Dans une lettre dont le Soleil a obtenu copie, le président du conseil d'administration de la Société des traversiers du Québec, François Désy, invite le député caquiste Donald Martel (photo)  à s'exprimer avec «retenue et discernement», suggérant ainsi que ce n'est pas ce qu'il fait.

Caquiste torpillé par la STQ

Inusité : un dirigeant d'une société publique québécoise est sorti de sa réserve pour s'en prendre à un parlementaire de l'Assemblée nationale, le député caquiste Donald Martel en l'occurrence.
Dans une lettre dont le Soleil a obtenu copie, le président du conseil d'administration de la Société des traversiers du Québec, François Désy, invite M. Martel à s'exprimer avec «retenue et discernement», suggérant ainsi que ce n'est pas ce qu'il fait.
Visé par ce qu'il qualifie d'«attaque directe et inadmissible» à son «devoir de parlementaire», le député Martel réclame désormais de son côté le congédiement de l'administrateur.
Dans une lettre qu'il a à son tour écrite, mais qui est adressée, elle, au ministre des Transports, Laurent Lessard, Donald Martel se dit «indigné» de la missive qu'il a reçue du président du conseil d'administration de la Société des traversiers du Québec (STQ).
François Désy reproche au député de Nicolet-Bécancour d'avoir été méprisant à l'égard des administrateurs de la STQ par ses «esclandres» et ses «insinuations». Il fait référence à un débat parlementaire qui s'est déroulé le 3 avril à l'Assemblée nationale.
Ce genre de passe d'armes entre un représentant d'une société publique et un élu de l'Assemblée nationale est extrêmement rare. Pour certains, il s'agirait même d'une première.
«Saviez-vous que les 630 employés de la STQ se dévouent jour et nuit, quotidiennement, pour offrir aux passagers des services de transport maritime de qualité, sécuritaires et fiables? demande M. Désy à M. Martel. Avez-vous réfléchi aux dommages causés par votre joute politique?»
Le président du conseil d'administration ne s'arrête pas là. Il accuse le député de n'être motivé que par la «partisanerie» et de contribuer par ses propos au développement du «cynisme au sein de l'opinion publique».
«Gestion chaotique»
Dans sa lettre au ministre des Transports, datée du 18 avril, Donald Martel parle d'«accusations mensongères» qu'il ne peut tolérer.
«Au-delà des attaques à mon endroit, ce qui me choque le plus, c'est que le président du conseil d'administration d'un organisme public sous votre responsabilité vit complètement dans le déni en ce qui concerne les graves problèmes de gestion interne et le gaspillage de fonds publics.»
Il promet de continuer à dénoncer la «gestion chaotique» à la STQ. Il vise «la chute marquée de l'achalandage des traversiers, la hausse abusive des tarifs pour les usagers, les dépassements de coût importants encore injustifiés à ce jour, ainsi que l'embauche d'employés additionnels affectés à des tâches purement administratives». Les dépassements de coût concernent la construction de quais et de deux nouveaux navires, actuellement au Chantier Davie, qui effectueront la liaison Baie-Sainte-Catherine-Tadoussac.
Pour le caquiste, l'administrateur a franchi une ligne rouge en s'en prenant à son rôle de parlementaire. «Plutôt que de réfléchir aux moyens à prendre pour redresser la barre à la STQ, M. François Désy fait le choix de défendre son bilan désastreux, lui qui est président du conseil d'administration depuis 2009.»
«À défaut de le congédier, écrit-il au ministre Lessard, je conclurai avec regret que vous cautionnez non seulement son déni des nombreux problèmes coûteux de la STQ, mais également sa tentative de faire taire un parlementaire qui ne fait qu'exercer sa fonction de contrôle de l'activité gouvernementale.»