Nicolas Marceau entend maintenir le cap sur ses dernières cibles, c'est-à-dire un déficit de 2,5 milliards $ cette année et de 1,7 milliard l'année prochaine.

Budget 2014-2015: parfum d'élections à Québec

Le compte à rebours électoral au Québec est officiellement lancé. Le gouvernement Marois a confirmé, vendredi, qu'il présentera son budget 2014-2015 jeudi prochain, une étape qu'il a fini par juger indispensable au déclenchement de la campagne.
Nicolas Marceau a annoncé qu'il dévoilera son deuxième budget à titre de ministre des Finances du Québec la semaine prochaine, juste avant une relâche parlementaire censée durer deux semaines.
M. Marceau a dévoilé son premier budget en novembre 2012. Il n'y en a pas eu d'autres depuis.
Fait inusité, le vérificateur général du Québec, Michel Samson, présentera ce même jeudi un rapport d'analyse de l'exercice de «mise à jour économique et financière» auquel s'est livré le ministre l'automne dernier.
Très attendu par les partis d'opposition, le document n'inquiète pas outre mesure le gouvernement. Il dit maintenir le cap sur ses dernières cibles : un déficit de 2,5 milliards $ cette année et de 1,7 milliard l'année prochaine.
Le ministre Marceau a déjà en main une copie du rapport du Vérificateur, qui émet, il le sait, des bémols et des critiques.
«Situation de blocage»
Après la multiplication des annonces de toutes sortes - de la Gaspésie jusqu'à Montréal en passant par la Mauricie et le Centre-du-Québec -, le dépôt imminent du budget 2014-2015 fait résonner encore plus fortement les tambours électoraux. Tous les partis s'y préparent depuis plusieurs semaines.
Ce n'est pas pour rien que le ministère des Finances signale que le budget sera non seulement l'occasion de faire le point sur l'état des finances publiques, mais aussi «sur l'action gouvernementale pour soutenir l'économie».
Selon ce qui circule au gouvernement, les Québécois se rendraient aux urnes entre le 31 mars et la mi-avril.
En théorie, le déclenchement du scrutin pourrait advenir de deux manières. Par une décision de la première ministre, qui a le loisir de dissoudre le Parlement lorsque bon lui semble - malgré l'adoption d'une loi sur la tenue des élections à date fixe. Ou parce que les partis d'opposition feraient tomber son gouvernement minoritaire - si celui-ci décidait de prendre le temps de soumettre son budget au vote des parlementaires.
En pratique, Pauline Marois veut conserver la prérogative du jeu. Tout indique qu'elle déclenchera elle-même le scrutin général. C'est ce qu'elle a laissé entendre la semaine dernière en entrevue au Soleil. Mme Marois a déclaré qu'elle réclamera un mandat majoritaire afin de mettre fin à la situation de «blocage» créée par les partis d'opposition à l'Assemblée nationale.
Elle a évoqué le projet de loi 14 sur la langue française et celui qui devait créer la Banque de développement économique du Québec. Dans l'état actuel des choses, elle ne pourrait pas non plus faire adopter son projet de charte de la laïcité, a-t-elle déploré.
Outre le «blocage», son argumentaire porte sur le fait que les libéraux de Philippe Couillard et les caquistes de François Legault «ont déjà annoncé qu'ils pourraient voter contre le budget». La machine péquiste est à l'oeuvre depuis quelques heures sur un nouveau front. Le Parti québécois a lancé une opération de «pointage». Il sonde le coeur d'électeurs par téléphone.
Un écueil possible
La marge de manoeuvre du gouvernement pourrait ne pas être aussi grande qu'il le souhaite. C'est que la première ministre et ses députés tiennent à ce que le projet de loi porté par Véronique Hivon sur l'aide médicale à mourir soit adopté avant le déclenchement du scrutin.
Le processus du vote final sera lancé cette semaine. Mais il pourrait ne pas être terminé avant la pause parlementaire de deux semaines débutant jeudi soir.
De nombreux députés libéraux ont décidé de prendre le temps qui leur est dévolu pour s'exprimer sur ce délicat sujet avant de voter. C'est ce qui pourrait repousser le vote comme tel, et faire en sorte que le projet de loi ne soit pas adopté la semaine prochaine.
Si tel devait être le cas, Pauline Marois devrait alors décider si elle lance la campagne électorale sans que l'aide médicale à mourir soit devenue une loi ou si elle laisse tous les élus revenir au Salon bleu après la relâche parlementaire pour passer à travers ce vote.
Divisée sur le sujet, l'opposition officielle estime que le vote sur l'aide médicale à mourir est trop important pour ne pas laisser le loisir à ses députés qui le souhaitent de s'exprimer une dernière fois.
«On n'est pas à quelques jours près», a glissé un libéral, qui dit refuser de se laisser bousculer par l'agenda électoral du gouvernement.
C'est en jonglant avec toutes ces données que Pauline Marois devra décider si elle déclenche un scrutin général à la fin du mois ou plutôt en mars.