À la grande surprise des fonctionnaires, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a annoncé dans son budget d'hier l'intention du gouvernement de lier leurs futures hausses de salaires aux résultats économiques.

Budget Marceau: les fonctionnaires dans les imprévus

Le gouvernement Marois veut lier les futures hausses de salaires des fonctionnaires à la bonne santé de l'économie québécoise. Les syndicats regardent le ministre Nicolas Marceau de travers.
S'il est un élément imprévu queM. Marceau a glissé dans son budget, c'est celui-là : à plus d'un an de la fin des conventions collectives avec les employés de l'État, Québec annonce qu'il vise à établir une «rémunération responsable».
«Les augmentations salariales pourraient donc être ajustables en fonction des résultats de l'économie, et donc, des revenus de l'État», précise le document. Le gouvernement prend soin de souligner que le dernier contrat de travail de ses 430 000 employés, négocié sous le gouvernement libéral de Jean Charest, comprenait des augmentations de base, assorties d'une indexation dépendant de la progression du Produit intérieur brut.
«Nous n'avons jamais été consultés sur cela», a lâché Serge Cadieux, le secrétaire général de la FTQ. «C'est nouveau, ce qu'on apprend aujourd'hui, dans le budget.»
Il a ainsi contredit l'entourage du ministre qui laissait entendre que les porte-parole syndicaux n'avaient pas réagi devant l'évocation de la formule salariale, en consultations prébudgétaires. «Nous ne sommes pas fermés à l'idée, a repris M. Cadieux, mais pas à ce que ça ne porte que sur ça!»
Le Syndicat de la fonction publique du Québec s'est étonné que le ministre ouvre le jeu sur ce plan. «C'est bizarre», a fait remarquer le vice-président Christian Daigle. «Les rencontres de négociations ne peuvent débuter avant le 31 octobre 2014» puisque les conventions ne seront échues qu'en mars 2015.
Christian Daigle n'est pas trop enthousiaste devant l'initiative du ministre. «On sent qu'il met la table pour des promesses électorales», probablement celle de réduire le plus possible la progression salariale de tout fonctionnaire.
Comme ses collègues syndicalistes, le président de la CSN, Jacques Létourneau, s'est étonné que les négociations apparaissent dans un budget présenté sans dévoiler les crédits alloués aux ministères. Il partage aussi le même avis sur l'énoncé.
Rien pour une amélioration
«Un budget électoraliste» où le Parti québécois ne vise pas tant à plaire à «sa clientèle» qu'à séduire «les tenants du désengagement de l'État», a-t-il commenté. Comme le gouvernement Marois est minoritaire, a indiqué Serge Cadieux, à la FTQ, «le ministre aurait pu annoncer ses couleurs, annoncer un grand débat sur la fiscalité. Il se contente de présenter un budget d'austérité.»
Les partisans des services publics ne trouvent rien dans ce budget pour une amélioration, a constaté pour sa part Christian Daigle, au SFPQ.
Le document budgétaire révèle que la masse salariale que supporte l'État est passée de 30,6 milliards $, en 2010-2011, à 34,3 milliards $, en 2013-2014. La prime à la bonne santé de l'économie québécoise a valu environ 150 millions $ au demi-million de fonctionnaires.