Ça passe ou ça casse

DÉCODAGE / Ça passe ou ça casse. Les chefs des partis politiques qui mordront la poussière lors des prochaines élections générales — chez les formations représentées à l’Assemblée nationale — n’auront guère le choix de tirer leur révérence.

Jean-François Lisée ne resterait pas en selle jusqu’aux élections suivantes. François Legault et Philippe Couillard démissionneraient probablement rapidement.

À moins, bien sûr, que le prochain gouvernement soit minoritaire, car une revanche à court terme serait alors possible.

Des libéraux ne voient pas comment Philippe Couillard, après avoir été chef de l’opposition et premier ministre, demeurerait «simple député» pendant quatre ans si son parti était battu le 1er octobre prochain — et que le pouvoir revenait à une équipe qui serait majoritaire.

Jean-François Lisée serait sans doute celui des trois chefs qui aurait le plus envie de poursuivre le combat politique. Mais des péquistes rappellent que c’est toute sa stratégie l’ayant mené à la direction du Parti québécois qui serait sanctionnée en cas d’échec.

Dans le cas de François Legault, la défaite, après tant d’années et tant d’espoirs, serait particulièrement amère. Mais qui le remplacerait à la tête de la Coalition avenir Québec qu’il a lui-même créée? Cela dit, s’ils savent évidemment que tout est toujours possible, l’hypothèse d’un échec paraît actuellement saugrenue aux yeux des caquistes.

Inusité

Depuis le dernier remaniement ministériel, le gouvernement avance de façon plus cohérente. Il est plus combatif. Ses messages sont mieux lissés. Les changements au cabinet du premier ministre ont produit des fruits.

Les cartes maîtresses du gouvernement Couillard sont sans conteste l’élan de l’économie en général, les bons chiffres de l’emploi et la bonne tenue des finances publiques de l’État.

Sur les finances publiques, son mérite a néanmoins eu un coût collectif. Ce sont les compressions budgétaires d’hier qui contribuent aux allègements fiscaux d’aujourd’hui.

Le gouvernement va tout de même jusqu’à puiser dans la réserve de stabilisation de 4,6 milliards$ pour y parvenir. Cette réserve sert maintenant à financer les baisses de revenus de l’État. C’est inusité.

Ce que les familles veulent, a récemment affirmé Philippe Couillard, c’est du temps; c’est d’une meilleure qualité de vie. C’est ce qu’il a répondu à François Legault, qui — si son parti prend le pouvoir — entend leur offrir plus d’argent pour un deuxième et un troisième enfant. Pourtant, en même temps, M. Couillard fait tout pour retourner de l’argent aux familles à moins d’un an des élections.

Le même bruit

Plusieurs projets de loi ont été adoptés cet automne —  de celui sur la neutralité religieuse de l’État à celui créant l’Autorité des marchés publics en passant par celui visant à contrer les violences sexuelles dans les établissements d’enseignement supérieur.

Le Parlement a été actif, mais Dieu qu’il tourne sur lui-même! Le bruit qui en sort est toujours le même. Il n’y a qu’à se référer aux bilans de session des deux dernières années pour s’en convaincre.

Le gouvernement Couillard est «usé, usé, usé», disait par exemple François Legault dans son bilan d’il y a un an et même avant. Et pour tacler le Parti québécois, le chef caquiste affirmait déjà être le défenseur de l’identité québécoise.

Philippe Couillard se félicite depuis le printemps 2016 des «marges financières» retrouvées grâce à la «rigueur».

Ce qui ne change pas non plus, ce sont les difficultés du Parti québécois. Les chefs passent, elles demeurent.

En juin 2016, le chef péquiste intérimaire, Sylvain Gaudreault, estimait que le caquiste François Legault vivait «dans le passé». Une critique maintes fois entendue cet automne, tant dans la bouche de Philippe Couillard que dans celle de Jean-François Lisée.

Que l’idée de la souveraineté du Québec soit en berne est une évidence. Elle l’est depuis une génération au moins. De là à enterrer le Parti québécois et son chef, comme beaucoup de commentateurs l’ont déjà fait, c’est, comme souvent dans le système politico-médiatique, aller trop vite et trop fort.

Les interventions à l’Assemblée nationale du leader péquiste sont la plupart du temps solides et documentées. Il faut le noter.

La seule vraie faute de M. Lisée cet automne a été sa cavalcade, sans l’appui de son caucus, sur cette idée de bannir éventuellement le voile intégral dans tout l’espace public.

Le «dégagisme»

Si bien des choses sont répétitives à l’Assemblée nationale, une inflexion s’est tout de même produite dans un parti. Chez Québec solidaire, le discours sur l’indépendance est scandé avec plus de fougue et de constance qu’auparavant.

Gabriel Nadeau-Dubois donne plus de voix de ce côté que Françoise David, à qui il a succédé. Et Manon Massé est plus diserte sur le sujet depuis l’arrivée de GND.

La question de l’avenir des chefs advenant la défaite de leur parti ne se pose pas pour les «porte-parole» solidaires. Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois savent que leur formation ne prendra pas le pouvoir. Le «dégagisme», s’il s’exprime le 1er octobre prochain, n’ira pas jusque-là.