Agnès Maltais représente les citoyens de Taschereau depuis 1998.

Bolduc «dans l'assiette au beurre», dénonce le PQ

Le ministre Yves Bolduc s'est servi «dans l'assiette au beurre» et doit rembourser les 215 000 $ touchés ou honorer son engagement envers ses 1500 patients, exhortent les partis d'opposition. Le premier ministre Philippe Couillard, lui, ne voit pas «pourquoi on en fait une histoire».
«Le ministre [Bolduc] s'est rempli les poches avec l'argent des contribuables alors qu'il savait qu'il ne pouvait pas s'engager à long terme», a dénoncé en chambre la leader parlementaire péquiste Agnès Maltais, jeudi. «Est-ce qu'il va rembourser? Les gens, il les a laissés sur la liste d'attente. Ses poches sont pleines. [...] Le tout est immoral.»
Pendant son séjour dans l'opposition, le Dr Bolduc a repris la pratique médicale. Il a encaissé 215 000 $ en incitatif salarial pour prendre en charge 1500 patients, en plus de sa rémunération à l'acte et de son salaire de député, comme l'a révélé Le Soleil. Ses patients sont retournés sur une liste d'attente 19 mois plus tard, lorsque le ministre a réintégré le Conseil des ministres. Les incitatifs ont été mis en place en 2011, alors que M. Bolduc était ministre de la Santé.
Le porte-parole caquiste en matière de Santé, Éric Caire, demande à ce que le Dr Bolduc «respecte sa parole» donnée aux patients. «J'aime autant le payer, puis qu'il voie des patients et qu'il soigne des gens, a-t-il lancé. S'il a une job de trop, à mon avis, ce n'est pas celle de médecin.»
La solidaire Françoise David s'indigne que le Dr Bolduc se soit engagé auprès d'autant de personnes en sachant que le contexte minoritaire du gouvernement entraînerait de nouvelles élections à brève échéance. «Il avait une responsabilité face à elles et les a laissées en plan du jour au lendemain», a-t-elle déploré.
«Liberté de pratique»
Le principal intéressé maintient qu'il a respecté les règles en vigueur et affirme que ses patients connaissaient sa réalité. «Je ne pense pas que ça a été une surprise pour personne, a affirmé M. Bolduc. Mais ce n'est pas nous qui avons fait le choix de revenir au gouvernement. La population nous a élus.»
Il ne faut pas brimer la «liberté de pratique» des médecins, croit le ministre. «Lorsqu'on peut aider nos citoyens, on les aide, a dit M. Bolduc. C'est ce que j'ai fait en étant médecin, en passant les fins de semaine, les jours fériés et les soirs... Je ne connais pas beaucoup de monde qui, plutôt que d'aller faire du ski, aurait fait une pratique médicale comme j'ai fait.»
Le premier ministre Couillard ne croit pas que les règles doivent être modifiées. Il appelle à la «prudence» en cette matière, de crainte que certains médecins se retiennent d'inscrire de nouveaux patients. «Je pense que le Dr Bolduc a fait son travail, a dit M. Couillard. Il a vu des patients. Je trouve étrange qu'on lui reproche d'avoir vu des patients.»
En chambre, l'actuel ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a soutenu que, si le précédent gouvernement n'avait pas déclenché d'élections, «le député de Jean-Talon aurait pu continuer à servir la population» en cabinet.
Le ministre sortant de la Santé, Réjean Hébert, souligne que des changements ont dû être apportés aux incitatifs offerts aux médecins en 2013 parce que ceux-ci avaient tendance à prendre en charge plus de patients en relative bonne santé. L'ex-ministre péquiste note qu'il voulait instaurer un «indice de fidélité» pour s'assurer que les patients inscrits soient bel et bien suivis par leur médecin responsable.
M. Hébert dit s'être toutefois buté à la résistance de la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ) qui était opposée à «tout mécanisme de contrôle». M. Hébert assure qu'il était prêt à imposer des balises par loi, mais que les dernières élections ont contrecarré ses volontés.
Il n'a pas été possible, jeudi, de nous entretenir avec la FMOQ.