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L'ex-député péquiste Sylvain Roy
L'ex-député péquiste Sylvain Roy

«Ça devenait invivable», selon Sylvain Roy

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
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Le député indépendant de Bonaventure à l’Assemblée nationale, Sylvain Roy, a quitté le caucus du Parti québécois le 4 juin parce que son rapport avec le chef Paul Saint-Pierre Plamondon devenait «invivable», et qu’il savait qu’il serait éventuellement expulsé de ce caucus, en raison de ses positions trop «régionalistes», mais aussi de son âge, 56 ans.

En entretien au Soleil, M. Roy accorde une importance relativement faible à sa position dans le débat de l’application de la loi 101 aux cégeps, application qu’il ne favorise pas et «une question à laquelle je ne pensais pas la nuit», dit-il.

«La situation était devenue toxique. Je sentais que je n’avais plus ma place. On ne me laissait pas de questions à poser au Salon bleu, et on ne me laissait pas de points de presse. Il y avait un plan; on parlait d’un rajeunissement du parti et ça passait par la mise en rancart de certains députés, dont moi», aborde Sylvain Roy, rentré en Gaspésie vendredi, après avoir fait son annonce de retrait du caucus sur Twitter.

La question du contact établi par le chef péquiste Paul Saint-Pierre-Plamondon avec des syndiqués affiliés à la FTQ et travaillant à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail en marge du débat entourant le projet de loi 59 a constitué le point de rupture entre Sylvain Roy et son chef. M. Roy détenait la responsabilité de ce dossier au PQ, mais M. Saint-Pierre-Plamondon a demandé aux syndiqués de faire affaire avec lui, et non avec le député de Bonaventure.

«Alexandre Leduc, député de Québec solidaire, vient de la FTQ. Il est officiellement prêté à la politique, comme moi je peux retourner à l’enseignement au Cégep de Carleton. Il y a un pacte électoraliste […]. Ils [les syndiqués] nourrissent Québec solidaire. J’ai fait des gains dans ce dossier, mais la FTQ a pris le chef [du PQ] dans un coin, faisant valoir que je n’étais pas capable de défendre le point de vue des travailleurs, etcetera. Dans l’objectif d’un pacte avec QS, Paul [Saint-Pierre-Plamondon] a mordu. C’est un manque d’expérience, et un manque de courage politique, parce qu’il a cédé au clientélisme. Ma responsabilité était de quitter», analyse Sylvain Roy.

Le principe général du clientélisme adopté par le Parti québécois était irréconciliable avec sa vision politique, dit Sylvain Roy.

«Il [Paul Saint-Pierre-Plamondon] dit ce que les gens veulent entendre. Les députés se font donner des lignes [un point de vue0 par des professionnels de communications du parti. Je n’y adhérais pas […] Au caucus, j’étais présent, mais je ne parlais pas souvent. J’étais devenu dur à gérer parce que j’avais des opinions différentes […] La politique, c’est local. J’ai toujours défendu les gens de la circonscription, parfois à l’encontre de certains de mes collègues. Il faut laisser la place aux députés régionaux. Trop souvent, il n’y a pas de place pour autre chose que la «montréalisation des dossiers», dit M. Roy.

«Je veux que le parti aille bien, qu’il change les paradigmes. Je ne veux pas la fin du parti […]. Je leur ai enlevé le plaisir de me tasser. Le parti avait décidé qui allait me remplacer. Je demeure accessible et disponible, mais je ne veux plus être soumis à quelqu’un qui me discrédite. Ce qui dérangeait le parti, c’est que j’avais des positions différentes […]. Je n’ai pas d’animosité et de rancune devant mes collègues. Je suis allé les voir, Véronique Hivon, Sylvain [Gaudreau], Méganne [Perry-Mélançon] et Paul [son ex-chef]», précise le député de Bonaventure.

Joindra-t-il la Coalition avenir Québec, qui n’a aucun élu à l’est de Rivière-du-Loup et sur la Côte-Nord ?

«Laissez-moi le temps de rentrer dans le comté! Je ne comprends pas l’entêtement de ce parti pour un concept aussi dépassé que le troisième lien, qui va à l’encontre de toutes les tendances mondiales […] Disons que la vision urbano-centriste de la CAQ, ça ne fait pas partie de mes priorités! Mon prochain projet, c’est le développement d’une zone d’innovation des produits forestiers, de favoriser l’émergence d’une entreprise capable de produire des composantes de maisons à un prix abordable, afin de réduire les coûts d’accès à la propriété. Je veux continuer à travailler dans la circonscription jusqu’à la fin de mon mandat», dit M. Roy.

Quant à ses chances de se présenter de nouveau dans Bonaventure à l’automne 2022, il les évalue à «50-50 [%]. J’ai 56 ans. Je ne suis pas un vieillard. Ce qui m’intéresse, c’est l’entrepreneuriat politique. Je ne veux pas être dans la stratégie de façon permanente. Ce que je vois n’est pas applicable juste ici [en Gaspésie]. J’ai des liens avec des organisations au Québec. Je ne suis pas juste député dans la vie», note-t-il.

Il croit que le Parti québécois a déjà fait son choix pour le remplacer comme candidat, en la personne d’Alexis Deschênes, qui a commenté son départ vendredi dans les pages du Soleil. «Ça fait longtemps qu’Alexis veut être député de Bonaventure. Il m’en avait parlé», souligne Sylvain Roy.

Réaction de Pascal Bérubé

De son côté, le chef parlementaire du Parti québécois et député de Matane à l’Assemblée nationale, Pascal Bérubé, a lui aussi tenu à réagir au retrait du caucus de Sylvain Roy, retrait annoncé vendredi par le député de la circonscription de Bonaventure.

«Depuis un bon moment, et ce même avant l'arrivée du chef Paul St-Pierre Plamondon, Sylvain Roy ne participait plus activement aux discussions du caucus. En plus, comme député, il s’était opposé à plusieurs positions du Parti Québécois, notamment sur la langue française et en environnement, sans en avertir le caucus et en faisant ses sorties médiatiques de son côté. La confiance n'était plus là entre lui et le reste du caucus; il fallait tôt ou tard qu'il y ait un dénouement à cette situation intenable, car la cohésion est essentielle dans une équipe. S'il quitte parce qu'il n'est pas d'accord avec notre vision, d'autres se joindront justement pour cette vision, et ça fait partie du processus du renouvellement du parti», note M. Bérubé.