sont trompés.»
André Riedl a soutenu qu'il ne trahit pas les électeurs de sa circonscription en faisant le saut dans le camp libéral. «S'il y a trahison, c'est du côté de l'ADQ qui a créé des espoirs qui ont été déçus, a-t-il plaidé. À maintes reprises, mes concitoyens et mes collaborateurs se sont montrés déçus. À un tel point que ça devenait gênant, ces derniers temps, d'être député de l'ADQ.»
MM. Riedl et Auger se sont présentés en conférence de presse, accompagnés par leur nouveau leader, Jean Charest. Celui-ci s'est réjoui de leur arrivée qui renforcera, a-t-il dit, une équipe déjà forte.
Même s'il ne les a rencontrés que tout récemment, Jean Charest a indiqué que ses recrues ont «ma confiance». Ceux-ci se sont entretenus avec les organisateurs libéraux de chacune des circonscriptions, a souligné le chef libéral. «Je m'attends à ce qu'ils soient candidats» lorsqu'il y aura élections générales.
Peuvent-ils rêver de devenir ministre? a-t-on demandé. «J'ai beaucoup de talents dans mon caucus et ce sont deux personnes de très grand talent», a répondu un Jean Charest tout en nuance diplomatique. «Quand on est le chef d'orchestre d'un gouvernement, ma décision la plus difficile est de m'assurer que les bonnes personnes soient au bon endroit. Ça, c'est un art.»