La décision de Donald Trump d'imposer une surtaxe sur les produits du bois d'oeuvre canadien, dont au Québec, a mis le feu aux poudres à l'Assemblée nationale.

Bois d'oeuvre: le débat s'étend à la souveraineté

Les surtaxes imposées par l'administration Trump à l'industrie du bois d'oeuvre ont tourné en débat sur les avantages et les désavantages du fédéralisme canadien et de l'indépendance du Québec, mercredi à l'Assemblée nationale.
Le péquiste Jean-François Lisée a accusé le gouvernement Couillard, et plus encore le gouvernement fédéral, d'avoir échoué à protéger l'industrie québécoise du bois de construction pourtant assise depuis 2013 sur un régime forestier lié au marché.
Il en veut pour preuve le fait que Terre-Neuve, l'Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse, ainsi que la compagnie Irving, au Nouveau-Brunswick, ont été exemptées des droits compensateurs imposés par le Département du commerce américain.
«Qu'est-ce que ça donnerait, l'indépendance, la séparation du Québec, là-dedans? Rien, rien, rien», a tout de suite lancé le premier ministre Philippe Couillard en guise d'argumentaire.
«Nous, justement, on travaille avec le gouvernement fédéral et avec les autres provinces canadiennes [touchées]. On a nommé Raymond Chrétien pour faire valoir le caractère spécifique du régime forestier québécois - qui est une création du Parti libéral du Québec, faut-il le rappeler?»
M. Couillard a poursuivi sur un mode ironique. Le chef péquiste «ne veut pas entendre ce que nos alliés ailleurs au Canada disent parce que, pour lui, le Québec, c'est une victime; c'est une victime qu'il faut protéger tout le temps, tout le temps. Tout le monde nous en veut, y compris, bien sûr, les Américains, le gouvernement fédéral, les autres provinces. C'est le siège total... Roulons-nous dans la boue tous ensemble, ça va faire du bien!».
Un débat d'une heure?
Jean-François Lisée n'est pas resté sur le côté du sentier ouvert par M. Couillard. «Au cas où le premier ministre ait des arguments contre l'indépendance de plus de 30 secondes, mon offre d'en débattre pendant une heure, pendant cette année du 150e anniversaire de la fédération, tient toujours», a-t-il rétorqué.
«Je lui propose ce débat-là depuis plusieurs mois. Est-ce que le mot 'dégonflé' est permis dans cette Assemblée? Je veux juste le savoir, parce que moi, j'aimerais bien avoir ce débat-là avec lui, mais il ne veut jamais le tenir.»
M. Couillard a fait valoir qu'il existe une différence de 15 milliards $ par année «entre ce que le gouvernement fédéral dépense au Québec et ce qu'il perçoit».
M. Lisée soutient que M. Couillard ne peut lui citer le nom d'aucun ministre fédéral ayant défendu le régime forestier particulier du Québec, qui aurait dû être exempté des droits compensateurs américains. Le gouvernement québécois croit aussi qu'il aurait dû être exempté de cette pénalité américaine à l'exportation.
Pour ce qui est du Québec, le Département du commerce américain a annoncé l'imposition d'une surtaxe de 12,82 % pour Produits forestiers Résolu - qui entre en vigueur cette semaine - et de 19,88 % pour toutes les autres entreprises québécoises avec un effet rétroactif de 90 jours.
La ministre de l'Économie, Dominique Anglade, et son collègue des Forêts, Luc Blanchette, ont annoncé mardi que le gouvernement du Québec élargit et réoriente un programme gouvernemental afin d'aider les 178 entreprises québécoises touchées à traverser la tempête commerciale.
Québec prévoit qu'elles auront besoin de quelque 300 millions $. Il offrira son aide sous forme de prêts et de garanties de prêts. Il presse le gouvernement fédéral de faire sa part.
Aux droits compensateurs américains annoncés cette semaine s'ajouteront des droits antidumping le 23 juin.