Le ministre des Finances Eric Girard présentera son deuxième budget le 10 mars prochain.

Budget affaibli par le coronavirus

Le mardi 10 mars, le ministre des Finances du Québec présentera son deuxième budget. Malgré 1,7 milliard $ de surplus, le coronavirus rendra Eric Girard plus frileux.

Symptôme de la crise de santé publique qui sévit en Chine depuis le début de l’année, le prochain budget du Québec en prendra un peu pour son rhume.

«L’année 2020 s’annonçait extrêmement positive, avec la conclusion de l’accord commercial sino-américain», a déclaré le ministre Girard, jeudi matin, avant son entrée au caucus préparatoire de l’aile parlementaire du gouvernement, à l’Assemblée nationale du Québec.

«Mais là, évidemment, il y a de nouvelles incertitudes reliées au virus. Avec l’arrêt de la production [de plusieurs entreprises en Chine] et le fait que la Chine représente 20 % de l’économie mondiale aujourd’hui, ce qu’elle n’était pas lors de la situation précédente que nous avons connue en 2003», a par contre modéré M. Girard, pour justifier une prévoyance accrue.

En 2003, l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) avait aussi pris naissance en Chine, qui ne pesait toutefois pas aussi lourd dans la balance économique mondiale, il y a 17 ans.

N’empêche que l’on vient de vivre «une année 2019 remarquable pour l’économie du Québec», atteste M. Girard, avec un taux de croissance supérieur à 2 % pour une troisième année consécutive.

Après la mise à jour économique du 7 novembre dernier, le gouvernement Legault et son ministre des Finances prévoyaient dégager des surplus de 1,4 milliard $ pour 2020. Montant depuis révisé deux fois à la hausse, atteignant 1,7 milliard $ dans le récent Rapport mensuel des opérations financières publié le 24 janvier. Des surplus qui pourraient s’avérer encore plus dodus une fois rendus au 10 mars.

Le tout sur un budget annuel d’environ 117 milliards $ pour le Québec.

«Si les améliorations sont reliées à des améliorations de revenus, si c’est récurrent, ça nous permet de faire des gestes à long terme structurels pour le Québec. Si les améliorations sont reliées à des dépenses qui ne se réalisent pas, il faut y aller avec des gestes ponctuels, discrétionnaires, qui ne se répètent pas dans le temps, qui visent par exemple à combler un retard», explique M. Girard, sans détailler ledit retard.
Du transport en commun

Chose sûre, «on veut un budget beaucoup centré sur l’environnement», affirme de son côté le premier ministre, François Legault. Si son ministre des Finances nomme «économie, santé et éducation» comme autres priorités, le patron s’est davantage avancé sur le terrain des infrastructures.

«On aura plusieurs projets entre autres axés sur le transport en commun», indique M. Legault, ne repoussant pas l’idée de gonfler la facture du Plan québécois des infrastructures. «Ça fait partie des choses qu’on regarde. Parce qu’il y a un rattrapage énorme à faire du côté des infrastructures, autant dans les hôpitaux, les écoles, les routes, le transport en commun. Il ne s’en est pas fait assez dans les dernières années», estime le premier ministre.

À paraître bientôt, le Plan d’électrification et de changements climatiques promis par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) est appelé à devenir l’un des piliers de sa deuxième année de pouvoir.
Le ministre Girard annonce ainsi que son budget va «donner les moyens, jeter les bases pour que le Québec atteigne ses objectifs très ambitieux que nous nous sommes donnés» en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), soit une diminution de 37,5 % pour 2030 du niveau des émissions de 1990.

La date du 10 mars coïncidera avec le retour en chambre des parlementaires après deux semaines de relâche. On a rarement vu un budget énoncé aussi tôt dans l’année, la tradition pointant davantage vers la mi-mars ou la fin mars.

Les consultations prébudgétaires battent leur plein pour encore une semaine, jusqu’au 14 février. Le ministre et ses mandataires ont jusqu’ici réalisé 98 rencontres et reçu 81 mémoires de la part de groupes, organismes, universitaires, syndicats, entreprises, villes. Les mémoires déposés sont disponibles en ligne sur le site du ministère des Finances. Où vous pouvez vous amuser à prendre le contrôle des dépenses de l’État à l’aide du simulateur de finances publiques (consultations.finances.gouv.qc.ca).