Le chef intérimaire de Québec debout, Rhéal Fortin, en compagnie du député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon.

«C’est encore le Bloc de Martine»

BÉCANCOUR — Malgré le départ de Martine Ouellet, cinq des sept députés qui ont claqué la porte du Bloc québécois en février dernier n’y retournent pas dont Louis Plamondon.

«Le Bloc actuel, c’est le Bloc de Martine sans Martine. Ce sont les mêmes orientations et les mêmes personnes qui sont à la tête. Il n’y a aucun dialogue possible. Ce n’est plus le Bloc dans lequel j’étais sous M. Duceppe et M. Bouchard. C’est encore le Bloc de Martine», a commenté au Nouvelliste le vétéran à la Chambre des communes.

Tout en avouant qu’il n’a pas été facile de faire le deuil de son ancienne formation politique, le député fédéral de Bécancour-Nicolet-Saurel veut laisser retomber la poussière. «On va voir comment ça va fonctionner. Nous, on avait commencé à créer des cellules dans certaines régions, on avait beaucoup de courriels. Donc, ce qu’on va faire, c’est qu’on va prendre le temps de continuer avec notre parti nos consultations auprès des gens et voir l’intérêt que ça va apporter. J’ai hâte de voir comment les gens vont réagir», a-t-il confié.

«Je suis certain que les gens voudraient qu’on fasse ce que Québec debout dit, mais que ce soit le Bloc qu’il le fasse. Mais ceux qui se sont emparés du Bloc ne voient pas du tout ça de la même manière», a admis M. Plamondon.

Même son de cloche du côté de son chef intérimaire, Rhéal Fortin, pour qui les orientations que Martine Ouellet a données au Bloc demeurent. Et sa nouvelle formation, Québec debout, n’en veut pas.

«Le Bloc québécois qu’on a quitté, il est encore là», a tranché M. Fortin, lors d’un point de presse dans le foyer de la Chambre des communes. M. Fortin n’a pas réussi cependant à convaincre Michel Boudrias et Simon Marcil qui, eux, rentrent au bercail où les attendent les trois autres députés bloquistes Mario Beaulieu, Xavier Barsalou-Duval et Marilène Gill; les deux derniers ayant été des fidèles de Mme Ouellet jusqu’à la toute fin.

«Il y en a deux qui ont décidé d’un coup sec de retourner sans condition. C’était les deux qui exigeaient le plus la fondation d’un nouveau parti. C’est leur choix. Ils risquent de se retrouver dans le même climat de chicane. Moi, je voulais qu’on prenne notre temps, qu’on regarde les options», raconte l’ancien député bloquiste.

M. Fortin et ses quatre collègues en ont contre le programme bloquiste qui veut promouvoir l’indépendance du Québec d’abord et avant tout. Québec debout préfère défendre les intérêts du Québec.

Au référendum bloquiste de la semaine dernière, une majorité de militants ont montré la porte à Mme Ouellet. Mais la plupart des militants ont aussi approuvé l’idée de promouvoir l’indépendance à toutes les occasions.

M. Fortin dit que ce n’est pas ce que lui et ses collègues de Québec debout constatent sur le terrain. «Moi, les militants que je rencontre me disent qu’on est dans la bonne voie. (...) Ils veulent des gens qui viennent s’occuper de comment leur argent est géré à Ottawa», a-t-il rapporté.

Les cinq députés disent avoir l’appui des présidents de leurs associations de comtés qui demeuraient, tout au long de la crise, des associations bloquistes.

«On pense que les gens ont plus besoin qu’on défende les intérêts à Ottawa qu’on fasse la promotion de l’indépendance. Surtout qu’un n’empêche pas l’autre. Mais, de ce temps-ci, l’indépendance n’est même pas au programme du PQ pour la prochaine élection. On parle de 2022 et plus. En attendant, il faut aller chercher notre part de butin à Ottawa, comme disait Duplessis dans le temps», conclut Louis Plamondon.

L’ancienne députée bloquiste de la circonscription de Trois-Rivières, Paule Brunelle, se dit surprise que ses anciens collègues aient si rapidement pris la décision de ne pas réintégrer le Bloc à la suite du départ de la controversée chef.

«J’aurais attendu que le ciel s’éclaircisse avant de prendre une décision. Je trouve ça rapide un peu. On ne sait plus à quel saint se vouer! Mais je ne suis plus à l’interne. Je ne sais donc pas vraiment ce qui s’est passé. Mais il est vrai que les chicanes peuvent laisser beaucoup de séquelles. Ça sera à eux de s’expliquer», mentionne-t-elle.

L’ancienne députée considère que la présence de deux partis indépendantistes sur la scène fédérale n’est pas de bonne nouvelle à l’approche des prochaines élections, notamment en ce qui concerne le partage du vote indépendantiste au Québec. Elle se demande également comment Québec debout réussira à se préparer de façon adéquate et à obtenir le financement nécessaire afin de mener une campagne digne de ce nom en prévision du scrutin.

«C’est une lourde tâche à l’approche des élections», poursuit-elle.

Pour sa part, le président du Bloc québécois dans Berthier-Maskinongé, Yves Perron, n’a pas voulu commenter les derniers développements dans cette saga. Il se limite à dire qu’il est heureux du retour de deux députés et que la porte est toujours ouverte pour les cinq autres.

Avec La Presse canadienne