Bolduc s'attend à devoir rembourser

Son «grand coeur» a conduit le Dr Yves Bolduc à prendre trop de patients et il s'attend à devoir rembourser la RAMQ, mais pas question de démissionner.
Le ministre de l'Éducation a évalué mardi à entre 40 000 $ et 60 000 $ les sommes qu'il s'attend à retourner à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) pour des patients dont il n'a pu s'occuper au moins 12 mois.
«Dans les mêmes circonstances, si je savais que c'est à peu près sûr que j'aurais des élections dans  18 mois, j'aurais été plus prudent sur le nombre de patients que j'ai pris», a affirmé M. Bolduc, mardi, en point de presse. Il a d'ailleurs présenté ses excuses aux patients qu'il a dû abandonner à son retour au Conseil des ministres, en avril. Selon la Fédération des médecins omnipraticiens, M. Bolduc fait partie des trois médecins au Québec qui ont pris en charge le plus de patients.
«La majorité du temps, moi, je disais oui, a justifié le ministre. Comme médecin, ce n'est pas compliqué, tout le monde va vous le dire, j'ai un grand coeur. Puis, en plus d'avoir un grand coeur, j'ai une grande capacité de travail. [...] Ce n'est pas gourmand. Je suis un des plus travaillants.»
Le ministre assure qu'il a travaillé les soirs et les fins de semaine en cabinet, entre 20 à 30 heures par semaine, sans négliger son rôle de député de l'opposition. Il ne voit pas de raison de pratiquer sans toucher les mêmes honoraires que les autres médecins. Le Dr Bolduc a obtenu, en plus de sa rémunération à l'acte, une prime de 215 000 $ pour prendre en charge 1600 patients pendant un an et demi. Un incitatif compris dans la rémunération globale des médecins, insiste-t-il. Le commissaire à l'éthique a autorisé son retour à la pratique.
«Quand tu inscris un patient, si tu as le droit, pourquoi tu ne la prends pas [la prime]? a demandé M. Bolduc. J'ai juste fait la même pratique que tous les docteurs au Québec. Sauf que je reconnais, je suis travaillant, j'en fais beaucoup.»
Le ministre se dit fier de son engagement envers des patients qui avaient besoin d'un médecin. «Aujourd'hui, je me retrouve devant une situation parce que j'ai aidé les gens, déplore M. Bolduc. On pense que je suis coupable. Mais non, ce n'est pas vrai. J'ai aidé les gens.»
Le ministre de l'Éducation n'entend pas satisfaire ceux qui réclament sa tête. «Quand je n'étais pas à l'Assemblée, j'allais voir des patients puis j'avais le courage de le faire et j'aimais ça, dit M. Bolduc. Donc, à un moment donné, il faut arrêter de charrier. Je m'en suis occupé des patients.»
Les explications du ministre n'ont rien fait pour changer l'opinion des partis d'opposition sur la question. La députée péquiste Diane Lamarre demande toujours à ce que M. Bolduc rembourse la totalité des 215 000 $ empochés. «Ce qui est tout à fait inconcevable et inacceptable est le fait qu'il ait reçu des primes pour la prise en charge d'un nombre important de patients et qu'il n'ait pas respecté cet engagement», a réagi Mme Lamarre. 
À la Coalition avenir Québec, le chef François Legault soutient qu'il est carrément «impossible» pour M. Bolduc d'avoir rempli à la fois sa tâche de député et celle de médecin. «Je ne le crois pas, dit M. Legault. Je pense qu'il a négligé son travail de député. M. Couillard doit nous dire ce qu'il en pense.»
Le député caquiste Éric Caire, qui réclame la démission du ministre, doute aussi que les dernières élections aient été une surprise pour M. Bolduc. «Yves Bolduc est le seul au Québec à ne pas savoir qu'un gouvernement minoritaire ne survit en moyenne pas plus que de 18 à 24 mois, a raillé M. Caire. Il a choisi un travail plus payant que celui pour lequel il a été élu.»