C'est Manon Massé qui détient présentement la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques.

Carte électorale: la grogne persiste à Montréal et en Mauricie

Les changements proposés à la carte électorale du Québec continuent de susciter la grogne dans les régions touchées, qui ont bien l'intention de se battre pour que leurs circonscriptions survivent même si leur temps est compté.
Quelques centaines de personnes ont participé à un rassemblement, dimanche, dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, à Montréal, une circonscription qui est vouée à disparaître si les modifications de la Commission de la représentation électorale du Québec (CRÉ) sont adoptées telles quelles sont présentées dans son deuxième rapport, déposé plus tôt cette semaine.
Manon Massé, la députée de Québec solidaire qui représente Sainte-Marie-Saint-Jacques, estime que sa circonscription située dans le Centre-Sud se retrouvera «noyée» dans celles de l'ouest de l'île, qui ont des réalités très différentes.
Le Quebec Community Groups Network, une coalition de groupes anglophones, a aussi demandé à Québec de renoncer à supprimer la circonscription de Westmount-Saint Louis pour des raisons similaires.
Le député libéral Pierre Giguère, qui représente Saint-Maurice, en Mauricie - une autre circonscription qui pourrait être éliminée - s'est lui aussi opposé aux changements. Il s'est engagé à acheminer à l'Assemblée nationale les résolutions adoptées dans les municipalités de sa région qui dénoncent les modifications, mais pour des raisons bien différentes que dans la métropole.
M. Giguère et les élus municipaux critiquent notamment les nouvelles délimitations élaborées par la CRÉ. «Le nouveau territoire qui est proposé, ça me prendrait huit heures pour me rendre à l'autre bout en auto», a-t-il illustré en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.
«Nous, en région, on a le même budget de personnel que dans de tout petits comtés à Montréal, mais on a des distances énormes à parcourir. On veut donner le même service. Pourquoi le citoyen québécois en région n'aurait pas le même service qu'ailleurs?» a-t-il souligné.
Le temps est compté
À ce point-ci, le temps des contestataires est compté. Il ne reste que quelques étapes avant que les changements ne soient définitivement entérinés.
Manon Massé a essuyé un revers, vendredi, alors qu'elle avait réclamé de nouvelles consultations publiques. Impossible, selon la CRÉ, puisque les consultations devaient avoir lieu après le dépôt du premier rapport, en mars 2015.
La loi prévoit qu'après le dépôt du deuxième rapport, il y aura un débat limité à cinq heures à l'Assemblée nationale. Dix jours plus tard, la CRÉ va publier un rapport final pour que les changements soient adoptés officiellement - à ce moment-là, le premier ministre pourrait mettre son droit de veto, a fait remarquer le député Pierre Giguère.
M. Giguère a affirmé, résigné, qu'il pensait déjà avoir «perdu cette bataille» même s'il est lui-même dans le parti gouvernemental.
«Il faut qu'il [le premier ministre] écoute tous les Québécois. C'est à lui à jongler avec la balle à la fin. Peu importe la décision, il y a un impact. Il faut comprendre aussi qu'on a une institution, le Directeur général des élections du Québec, qui a un travail à faire», a-t-il soutenu.
«Peu importe quand il y a une modification dans la carte électorale, ça dérange toujours. Un changement dérange toujours», a-t-il ajouté.
En vertu de la Loi électorale, la CRÉ procède à un nouvel examen de la carte électorale lors de la deuxième élection suivant les dernières modifications. Dans ce cas-ci, elles remontent à 2011 - des élections générales ont eu lieu en 2012 et 2014 au Québec.
La carte est élaborée en fonction de la population dans chaque circonscription.
Les dernières modifications avaient également provoqué la colère de plusieurs en 2011. À l'époque, trois circonscriptions des régions - Matane, Kamouraska-Témiscouata et Lotbinière - avaient disparu, au grand dam de plusieurs élus.
Le Parti québécois (PQ) avait alors proposé de modifier la loi électorale pour créer deux types de circonscriptions dans le calcul de la CRÉ - les régions urbaines et rurales.
Le député Pierre Giguère dit «personnellement» croire qu'une réflexion s'impose. «C'est quoi qu'on veut comme société? Est-ce qu'on veut occuper le territoire? Si on veut occuper le territoire, il faut donner des services à tout le monde», a-t-il conclu.